35e Festival du film court de Villeurbanne : Le palmarès commenté

La Petite Casserole d'Anatole, Grand Prix 2014 © JPL Films
La Petite Casserole d'Anatole, Grand Prix 2014 © JPL Films

Les œuvres de facture originale ou minutieuse ressortent gagnantes du palmarès de la 35e édition du Festival du film court de Villeurbanne, qui a été dévoilé ce samedi 22 novembre. Mais aussi celles abordant la question du handicap, très nombreuses en compétition. Pas étonnant que le Grand Prix, La Petite Casserole d'Anatole, réponde à ces deux critères.

Un film court très bref a emporté l'adhésion du jury et le Grand Prix : 5'47'' pour une première œuvre d'animation signée Éric Montchaud. Court, mais poétique et métaphorique, La Petite Casserole d'Anatole présente un enfant en difficulté relationnelle, pénalisé par une casserole qu'il traîne comme un boulet. Jusqu'à ce qu'on lui montre comment faire avec cet encombrant ustensile. Comme un conte porté par une récitante, cette histoire qui s'adresse à tous les publics sans bla-blas ni pathos, est assez emblématique d'une édition où le nombre de films s'intéressant à la question du ou des handicaps représentait presque un quart de la sélection officielle. On ne voit pas là à proprement parler un “effet Intouchables”, mais bien une volonté de parler de la société dans son ensemble, et notamment d'une de ses composantes souvent ignorée ou réduite à la caricature.

Film d'animation et première œuvre également, Le Sens du toucher de Jean-Charles Mbotti-Malolo, qui a remporté le Prix Format Court, raconte les démêlés d'un homme dont la cour auprès d'une femme est entravée par son allergie aux chats. Avec comme toile de fond la surdité des deux protagonistes, et un exceptionnel travail sur la bande sonore, confiée à la bruitiste Camille, ainsi qu'une écriture chorégraphique qui intégre de la LSF dans des pas de danse et donne à l'ensemble une esthétique des plus gracieuses. Achevée aux studios drômois Folimage, cette production est le fruit de deux années de labeur. Une autre est d'ores et déjà en chantier sous la bannière Kazak production, Please, Please, Please lauréate de la Bourse des Festivals.

Notre coup de cœur de l'ensemble de la programmation, le film allemand Rhino Full Throttle d'Erik Schmitt décroche le Prix de la Région Rhône-Alpes. Cette histoire d'amour à la fois jubilatoire et mélancolique montre qu'on peut encore s'amuser avec le cinéma comme l'on bricole, à la manière de Gondry ou Jeunet, le tout dans un décor berlinois. Bouffée d'optimisme, promesse de cinéma, ce “rhinocéros au galop" nous donne envie de suivre son réalisateur dans ses futures aventures.

D'Italie était venue Stella Maris, œuvre politique d'une grande maîtrise formelle ; Giaccomo Abbruzzese aura touché plusieurs jurys, puisqu'il repart avec le Prix des Industries Techniques du Cinéma Rhône-Alpes à la meilleure production remis par les jurés officiels, plus une mention Format court.

Toujours très attendu par les cinéastes, parce qu'émanant d'un public neuf, écoutant volontiers ses émotions, imperméable aux influences extérieures et se projetant sans filtre dans les films, le Prix de la Liberté, décerné par les élèves du lycée Pierre-Brossolette de Villeurbanne, a salué Vos violences de Antoine Raimbault. Racontant l'interrogatoire que mène un avocat sur une prévenue soupçonnée de l'avoir agressé quelques minutes plus tôt, ce film se révèle non seulement un joli excercice d'écriture et d'interprétation, mais aussi, en plus d'être un instantané des rapports police/justice, une curiosité : le personnage de l'avocat est interprété par une authentique star des prétoires, Me Éric Dupond-Moretti.

Seule surprise, le Prix du public Duvel, attribué à Tout ce que tu ne peux laisser derrière toi, fable un peu tire-larmes sur un vieux monsieur chilien mis à la retraite d'office, et qui décide d'apprendre à conduire pour aller mourir dans son village d'origine. Longuet et tortueux, peu passionnant.

Après Villeurbanne, Oullins…

Le bilan s'avère plutôt positif, et le festival, à 35 ans, montre qu'il sait sans cesse non seulement se réinventer, mais aussi attirer de nouvelles formes et de nouveaux publics — la quantité de programmations parallèles, de la carte blanche inaugurale à Denis Lavant, jusqu'aux soirées thématiques, ont toutes trouvé leur public. Ce dynamisme est nécessaire : aujourd'hui, aucun festival quelle que soit sa qualité, quelle que soit son ancienneté dans le paysage (celui de Villeurbanne est le doyen du Grand Lyon), n'est hélas assuré de poursuivre son exisence, malgré sa renommée et le travail indispensable qu'il accomplit dans l'émergence et l'économie globale du cinéma. Au moment où Villeurbanne achève son festival, Oullins débute le sien consacré au film scientifique (À nous de voir, Cinéma & Sciences) avec les plus noires inquiétudes : la 28e édition pourrait bien être la dernière, selon les organisateurs. Ce serait assez épouvantable d'assister à l'extinction de notre patrimoine festivalier cinématographique dans la Métropole qui a vu naître, il y a bientôt 120 ans, le cinématographe…

Visuel du festival © Desperado
Visuel du festival © Desperado

Le palmarès complet :

  • Grand Prix (4 000 € offerts par la Ville de Villeurbanne) LA PETITE CASSEROLE D’ANATOLE de Eric Montchaud (France)
  • Prix de la Région Rhône-Alpes (2 300 € offerts par la Région Rhône-Alpes) RHINO FULL THROTTLE de Erik Schmitt (Allemagne)
  • Prix des Industries Techniques du Cinéma Rhône-Alpes à la meilleure production (8 500 € de dotation technique offerts par Panavision Rhône-Alpes, Transpalux Lyon, Pilon Cinéma & Lumières Numériques)  STELLA MARIS de Giacomo Abbruzzese (France)
    • Mention spéciale à SHADOW de Lorenzo Recio (France)
  • Prix de la Meilleure Création Images Virtuelles (1 500 € offerts par l’Association Pour le Cinéma) : 8 BALLES de Frank Ternier
    • Mention à FLOATING IN MY MIND de Hélène Leroux
  • Prix du Public Duvel (1 500 € offerts par l’Association Pour le Cinéma) : TOUT CE QUE TU NE PEUX LAISSER DERRIÈRE TOI de Nicolas Lasnibat (France)
  • Prix de la Liberté (600 € offerts par le Lycée Brossolette et l’Association Pour le Cinéma) VOS VIOLENCES de Antoine Raimbault (France)
  • Prix Format Court (Publication d’un focus sur Format Court, achat & diffusion du film, création d’un DCP) LE SENS DU TOUCHER de Jean-Charles Mbotti Malolo (France)
    • Mention Format Court à STELLA MARIS de Giacomo Abbruzzese
  • Prix des Ambassadeurs M’RA (Location et diffusion d’un film dans les salles du réseau du G.R.A.C. participant au dispositif Ambassadeurs M’RA) BANG BANG de Julien Bisaro
  • Prix du Public Un Poil Court (2 jours de tournage offerts par Un poil Court pour le prochain projet) HEAL / BLACK CHERRY CIRCUS de C. Beal & L. Lukic
  • Prix artistique Rhône-Alpes TV HEAL / BLACK CHERRY CIRCUS de C. Beal & L. Lukic
  • Prix Transpalux LUCY / Stankiewicz de F. Didelot & T. Goux
  • Concours de films de lycéens (Un pack de tournage (caméra DV + pied) offert par le Rectorat de Lyon et l’Association Pour le Cinéma au lycée) : LE POÈME de Marie Quirin (Lycée Pierre Brossolette - Villeurbanne)
    • Mention à ÉCARLATE de Yovan Henri (Lycée Louis Armand - Chambéry)
  • Bourse des festivals : PLEASE PLEASE PLEASE de Jean-Charles Mbotti-Malolo

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