Critique : Flore, de Jean-Albert Lièvre

Une personne atteinte d'Alzeihmer peut-elle aller mieux avec des soins adaptés, personnalisés ? ©JAL
Une personne atteinte d'Alzeihmer peut-elle aller mieux avec des soins adaptés, personnalisés ? ©JAL

★★☆☆☆ Jean-Albert Lièvre brosse le portrait de sa mère malade d’Alzheimer, de sa prise en charge exceptionnelle. Et oublie quelques détails…

Flore a été une artiste et une femme rayonnantes, jusqu’à ce que la maladie la touche aux alentours de soixante-dix ans. Ses enfants — dont son fils Jean-Albert, qui suit son évolution l’œil à la caméra — se résolvent donc à la placer dans différentes institutions de la région parisienne, de plus en plus médicalisées, pour assister à ce qui semble n’être qu’une inéluctable diminution de son autonomie et de son état général. Jusqu’à ce qu’ils décident de l’accueillir dans leur domaine familial corse. Là, Flore reprend du poids et  semble même faire des progrès…

Construit comme une lettre à sa mère, lue par le (très/trop) volubile Jean-Albert Lièvre, ce film contient plusieurs messages : il se veut témoignage d’amour filial (intrinsèquement intime) et document à valeur d’exemple (potentiellement généralisable). Or il faut prendre garde à bien passer au tamis les informations qu'il livre, tout comme pointer celles qui font défaut. Car Flore reste le récit d’un cas particulier extraordinaire, au sens propre. Pas uniquement d’un point de vu médical : si la vieille dame présente une aussi spectaculaire amélioration de sa condition, c’est peut-être à grâce à une formidable complexion, mais surtout parce qu'elle bénéficie d'un entourage dévoué de trois personnes au bas mot, qui la sollicitent en permanence. Jean-Albert Lièvre semble ne pas se rendre compte de la question économique posée par le dépendance et le grand âge : la charge exorbitante d’une institution, pas plus que les questions administratives (liste d’attente…) ne sont posées à l’image. On veut bien croire qu’il s’agit de pudeur, car dans les grandes familles, parler d'argent est incorrect. N’empêche. L’espoir de voir traités les aspects pratico-pratiques renaît quand, au détour d’un plan, le réalisateur se montre (oui, il aime bien se se montrer à l’image) en train d’adapter la résidence corse, et la rendre plus accessible. Sans non plus exiger le plan de masse ni le budget des travaux, on aurait aimé en savoir plus sur ce qu'implique concrètement la décision d’accueillir une personne souffrant d’Alzheimer chez soi.
Le reste, la lettre poétique du fiston, le contenu du message privé, il ne nous appartient pas de juger ; la forme, volontiers esthétisante, ne peut trop être retenue contre Jean-Albert Lièvre. D’abord, parce que son métier est de faire de belles images, ensuite parce qu'il a le mérite d'être un des rares à casser le tabou d’Alzheimer, et peut-être que cet emballage, qui magnifie la Corse, sensibilisera des spectateurs à ce sujet peu vendeur…



Flore, de et avec Jean-Albert Lièvre (Chronique documentaire, France, 1 h 33), avec également Flore Lièvre… Sur les écrans le 24/09/2014.

Bande annonce officielle

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