Critique : Caprice, de et avec Emmanuel Mouret

“-À trois, on y va ?” © DR
“-À trois, on y va ?” © DR

★★☆☆☆ Après sa parenthèse truffaldienne (le si sensible et clairvoyant Une autre vie, avec Joey Starr), Emmanuel Mouret revient à ses premières amours emberlificotées. Bof.

Maître d’école guindé et maladroit, Clément voue une admiration démesurée à une comédienne de théâtre, Alicia, dont il suit la carrière avec fièvre. Grâce à son collègue Thomas, il se rapproche de son idole en donnant des cours à son neveu. De malentendus en petites audaces, Clément devient le compagnon de l’actrice adulée. Le bonheur est de courte durée, car Caprice survient dans son existence. Cette jeune tornade, apprentie comédienne, s’impose à lui et le met en porte-à-faux vis à vis d’Alicia. Au même moment, Thomas, qui avait des velléités de comédie dans sa jeunesse, se met à fréquenter de très près Alicia…

Prince consort

Lorsqu’il interprète ses films, Emmanuel Mouret se crée un royaume d’artifices dont il est le prince. Un royaume loin d’être déplaisant pour lui, puisque les personnages hésitants dont il endosse les identités courtisent (ou plutôt sont courtisés) par les plus sculpturales comédiennes du cinéma français, reines de sa distribution. Celle de Caprice semble en posséder deux ; heureusement, le titre du film permet rapidement de déterminer qui, de Virginie Efira ou d’Anaïs Demoustier, coiffe la couronne et donne son allant, du rythme à l’histoire.


Beau comme la rencontre sous une table d'un sociétaire du Français
et d'une ancienne animatrice de M6… ©DR

La grenade Demoustier

Cette bien nommée Caprice instille du danger et de l’incertitude à un scénario lisse, baigné d’un merveilleux tirant sur le mièvre — les contes de fées sont toujours fades. Sa présence, ses irruptions gênantes dans le traintrain satisfait de Clément constituent des perturbations ô combien nécessaires ! Sans elle, et surtout sans l’incarnation intranquille, indéchiffrable d’Anaïs Demoustier, le film sombrerait dans un ennui abyssal. Car l’univers de Mouret a besoin d’être bousculé pour devenir tolérable, crédible. Le monde idéal qu’il s’emploie à dessiner n’est qu’une surface de monde, plat et au premier degré. Le calcul, la dissimulation, le mensonge, la duplicité y sont impossibles ; c’est pour cela que les personnages passent leur temps à se révéler leurs moindres manquements. Leurs aveux ressemblent d'ailleurs à des constats posés d’une voix blanche, des regrets énoncés sous une forme châtié, du style : « je suis bien embarrassé de t’avoir causé ce tourment ». Ces révélations n’appellent ni heurt ni cri : on prend acte, avec une solennité de bonne famille. Mazette, quel conflit !

Woody Mouret

S’il avait davantage de style dans le dialogue, s’il ne le surchargeait d’ornementations ampoulées, mais le considérait comme un véhicule d’exception pour l’humour, Mouret se rapprocherait de Woody Allen. Il en a la prolificité, partage avec le New-Yorkais le goût du marivaudage filmé dans des quartiers huppés, comme celui du velours côtelé et des somptueuses comédiennes. Comme lui, et c’est sans doute le plus important, il ne demeure pas prisonnier d’un genre (on l’a vu cinéaste très inspiré pour les deux films dans lesquels il ne jouait pas, Vénus et Fleur et Une autre vie) tout comme il sait rehausser un personnage par un trait de fantaisie pure et inattendue. Ainsi, Alicia se met-elle ici à bâiller lorsqu’elle est troublée. Au cours de la projection, les spectateurs de Caprice peuvent donc être amenés à bâiller par contagion, voire parce qu’ils sont émus. Alors, même si ce Mouret est moins piquant que d’autres, il ne faudra pas en conclure qu’ils s’ennuient au point de vouloir dormir…




Caprice, de et avec Emmanuel Mouret (Drame/Romance, France, 1 h 40), avec Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Laurent Stocker… Sur les écrans le 22/04/2015.
Bande-annonce de Caprice

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