Critique : Cold in July, de Jim Mickle

Recueillons-nous un instant en mémoire de notre cher disparu…
Recueillons-nous un instant en mémoire de notre cher disparu…

★★★☆☆ Un père de la pègre veut se venger de celui qui a tué son fils. Voilà comment commence (mais ne finit pas) Cold in July. Un bon thriller des familles, en somme…

Richard Dane, citoyen texan ordinaire, voit son existence basculer une nuit de 1989, lorsqu'il abat sous l'effet de la panique un individu entré chez lui par effraction. Très compréhensive, la police établit la légitime défense contre le cambrioleur, qu'elle identifie comme étant Freddy Russell, connu de leurs services, par ailleurs fils d'un autre malfaiteur, Ben Russell. La conscience tourmentée par son geste, Dane se rend aux funérailles de Russell… et tombe sur Ben, qui lui fait comprendre qu’entre eux les comptes sont loin d'être à jour. Terrorisé, et craignant pour sa famille, Dane signale à la police les menaces du patriarche des Russell. Si Ben et Richard sont effectivement liés par le sang, à la vie, à la mort, ils ne savent pas encore de quelle manière…

Tirer trop hâtivement, fût-ce une conclusion, n’est jamais bon : voyez l’exemple malheureux de Richard. Le sang qui va le lier à Russell, mais également à leur indispensable comparse Jim Bod, c’est de l’hémoglobine par litres, ruisselant de toute une série d’abominables se mettant au travers de leur chemin. Difficile de l’imaginer à la lumière des premières minutes, qui évoquent Les Nerfs à vif, puisqu’on voit un repris de justice apparemment invulnérable se venger d’un brave type désemparé en harcelant sa famille. Or si le titre a des airs d’oxymore, ce n’est pas pour rien : Cold in July ne reste pas sur une ligne connue, et bifurque à la première occasion vers l’inattendu, en mêlant surprise et suspense. L’intrigue se trouve ainsi émaillée d’une quantité appréciable de rebondissements, qui ne sont en rien des coups de théâtre spectaculaires, mais des arcs réellement dramatiques — dans une acception quasi shakespearienne. Sans rien sacrifier, Jim Mickle aborde donc successivement le drame psychologique post-traumatique, le thriller et le film noir… de genre texan.

Tex mecs


Quand on se retrouve nez à nez avec ces trois-là, on regrette le temps où on pouvait différencier les gentils des méchants…

Le genre texan, c’est un bon goût fait de sobriété criarde, de pare-buffle monté sur calandre, de holsters à cheville et de violence bestiale ou commise sans le moindre remords par des gars taciturnes et âpres à la douleur.  On jurerait avoir affaire à une caricature, tant il semble grotesque, et taillé pour la fiction ; il faut cependant le prendre le sérieux : ce style rugueux qui nous enchante tant dans les livres ou au cinéma est le même qui nous révulse à la lecture des faits divers… Jim Mickle sait entretenir avec adresse les coupables plaisirs paradoxaux des spectateurs, tout comme il sait s’adjoindre les services d’une distribution tellement hétérogène, qu’on a effectivement l’impression que les personnages appartiennent tous à des galaxies divergentes. Michael C. Hall, coupe mulet et moustache, donc très loin de son physique et de son emploi de Dexter, face à un Sam Shepard massif et brutal (à ce propos, cela devrait être interdit de faire marcher Sam Shepard au ralenti ; depuis L’Étoffe des héros, c’est vain, à la limite de la faute lourde) et à Don Johnson en détective privé-éleveur de porcs : un trio si improbable qu’il en devient idéal.

Parallèlement aux métamorphoses scénaristiques, l’image connaît de remarquables évolutions, les couleurs s’invitent à l’écran, recomposant la lumière et le cadre. Les séquences de nuit, en général d’action et d’assaut, prennent alors une teinte surréelle, magnifiant les personnages et rendant leurs poses ou leurs faits héroïques. Quel contraste avec la vie ordinaire des premières minutes, quel crescendo pour l’œil ! En des temps où il est fréquent de déplorer le manque de renouvellement du cinéma, un film qui essaie sans cesse de se réinventer mérite qu’on le considère avec un minimum de curiosité.




Cold in July, de Jim Mickle, (Thriller, États-Unis/France, 1 h 49), avec Michael C. Hall, Sam Shepard, Don Johnson, Nick Damici, Vinessa Shaw, Wyatt Russell… Sur les écrans le 31/12/2014
Bande-annonce du film Cold in July

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