Biennale de la Danse : Rocío Molina - Bosque Ardora

Rocìo Molina fière et altière sur pellicule, avant qu'elle ne rampe aux pieds de ses partenaires, sur scène. © DR
Rocìo Molina fière et altière sur pellicule, avant qu'elle ne rampe aux pieds de ses partenaires, sur scène. © DR

Impressions très mitigées au sortir de Bosque Ardora, un des spectacles de cette Biennale qui faisaient le plus envie sur le papier…

Avant de se demander ce que l’on a pensé du spectacle de la jeune et déjà très réputée Andalouse Rocío Molina, on prend le temps de ressentir ce que l’on éprouve. Physiquement, plus qu’émotionnellement. Car le finale aura mis le corps à la peine : laborieux, pétri de faux termes, il est lesté d’effets cacophoniques et aveuglants ayant des conséquences organiques immédiates sur le spectateur. Mais il fallait sans doute ces adjuvants pompiers pour donner une apparence de crescendo à la conclusion de Bosque Ardora.
Tout avait pourtant bien commencé : sur un écran de cinéma, une cavalière altière, entre Kate Bush et Björk, avait traversé une clairière à l’aube pour se ruer dans un lac, défiant les éléments. Et puis l’écran s'était levé tombé et Rocío était apparue, dans un décor végétalisé, arrachant les premiers feux à la terre. Une Rocío animale et dominatrice, tenant sous sa coupe deux partenaires marquant non le pas, mais les pas dans son écho — joli travail du percussionniste les accompagnant, au passage. Et l’énergie brute, entière, totale, du commencement, se délite, se disloque dans une (dé)construction aggravée par la durée. Les solos de Rocío Molina s’éternisent dans des démonstrations de virtuosité un peu vaines (regrettable, tant elle se révèle une partenaire généreuse avec ses deux complices), et pire que tout, la trame de Bosque Ardora suit pour son personnage une sinistre régression qui la ravale à l’état de Cro-magnon, femme-soumise, traînée par les cheveux, jouet dépenaillée d’un étau d’hommes. Quel sens donner à cela ? La chorégraphe a beau taper des talons, piaffer, elle ne raconte rien d’autre que la régression, la soumission volontaire d’une figure arrivée hiératique et libre, tellement étouffée par des archétypes über-machos qu’elle en renonce à son corps pour fusionner avec les plantes ambiantes… Dérangeant, comme l’est ce sentiment que plus la pièce avance, moins elle semble composée ; qu’à la superproduction du début succèdera une apothéose de patronage.

Rocío Molina et Rosario “La Tremendita” jouent Afectos ce mercredi 24 septembre à 20h30 au Dôme d'Albertville (Savoie)

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