La danse au creux de l’oreille

D'après une histoire vraie ©Marc Domage
D'après une histoire vraie ©Marc Domage

Samedi 28 mars, la Maison de la Danse de Lyon innove en rendant un spectacle accessible aux spectateurs déficients visuels grâce à l’audiodescription.

Pièce pour 8 danseurs et 2 musiciens, D’après une histoire vraie de Christian Rizzo sera diffusée en direct de la Maison de la Danse ce samedi 28 mars sur Arte Concert. Mais elle touchera davantage de public encore en devenant le premier spectacle bénéficiant en ce lieu d’une audiodescription. Facilitée par le passage au numérique dans les cinémas, parfois proposée dans certains théâtres (Les Célestins, le TNP), l’audiodescription permet à celles et ceux qui ne voient pas d’être spectatrices et spectateurs de ce qui se passe sur l’écran ou sur la scène. Une condition  cependant : le public malvoyant doit être équipé d’un casque diffusant un commentaire d’accompagnement le plus informatif possible, afin de l’aider à recomposer l’ambiance. Mais une telle opération est onéreuse, et ne peut être engagée par une compagnie de théâtre ou de danse. L'initiative lyonnaise est ainsi le fruit d’une collaboration entre plusieurs salles (dont Le Lieu unique, à Nantes où a eu lieu la première fin 2014) qui ont « mutualisé » l’achat du texte de l’audiodescription. Car il s’agit de décrire sans trahir, avec des termes choisis, selon une méthodologie précise que possède Valérie Castan du fait de sa double compétence : elle est à la fois danseuse et formée à l'audiodescription pour le cinéma (la spécialisation pour la danse n’existant pas encore).

Comment cela se passe-t-il ?

Valérie Castan © Anja Beutler
Valérie Castan © Anja Beutler

Si la représentation commence à 20h45, un atelier est prévu à 17h dans la salle. L’idée est de se familiariser avec le vocabulaire et les mouvements « pour activer l’empathie kinesthésique », précise Valérie Castan, mais aussi avec les lieux : « Une visite tactile du plateau permet d’arpenter la scène pour appréhender le volume scénique — est-ce que cela fait 7 ou 8 fois le repère familier de mon appartement ?  — de toucher les accessoires, des projecteurs qui ne sont pas du même type qu’à la maison ou le sol pour savoir en quelle matière il est fait. » Puis vient l’heure du spectacle. Le groupe accède un peu plus tôt en salle et s’installe de préférence dans les premiers rangs : cette proximité lui permettra d’entendre avec plus de netteté les glissés et les sauts. Lors d’un prologue, destiné principalement à celles et ceux qui n’ont pu assister à l’atelier, Valérie Castan effectue une nouvelle présentation succincte des lieux et décors, appelle les danseurs par leur prénom, les décrit sommairement, avant que la performance ne commence. Performance chorégraphique et musicale sur le plateau, mais aussi pour Valérie qui, si elle dispose d’un texte écrit pour être dit, « oralisé », tient compte des variations du spectacle vivant et peut l’adapter en direct et en conséquence. « C’est du sur-mesure, sourit-elle, consciente qu’elle ne peut pas non plus aller trop loin dans subjectivité, « même si ce que je décris est forcément subjectif, car cela reste mon interprétation. Décrire, c’est d’abord comprendre. » À l’issue de la représentation Valérie Castan sollicite toujours ses auditeurs sur leur ressenti, afin notamment d’améliorer sa description : « je ne peux pas tout intégrer de la déficience visuelle : si je dis “droit comme i” au lieu de “droit comme un bâton” ; si je parle de “porter planche”, une personne aveugle de naissance ne comprendra pas forcément. Dans le même temps, si j’évoque des couleurs, une personne qui a perdu la vue peut apprécier ces références… » L’équilibre n’est certes pas évident à trouver, mais une danseuse ne manque pas de ressources dans ce genre d’exercice…

D’après une histoire vraie de Christian Rizzo, à 20h45 les vendredi 27 mars et le samedi 28 mars (en audiodescription) à la Maison de la Danse, Lyon 8e. www.maisondeladanse.com . De 22 à 29€
Extrait de D'après une histoire vraie

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