Critique : Astérix - Le Domaine des Dieux, de Louis Clichy & Alexandre Astier

"Toujours un sanglier que les Romains n'auront pas…"
"Toujours un sanglier que les Romains n'auront pas…"

★★★☆☆ En glissant d’Arthur à Astérix, Alexandre Astier reste dans le monde antique et signe avec Louis Clichy un film attrayant, qui propose aussi de réfléchir sur notre société contemporaine…

César n’en peut plus de ces irréductibles Gaulois d’Armorique, qui narguent la toute-puissance de Rome. Alors, il déploie un plan machiavélique qui devrait, enfin, avoir raison d’eux : en implantant une colonie de civils à la place de la forêt cernant leur village, il escompte obtenir leur assimilation, et donc leur reddition. C’est l’architecte Anglaigus, aidé par la garnison, qui dirige la construction du Domaine des Dieux, une résidence de prestige devant accueillir des Romains. Astérix et Obélix entravent le chantier tant qu’ils le peuvent, mais ne parviennent pas à empêcher l’édification du Domaine, ni les civils de s’y installer. Il va falloir ruser pour les chasser…

On comptera bientôt autant d’adaptations d’Astérix pour le cinéma que de cépages en Gaule, donnant des cuvées très contrastées et ce, indépendamment des conditions de fabrication. Si une piquette des plus saumâtres a pu être produite à partir des grappes les plus onéreuses — est-il besoin de rappeler le naufrage du troisième opus non animé ? — il est des épisodes, élaborés selon des techniques rudimentaires, dont rien ne vient corrompre le charme, et qui ne cessent de se bonifier avec les années. C’est le cas des Douze Travaux d’Astérix, bâti sur un scénario original de Goscinny, Tchernia et Uderzo. En confiant à ces deux maîtres de chaix que sont Alexandre Astier (démiurge, notamment, de Kaamelott) et Louis Clichy (qui s’est illustré chez Pixar) le soin de signer Le Domaine des Dieux, et non plus à des Scandinaves ou des Allemands, les producteurs ont voulu que le millésime 2014 ait une saveur particulière ; que la langue des Gaulois conserve la verve de leurs créateurs en se mariant avec le ton contemporain, et que l’animation puisse rivaliser avec ce qui constitue une norme graphique aujourd’hui : la 3D et le tout numérique. Symbole de cette alliance, l’historique doubleur d’Astérix Roger Carel côtoie Laurent Lafitte, Géraldine Nakache, Alain Chabat, Alexandre Astier lui-même ou le regretté Artus de Penguern.

Derrière la fable, la géopolitique

Si la trame globale de l’album est respectée, on ne peut s’empêcher de voir dans les traits des personnages ajoutés pour les besoins de l’intrigue des physionomies plus “pixariennes” qu’“astérixiennes” : le gros nez, les yeux selon Clichy n’ont rien de commun avec ceux d’Uderzo. Quant aux couleurs et aux textures, pastellisantes, duveteuses, elle confèrent une douceur enfantine, sucrée, au film, que son contenu, en sous-texte, vient nuancer. Car Le Domaine des Dieux se révèle d’une stupéfiante actualité géopolitique. Et il serait vain d’accuser Astier ou Clichy d’avoir voulu instrumentaliser le script : la BD racontait déjà une tentative politique d’acculturation forcée d’un peuple résistant par colonisation massive, et sa conquête par la vénalité (qui sera accentuée dans Obélix et compagnie). De même, les dialogues sociaux entre les esclaves et leurs maîtres, ou les légionnaires et leur hiérarchie, paraissent à peine exagérés : la liste des revendications est hurlante de vérité. Rendons à César… pardon, au scénariste ce qui lui revient : Goscinny possédait cet art du philosophe de mêler à ses contes badins des morales complexes, capables d’interroger très sérieusement notre monde. On n’ira toutefois pas jusqu’à dire qu’en dépeignant ses irréductibles villageois organisant le saccage final du Domaine des Dieux, il anticipait les bonnets rouges bretons démontant les portiques écotaxe — oui, il paraît qu’ils ont de la potion magique…



Le Domaine des Dieux, de Louis Clichy & Alexandre Astier, (Animation 3D, France/Belgique, 1 h 25), avec les voix de Roger Carel, Guillaume Briat, Lorànt Deutsch, Laurent Lafitte, Alain Chabat, Alexandre Astier… Sur les écrans le 26/11/2014
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