Fruisy, la jeune pousse des primeurs

Jonathan Chetail © VR
Jonathan Chetail © VR

Ce n’est pas du sang de navet qui coule dans les veines de Jonathan Chetail : à 24 ans, il a entrepris la greffe d’une start up sur un négoce de primeurs en développant le concept Fruisy…

Les garçons naissent dans les choux. Assertion douteuse, et des plus réductrices pour Jonathan Chetail : son père Éric, n’est autre que le créateur de l’enseigne lyonnaise de primeurs Cerise et Potiron. La petite vingtaine élancée (preuve qu’il respecte, voire dépasse le quota quotidien de fruits et légumes frais quotidiens), le jeune homme a à son tour opté pour une aventure entrepreneuriale dans un domaine familier… et familial. « Au départ, j’avais imaginé vendre des fruits découpés sur les plages, comme les marchants ambulants de beignets. Les fruits étaient moins gras et plus rafraîchissants. C’est à cette époque que l’idée du nom “Fruisy” est née, en mélangeant “fruit” et “easy” (pour facile) ».

C'est la bonne saison pour quasiment pour tous les fruits © VR
C'est la bonne saison pour quasiment pour tous les fruits © VR

De l’appétit

En faisant mûrir son projet, Jonathan s’est repositionné sur un concept de bar à jus vendant des fruits et légumes à la découpe ainsi que des salades toutes prêtes (préparées dans son usine de Corbas) ou à composer. Il ouvre en 2013 son corner aux Halles de Lyon et poursuit son développement en mettant au point des recettes de jus, de soupes. Mais aussi des assortiments pour wok ou des salades de fruits servies dans un demi-ananas ou une demi-pastèque. Fruisy se fait référencer chez Cerise et Potiron (plutôt facile) mais aussi par la chaîne de boulangerie Paul (joli coup) en évinçant Innocent. Débordant de projets, et lorgnant sur des marques-entreprises telles que Starbucks, Jonathan travaille à façonner l’identité de Fruisy jusque dans les moindres détails : il a d’ailleurs participé au design de son corner comme à celui du logo. Sur le point de lancer un food-truck qui ira stationner 3 jours par semaine dans des entreprises partenaires, mais aussi d’ouvrir un concept-store, l’ambitieux jeune patron veut également créer des événements, développer un esprit de communauté autour de Fruisy. Histoire d’installer sa marque en Rhône-Alpes, avant pourquoi pas d’envisager des franchises ailleurs. Face à la concurrence que représentent des chaînes locales telles que Voie verte, par exemple, en plein essor, Jonathan Chetail lâche tranquillement : « On est dans une configuration Samsung versus Apple. » Inutile de préciser que cet admirateur de Steve Jobs se situe du côté de la firme à la pomme.

Du vert… pas forcément très green

Des kumquats fraîchement coupés © VR
Des kumquats fraîchement coupés © VR

Fruisy, et c’est tout à son honneur, met en avant des arguments Nature-Qualité-Fraîcheur. Qu’en est-il alors de la provenance des fruits et légumes, et de leurs conditions de production ? Jonathan Chetail a le grand mérite d’être transparent : « le plus possible, on fait appel à des producteurs locaux [l’entreprise revendique 80% d’exploitations locales pour les produits de saison, NDLR], mais on ne s’interdit pas d’aller choisir des fraises en Espagne si on les trouve meilleures. » Curieux régime dérogatoire : si on peut concevoir que l’ananas, son best-seller absolu, ne provienne pas des vergers des Monts du Lyonnais ou du Pilat, on s’étonne qu’il n’y ait pas de cultivateur alentour à même de satisfaire aux exigences gustatives de Fruisy. Concernant les modes de culture, le jeune entrepreneur a opté non pour un drastique bio systématique, mais pour des fruits et légumes issus d’une « agriculture durable et raisonnée ». Un bon point, qu’il faut cependant tempérer : les fruits servant à élaborer ses jus sont ainsi conditionnés à proximité du port qui les reçoit, du côté de… Rotterdam. « Pascalisés » (stérilisés à froid sous haute pression) aux Pays-Bas après leur cueillette (en UE et hors UE), ils ont donc au moins 1 500 km dans la bouteille lors qu’ils arrivent en linéaire à Lyon. Et donc un arrière-goût psychologique de gasoil… Pour les soupes, c’est mieux : elles sont produites en Provence, et s’enorgueillissent même pour certaines du label bio — tiens tiens, comme quoi…
Quand on demande ensuite à Jonathan si son offre respecte le calendrier, il acquiesce, mais nuance. Un « globalement oui » qui, là encore, intègre donc des exceptions. Dommage. Ainsi, les pêches ne supportant pas le transport, ne sont disponibles qu’en été-automne ; en revanche, les fraises (toujours elles) « sont proposées toute l’année, car les clients sont habitués à en manger quelle que soit la saison. » Sa justification se résume en une phrase :

« Notre devoir est de proposer le produit que le client veut. »

Hmm…

Là, c’est le tiroir-caisse qui parle. Seulement, cette évidence commerciale est en passe de devenir une hérésie, car la clientèle évolue en se responsabilisant. Elle se montre davantage attentive à la qualité globale de son panier ; plus exigeante quant à la provenance et la saisonnalité des denrées qu’elle achète. Et accorde plus volontiers sa confiance, sa fidélité, aux enseignes jouant le jeu du naturel… à  fond. Il n’y a qu’à observer l’explosion des échoppes bio dans les hyper-centres. Si ces dernières sont plébiscitées, c’est que leur démarche est 100% cohérente (pas demi-mesure ou d’exceptions) ; leurs produits répondent à des critères éthiques et/ou qualitatifs en accord avec les nouvelles pratiques de vie. C’est à cette seule condition, d’ailleurs, que le consommateur est prêt à payer un surcoût par rapport aux commerces classiques — surcoût qui tend à s’estomper par le jeu de la concurrence.

Le test

La soupe qui donne le sourire © VR
La soupe qui donne
le sourire © VR

On a dégusté la “Soupe qui donne le sourire” (« -Hein !? Avec cette canicule ? -Qui a dit qu’elle se consommait chaude ? -Ah, ok… »). L’alliance carotte-orange-gingembre est prometteuse : l’étiquette annonce plus de 48% de racine orange, plus de 10% d’agrume pour seulement 0,1% de rhizome. Quelques excipients (eau, crème, amidon de maïs pour la texture et sel) sont à signaler, mais bonne nouvelle : pas de conservateur ou de cochonnerie superflue ! On est bien dans le produit ultra-frais à conserver entre 0 et 4°C et à consommer sitôt la bouteille en verre ouverte. Rien d’insurmontable pour 48cl (vendus 4,99€ ; le conditionnement à 23cl étant proposé à 2,99€. Question tarif, on se situe dans la fourchette haute, si l’on peut dire pour une soupe…). Verdict en bouche : la texture très classique, sans aspérité, rappelle le velouté. On serait tenté d’ajouter une pointe de cumin, un brin de coriandre… Sans doute parce que le gingembre, comme inexistant, semble être passé devant le chaudron sans s’arrêter. Plus marquée, sa saveur piquante aurait été la bienvenue pour agacer les papilles. Pas mal, donc, mais manque de caractère.

Jus en glace © VR
Jus de fruits… servi très glacé © VR

Du côté des jus de fruits, notre choix s’est porté sur un mélange bio (origine UE et hors UE, donc…). Conditionné en 25cl, vendu 1,99€, ce jus de pommes-purée de pêches-purée de framboises se révèle assez épais — ce qui n’est pas désagréable. La chaleur ambiante donne l’idée de le faire « prendre » à la façon d’une glace à l’eau. Résultat très concluant : il se comporte très bien au bout d’un bâtonnet, le froid atténuant l’inévitable excès de sucre de ces boissons.

Au bilan, Fruisy ne propose pour le moment rien de révolutionnaire pour le palais. Le concept est sympathique, mais il ne justifie pas ses tarifs, assez prohibitifs. L’énergie et les bonnes intuitions de Jonathan Chetail mériteraient d’être davantage en adéquation avec l’air du temps.

Devanture de Fruisy aux Halle Paul Bocuse © VR
Corner Fruisy aux Halles Paul Bocuse © VR


Fruisy - Halles de Lyon Paul Bocuse : 102 cours Lafayette, Lyon 3e. www.fruisy.fr

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