Critique : Aimer, Boire et Chanter réalisé par Alain Resnais

Hippolyte Girardot et Sabine Azéma dans Aimer, Boire et Chanter, réalisé par Alain Resnais.

 ★★★☆☆ Habité comme souvent par la disparition et par la mort, le dernier film réalisé par Alain Resnais, sorti quelques jours après son trépas, se trouve investi d'une charge testamentaire d'autant plus saisissante qu'elle semble prémonitoire…

C’est le printemps dans le Yorkshire… et le début de la fin pour ce pauvre George, condamné par la maladie à brève échéance. Ses amis les plus proches, qui répètent une pièce pour le traditionnel spectacle amateur donné à l’automne, lui proposent de l’intégrer à leur compagnie. La présence de George va éveiller d’étranges troubles chez les trois femmes du groupe : Kathryn, sa première conquête ; Tamara, l’épouse de son meilleur ami et même Monica, son ancienne compagne…

Personne ne pourra reprocher à Alain Resnais d’avoir jamais manqué de suite dans ses idées : fidèle à sa troupe de comédiens — régulièrement amendée, il est vrai, de nouvelles figures, comme autant de variations apportées à chacune de ses œuvres — le regretté cinéaste manifeste une ultime fois son attachement pour Alan Ayckbourn, le dramaturge qui lui avait déjà inspiré Smoking/No smoking et Cœurs. Rien d’étonnant à cela. Ayckbourn fournissait à Resnais son carburant favori : du marivaudage élégant à contraintes, ou du moins permettant à ce réalisateur amateur de défis ludiques et narratifs, de réfléchir à des propositions cinématographiques formelles inédites ou déconcertantes.

Mise en scène de l'effacementAlain Resnais, sur le tournage de son film.

Réinventer le médium pour ne jamais se répéter, contrarier la mort en jouant des ambiguïtés de la vie… les éternelles obsessions de Resnais sont encore une fois ici assouvies. Dans un décor réduit au symbole, guère plus fourni que celui suggéré par Lars von Trier dans Dogville, les personnages mènent leur ronde, fabriquent par la parole leur monde. Tout est factice autour d’eux, mais eux-mêmes sont immergés dans une fabrique d’illusions, à savoir la création d’une pièce. Une mise en abyme à laquelle le spectateur doit souscrire, et qui se trouve démultipliée lorsqu’il découvre que les personnages portent entre eux des masques, se font mille cachoteries ou mensonges.

Enfin, il faut accepter l’énigmatique George, le pauvre condamné, l’irrésistible séducteur au charme mystérieux. S’il fait figure de personnage central à la Beckett, il pourrait également trouver sa place dans l’univers tout en suaves manipulations du roué Mankiewicz, quelque part entre Guêpier pour trois abeilles et Le Limier. Certes, il n’a guère de lignes de dialogue, mais son emprise sur ses partenaires, pour ne pas dire sa présence dans ce film désormais testamentaire, est tout bonnement inoubliable…

Affiche du film Aimer, Boire et Chanter, par Blutch.Aimer, Boire et Chanter réalisé par Alain Resnais (Comédie dramatique, France, 1 h 48), avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Silhol, Michel Vuillermoz, Sandrine Kiberlain, André Dussollier, Alba Gaia Bellugi… Sur les écrans le 26/03/2014.

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