Critique : Archipel Decouflé - Contact

Contact, c’est l’accession à la vie de groupe, au mélange, par l’extravagance joyeuse. © Laurent Philippe
Contact, c’est l’accession à la vie de groupe, au mélange, par l’extravagance joyeuse. © Laurent Philippe

La nouvelle création de la compagnie DCA s’inspire du mythe de Faust. Mais du pacte à Contact, il y a plus d’un pas de danse, tant le spectacle est transversal…

Méphisto (en caleçon, fixe-chaussettes et peignoir de soie) et sa compagne, un dénommé Jean-Claude (une grande brune) nous accueillent en nous donnant les consignes de base. Jean-Claude (un autre, qui, celui-là, est Faust), arrive pour lancer les festivités. Comme au cabaret, un danseur à paillettes ouvre solennellement le bal. Puis son double le rejoint et c’est une succession de tableaux. De fantaisies, mais aussi de vertiges…

Grand ensemble

“Ça donne envie de lire Gœthe !”, s’exclamait un spectateur d'âge mur jeudi soir à l’issue de la standing ovation — car c’est peu dire que de parler de triomphe. Oh, il risque d'être surpris en plongeant ses bésicles dans la prose de l’auteur allemand, qui n’a pas grand-chose à voir avec l'explosion kaléidoscopique initiée par Philippe Decouflé. De fait, s’il y a une influence ou une référence à rechercher, les décors expressionnistes tourmentés façon Dr Caligari et quelques projections d’extraits en fond de scène ou sur les interprètes nous renvoient au Faust de Murnau plus qu’à la littérature. De l’idée de Faust, Decouflé a conservé la malice séductrice d’un diable tentateur. Le reste, c’est du pur DCA : sourire carnassier, hypnotiseur de foire, Méphisto est prompt à se saisir d’une guitare électrique pour donner la réplique à Nosfell et Pierre Le Bourgeois, qui assurent la bande originale en live, avec l’humour qui manque en général aux musiciens se livrant à pareil exercice.
Contact, c’est l’accession à la vie de groupe, au mélange, par l’extravagance joyeuse — mais jamais hurlante. Une sarabande et une ronde incorporant un Jean-Claude de base dans le multicolore du monde. L'enthousiasme du public répond à ce brassage incessant, à cette volonté de passer outre les barreaux du “monde ancien” : n’est-ce pas révélateur que quelques lignes de Gœthe noyées sous des paragraphes de Jarry, des images de Murnau, et enchâssées dans du Decouflé donnent envie de revenir au texte ? L’adéquation entre le projet, les artistes et le public est aussi à trouver au sein de la compagnie, dont Contact est une création collective. DCA n’est pas qu’un cénacle homogène de danseurs tous plus étoiles les uns que les autres, mais une harmonie composite, un échantillon réellement représentatif de la société (grand, petit, enceinte, mat, clair…) ; un ensemble où chacune et chacun participe selon ses spécialités et ses possibilités, pour livrer, à la fin, ce musical ou music-hall pop. Le plaisir n’est pas dans la perfection, mais dans l’authenticité et le partage. Et là, on partage…

Contact, par la Compagnie DCA, jusqu'au 29 novembre à la Maison de la Danse, Lyon 8e. De 22 à 42 €

 

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