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Critique : Les Nouveaux Sauvages, de Damián Szifron

♬Le lundi, des patates, le mardi, des patates, le mercredi, des patates aussiiii…♬
♬Le lundi, des patates, le mardi, des patates, le mercredi, des patates aussiiii…♬

★★★☆☆ En devenant le plus grand succès du cinéma argentin, Les Nouveaux Sauvages prouve qu’une sévère crise économique renforce le sens de l’humour noir de tout un peuple. C’est bon à savoir…

Un avion dont les passagers se découvrent tous un point commun, une serveuse de restaurant se demandant si elle va oser empoisonner l’usurier qui a ruiné sa vie, un automobiliste perdant son arrogance lorsque sa voiture tombe en panne, un spécialiste des explosifs qui pète les plombs contre la fourrière, un chauffard fils à papa dont l’entourage essaie de racheter (au sens propre) les fautes et un mariage…

Contes cruels

Genre hélas tombé en désuétude, le film à sketches ne refait surface que pour certaines grandes occasions, lorsque l’on compile les courts métrages commandés à des cinéastes prestigieux sur un thème imposé : le festival de Cannes, le racisme, le 11-Septembre, Paris, New York etc. Le rare exemple récent déconnecté de tout prétexte fut le très inégal projet initié par Jean Dujardin et  Gilles Lellouche, Les Infidèles. Dans lequel il fallait trier (beaucoup), mais qui avait un mérite : assumer une grossièreté quasi surnaturelle, un mauvais goût qu’on ne voit plus nulle part. Son problème majeur résultait de son centre de gravité situé à l’entrecuisse : la grivoiserie l’emportait rapidement sur ses rares audaces. Les Nouveaux Sauvages tape dans le vaste spectre de la misère humaine ; enfin, sur ce qui est misérable dans les comportements humains, et peut ravaler un être théoriquement civilisé au rang de sauvage. On ne s’arrête donc pas à la frontière de la braguette : les frustrations et les rancunes siègent partout dans le corps, du cœur à l’âme. Les mesquineries et les bassesses aussi, à tous les niveaux de la société — même si c’est davantage parmi les élites et les dominants que l’on trouve des cibles de choix ; ce patchwork en témoigne.

Mais ? Je ne ressemble plus du tout à la figurine au sommet du gâteauuuuu !
Mais ? Je ne ressemble plus du tout à la figurine au sommet du gâteauuuuu !

Mais qu’est-ce que la sauvagerie ? C’est un instant discordant de l’individu, un état de monstruosité. Oui, on en revient à la référence suprême en matière de film à sketches critique de la société : Les Nouveaux Monstres, de Dino Risi, Ettore Scola et Mario Monicelli. Davantage que Les Monstres, encore bien policé, ce recueil des années 1970 reste un sommet de corrosion et d’insolence. Une attaque des carcans moraux, des hypocrisies d’autant plus violente et percutante qu’elle est menée par plusieurs auteurs, chacun démultipliant ses charges. On n’ôtera pas ses mérites à Damián Szifron, et même s’il varie les plaisirs, les formes et les formats, il “s’installe” parfois un peu trop dans ses histoires, omettant d’intercaler des pastilles entre les épisodes les plus longs. Ces quelques respirations auraient été les bienvenues, auraient pu faire le lien (ou pas forcément), auraient en tout cas donné une structure générale à son film qui, aujourd’hui, ressemble plutôt à une succession de courts métrages certes savoureux, mais sans ordre particulier. Ou à un film à l’état sauvage.




Les Nouveaux Sauvages (Relatos salvajes), de Damián Szifron, (Sketches caustiques, Argentine/Espagne, 2 h 02), avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia… Sur les écrans le 14/01/2015.
Bande annonce

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