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Critique : L’Exoconférence, de et par Alexandre Astier

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Alexandre Astier se sent comme un grain de poussière, perdu comme enfant dans l'œil du firmament, prisonnier d'un courant d'air ; un grain de poussière, un fils de la terre et du vent. Ah non, ça c'est Higelin.
Alexandre Astier se sent comme un grain de poussière, perdu comme un enfant dans l'œil du firmament, prisonnier d'un courant d'air ; un grain de poussière, un fils de la terre et du vent. Ah non, ça c'est Higelin. ©Raindog Production

Alexandre Astier, dans la peau d’un conférencier péremptoire, révèle tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les aliens sans jamais avoir osé le demander… Des questions ?

Alexandre Astier, seul en scène à la Bourse du Travail, ça vous rappelle quelque chose ? Que ma joie demeure lui donnait l'occasion d'incarner Jean-Sébastien Bach, de délivrer une leçon de musicologie, de faire la démonstration de sa maîtrise du clavecin, d'étaler tout le mépris qu'il peut avoir pour les sans-talent, de beaucoup s'amuser, nous amuser, nous émouvoir, de faire chanter le public et de chercher — dans un dialogue direct avec Dieu —, la cause profonde du mal-être du compositeur et de la profondeur de sa musique.
Alexandre Astier revient, donc, chez lui, à Lyon, à la Bourse du Travail avec son Exoconférence. En sous-titre « Réglons la question de la vie extraterrestre ». Il est comme ça, Astier, il aime les propos un peu définitifs, prendre une question et en faire le tour, pour passer à autre chose. Et, au passage, remettre les choses en perspective : pointer combien l'humanité (et sa composante masculine en particulier) est égocentrique et prétentieuse.
Pour cela, il ne varie pas dans le choix des armes, il dit devoir aux Monty Python son amour pour la comédie sérieuse, et c'est bien ce qu'il propose aujourd'hui. Un spectacle hyper renseigné, savant, scientifique, rigoureux, qui remet l'homme à sa place dans le cosmos, c'est à dire pas du tout au centre de la chose. Drôle aussi parce que moqueur, quand il fait l'inventaire des cosmogonies — le monde porté par quatre éléphants posés sur le dos d'une tortue, les astres fixés sur des sphères concentriques ; elles se valent toutes, sauf peut être l'histoire du monde créé en six jours, 'faut pas pousser le créateur dans les orties, elles n'ont pas encore poussé —, ou quand il analyse point par point (et à plusieurs reprises) la plaque vissée sur la sonde Pioneer destinée à être un premier message de paix aux extraterrestres qu'elle pourrait atteindre…

C’est pas UFO…

La plaque de la sonde Pioneer. DR
Notre message aux extraterrestres : le plan du quartier pour arriver jusqu'à nous quand vous aurez fait les premiers millions de km, ensuite, vous nous reconnaîtrez facilement, les hommes lèvent le bras (mais non, ce n'est pas agressif) et nos femmes dénuées de parties génitales savent rester à leur place.

Encore une fois, Alexandre Astier se distribue le rôle de « celui qui voit clair », comme le roi Arthur entouré de ses chevaliers tous plus crétins les uns que les autres, comme Bach expliquant ce qu'est une croche ou un contrepoint aux incultes, comme Astérix qui identifie le danger dans le jeu des Romains quand tous les Gaulois se laissent joyeusement acculturer… C'est un rôle qu'il endosse avec brio, parce qu'il a une énergie incroyable, qu'il maîtrise son sujet avec l'assurance d'un astrophysicien, que ses démonstrations sont imparables et hilarantes, qu'il incarne avec virtuosité le professeur dispensant sa conférence aussi bien que Kenneth Arnold (le premier homme à avoir vu une soucoupe volante) ou Enrico Fermi (prix Nobel de physique, rond comme une barrique en l'occurrence).
Les questions du Big Bang, des galaxies et de la vie extraterrestre se prêtent (mieux que la vie quotidienne en Allemagne au XVIIIe siècle) à l'ajout de vidéos, de programmes informatiques, d'intelligence artificielle, et toutes ces innovations sont amenées à bon escient, servant le propos, donnant lieu à des gags, en mettant plein la vue. Hommage doit ici être rendu à son habituel complice Jean-Christophe Hembert qui signe à nouveau la mise en scène, Karadoc a plus d'une corde à son arc…
L'Exoconférence est donc intelligente et drôle, sérieuse et spectaculaire, Astier y est (comme toujours) impressionnant, (comme toujours) désopilant, (comme toujours) là où on ne l'attend pas ; on en ressort avec plein d'informations (vous saviez que la Voie lactée avait le goût de framboise ?) et quelques nouvelles questions, ce qui est toujours bon signe. Et pourtant, certain(e)s pourront être un tout petit peu déçu(e)s, parce qu'une conférence ne raconte pas une histoire, parce qu'un conférencier ne se livre pas et parce qu'Alexandre Astier y est moins touchant, moins émouvant, moins vulnérable qu'on a déjà pu le voir (sauf peut-être dans les quelques secondes qui précèdent le finale qui décoiffe, admettons). Ceux/Celles-là peuvent toujours se faire offrir le DVD de Que ma joie demeure, ça tombe bien, il paraît que Noël tombe le 25 cette année.

L'Exoconférence, au Radiant-Bellevue, Caluire. Mardi 10 et mercreid 11 février à 20h30. 38 €.

De nouvelles dates viennent d'être annoncées les 26 et 27 septembre 2015 à l'Amphi 3000, Lyon 6e.

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