Critique : Eden, de Mia Hansen-Løve

Paul aux platines, le début de la gloire. Sans la suite…
Paul aux platines, le début de la gloire. Sans la suite…

★★★☆☆ Brève histoire de la French Touch vue à travers les platines d’un de ses protagonistes, de ses débuts prometteurs à la galère cocaïnée.

Au début des années 1990, Paul découvre avec fascination la house et surtout le courant garage. Il abandonne ses études de lettres pour se vouer à sa passion, devenant DJ dans la mouvance parisienne. Cofondateur du duo Cheers, il participe à l’émergence de la French Touch, mais reste à quai lorsque le train de la notoriété démarre pour ses locomotives. Un détail, puisque sa vie privée est une succession de ruptures, et que ses ennuis pécuniaires le disputent à son addiction à la cocaïne…
Si l’idée d’un biopic au sein de la French Touch avait germé à Hollywood, aurait-on raconté l’histoire du point de vue de personnages secondaires, voire marginaux et passant à côté du succès ; aurait-on eu pour décor principal une (grande) chambre de bonne et comme arcs dramatiques les soucis personnels du protagoniste avec ses banquiers et ses petites amies ? À moins de s’appeler Joel & Ethan Coen et de rééditer Inside Llewyn Davis, mais version garage, il y a peu de chances… Eden est donc un film terriblement français — pardon : parisien —, où les Daft Punk, ravalés au rang de figurants, n’apparaissent que pour être aussitôt refoulés par les physionomistes des boîtes de nuit — le gentil gag-gimmick qui fait zim-boum. Où la house et l’electro ne peuvent être considérées que comme des prétextes, une toile de fond, un point de départ. Même s'il y a la volonté de faire œuvre de synthèse et de scander le temps, le propos de Mia Hansen-Løve est surtout de détailler à travers les vingt glorieuses de l’electro le parcours de Sven, son frère, inspirateur du personnage de Paul, coscénariste du film.

House made

Rester à la porte de la grande histoire, en ne recueillant de la rue que les basses et les rires de ceux qui font la fête dans la boîte, ne gênera pas les non-pratiquants de la culture rave (les autres se consoleront avec la B.O. très chargée en thèmes emblématiques). Ils assisteront sans extase ni déplaisir pourtant à deux heures de vie molle sans beaucoup d’enjeu. La musique électronique est-elle à ce point un vortex, un vacuum ? Alors, c’est son procès que la cinéaste instruit ! Les points saillants du récit, ceux qui font que l’attention s’agrippe, se situent en marge des sets, dans les relations de groupe du début, ou ne sont liés qu’à quelques personnages satellites : Cyril, un illustrateur dépressif, et Arnaud, un organisateur de soirées folklorique autant qu’hypocondriaque. À côté de ces deux silhouettes au caractère bien net, Paul demeure flou, comme passager et spectateur de sa propre histoire, tant le film est creusé d’ellipses. Faut-il en déduire que l’electro est un truc de jeune inconséquent, et que la drogue dont ses adeptes se truffent (obligatoirement) l’organisme leur bousille la mémoire ? En fait, Eden n’est ni plus ni moins qu’un film de repenti de plus, la mafia en moins. Encore que…




Eden, de Mia Hansen-Løve (Chronique/Biopic, France, 2 h 11), avec Félix de Givry, Pauline Étienne, Vincent Macaigne, Higo Conzelmann, Greta Gerwig, Golshifteh Farahani, Laura Smet… Sur les écrans le 19/11/2014.
Bande-annonce

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