Critique : Catharsis, de Sigrid Flory

Catharsis, c’est la vie de Sigrid en plusieurs langages et formes artistiques. © Gilles Aguilar.
Catharsis, c’est la vie de Sigrid en plusieurs langages et formes artistiques. © Gilles Aguilar.

Autobiographie musicale de et par Sigrid Flory, Catharsis est sans doute l’un des rares concerts-spectacles pensés aussi pour les malentendants…

Catharsis, c’est la vie de Sigrid, des années d’enfance à l’âge adulte ; le traumatisme d’une séparation familiale précoce, les années de pension, les errements de l’adolescence entre drogue et foi et, peut-être, la paix enfin trouvée… Catharsis, c’est aussi un projet difficile à exprimer du fait de sa composante intime, que Sigrid Flory avait déjà engagé à l’occasion d’un album éponyme paru en 2012, et qui trouve ici une adaptation scénique originale, même s’il peut laisser des réserves. Pas tant parce qu’il mêle plusieurs langages et formes artistiques, bien au contraire, mais parce qu’il semble ne pas avoir franchi totalement le gué menant du tour de chant au concert-spectacle, tel qu’il est présenté.

Plus de jeu, plus d’épure ?

Il convient d’abord de préciser que trois corps se partagent la scène ; trois incarnations simultanées de Sigrid, qui interagissent, se confrontent, conversent par les mots et les gestes. L’une chante beaucoup (Sigrid Flory en personne), l’autre danse surtout (Anaïs Descamps campant justement l’enveloppe physique de la chanteuse) ; quant à la troisième (Tali, chargée de personnifier la conscience très bavarde de Sigrid), elle ne dit rien mais signe en LSF — langue des signes française. Belle idée que de faire de cette voix raisonnable une instance muette, qui sait se faire comprendre de sa “propriétaire”… lorsque celle-ci ne fait pas la sourde oreille. Cette dissociation de l’être se révèle lors d’un “trip” au LSD à l’adolescence, et donne lieu au moment le plus théâtralisé du spectacle rompant avec l’enchaînement presque mécanique du récital. Le dialogue qui s’opère alors entre les trois “entités“ de Sigrid est un échange clef de son parcours, une phase pouvant se passer de la métaphore chantée ou dansée et aussi une respiration pour le public. Car les tableaux (et donc, chansons) s’enchaînent à une cadence infernale, comme si Catharsis était une comédie musicale contractée, ayant parmi ses contraintes celle de tenir dans 70 minutes. Ce rythme intensif, le chorégraphe et metteur en scène François Huchard l’a souhaité par crainte que le spectateur se lasse. Qu’il se détrompe : l’intégration de saynètes, dilatant l’histoire et atténuant l’effet de masse constitué par la profusion des sollicitations (chanson/danse/LSF) servirait plutôt l’ensemble. Dans le même ordre d'idées, on note une très notable différence d’impact et d’émotion sur la salle lorsque Sigrid préfère, à sa bande-orchestre débordant d’ornementations et d’arrangements, l’accompagnement live d’une guitare seule (sur Mi Amparo, notamment). L’intimité du sujet et du lieu s’accommodent mieux d’une forme d’épure musicale…

Catharsis, par la Cie Catharsis. Jusqu’au 9 novembre.
Mardi, jeudi, vendredi à 19h, mercredi à 15h et 19h, samedi et dimanche à 17h
au Théâtre des Clochards célestes : 51 rue des Tables-Claudiennes, Lyon 1er.
www.clochardscelestes.com, 04 78 28 34 43. De 8 à 15 €.
Prochaines dates : www.compagniecatharsis.com

Bande-annonce de Catharsis

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