Critique : En équilibre, de Denis Dercourt

Comme son nom l'indique, Cécile de France est belge. Et elle interprète une pianiste, comme on peut le voir © DR
Comme son nom l'indique, Cécile de France est belge. Et elle interprète une pianiste, comme on peut le voir © DR

★★☆☆☆ Un cavalier paraplégique ne manquant pas d'assurance fait perdre la sienne à une assureuse qui n'était pas tout à fait dans son assiette. Tout cela part à hue et à dia…

Cavalier et cascadeur pour le cinéma, Marc est piétiné par sa monture pendant un tournage ; les reins brisés, il ne peut plus marcher. La compagnie d'assurance gèrant son cas dépêche à son domicile Florence, une spécialiste de la “méthode douce” : les producteurs du film plaident pour l'inconscience professionnelle de Marc afin de minorer leur responsabilité… et leur chèque. Face à cet homme rugueux et combatif, Florence va non seulement reconsidérer la moralité de son métier, mais surtout renouer avec sa passion refoulée pour le piano. Car Marc est un grand mélomane…

Film juridique + film de reconstruction post-traumatique + film d'accomplissement personnel + love story… Quel fourre-tout ! Vous êtes sûr qu'il n'y en a pas un peu trop ? Essayons de faire un peu de tri. Que Denis Dercourt, cinéaste et chef d'orchestre, accommode la musique à toutes les gammes n'est en soi pas problématique : cela peut se considérer comme une signature ou une clef, sinon d'écoute, du moins de lecture de son œuvre. Seulement, les digressions consacrées aux exercices pianistiques de Florence, à la projection de ses rêves de concertiste sur sa fille constituent davantage qu'une esquisse visant à ancrer davantage son personnage dans la réalité de l'histoire. C'est un sujet entier, plein, difficilement réductible. Quant à ses atermoiements soudains face au dossier de Marc, ils sont peu compréhensibles. Si le cavalier assis est le déclencheur de sa métamorphose, la faille en elle, la fragilité, n'était pas assez perceptible : comment cet inoxydable bloc d'acier administratif a-t-il fini par se laisser gagner par la rouille du doute et de l'humanité ?

Il croyait que les étriers, c'était des os à l'intérieur de l'oreille du cheval… © Studiocanal
Il croyait que les étriers, c'était des os à l'intérieur de l'oreille du cheval… © Studiocanal

Congruence et obstination

 La question juridique pose moins de problèmes : c'est le prétexte, le Mac Guffin dont on se moque un peu, puisqu'on ne s'attend pas à voir finir le tout dans les prétoires. La reconstruction et l'accomplissement personnels vont de pair : le cœur du film. Comment l'on peut retrouver son équilibre quand l'on a perdu, quand les circonstances vous ont poussé à renoncer à ce qui était le centre de votre existence ; mais aussi comment l'on arrive à se remettre en accord avec son véritable être, ses aspirations profondes, quitte à abandonner un certain confort de vie. Ce recentrage qu'opère Florence rappelle cette congruence prônée par Franck Martin dans son livre Le Pouvoir des gentils. Pour Marc, l'enjeu est différent : remonter à cheval, dans un exercice différent de la cascade (la haute école) constitue la poursuite de son métier, adaptée aux contraintes de son handicap. N'empêche que son obstination (voudrait-on nous faire croire que le Breton serait têtu ?) paiera. Cela nous permet d'admirer Dupontel en cavalier au ralenti sur des plages crépusculaires dignes de pubs d'opérateur téléphonique, se livrant à des figures assez estomaquantes.

Un homme et une femme

Fallait-il une cerise sur le gâteau, en l'occurrence la romance entre Marc et Florence ? Leur complicité devait-elle passer par la couche — d'autant que leur histoire est sans lendemain ? On imagine le dilemme des scénaristes, ne voulant pas priver leur héros d'une histoire d'amour, au prétexte qu'il est en fauteuil. Tout cela parce que l'usage veut qu'un film mettant en scène la rencontre d'un homme et une femme les fasse plonger dans les bras l'un de l'autre. La passade, dans En équilibre, hélas, sent l'artifice, et Dercourt aurait été bien inspiré de laisser une simple ambiguïté, plus riche de sens et de potentialité, s'instaurer entre ses personnages. Pour le spectateur, une frustration reste préférable à une déception…

Affiche de En équilibre

En équilibre, de Denis Dercourt (Drame/Romance, France, 1 h 30), avec Albert Dupontel, Cécile de France, Marie Bäumer… Sur les écrans le 08/04/2015.
Bande annonce du film En équilibre

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