Critique : Jacky au royaume des filles, de Riad Sattouf

Au royaume des filles, les garçons, tous plus niais les uns que les autres, se pressent au bal pour être tenus en laisse par la Colonelle… Si personne ne leur apprend pas à espérer mieux, à quoi d'autre pourraient-ils rêver ?
Au royaume des filles, les garçons, tous plus niais les uns que les autres, se pressent au bal pour être tenus en laisse par la Colonelle… Si personne ne leur apprend pas à espérer mieux, à quoi d'autre pourraient-ils rêver ?

★★★☆☆Riad Sattouf met son beau gosse Vincent Lacoste dans de beaux draps. Enfin, surtout sous un drap, qui d'alleurs n'est pas très beau…

Dans la république dite “démocratique et populaire” de Bubunne, les hommes sont asservis et dominés par un matriarcat héréditaire. Pour Jacky, fils de la gueuserie, le rêve serait d’épouser la Colonelle, future dictatrice, dont il est épris. Mais pour cela, il faut obtenir un ticket pour le bal…

Un Cendrillon excessif ? A peine… Sattouf renverse seulement le postulat du conte, et le reste de la fable suit naturellement. Dans son ton, bien sûr. On retrouve ainsi l’esprit des Beaux Gosses, la description sans complexe ni coquetterie hypocrite des mœurs adolescentes. Le cadre politique, cette dictature des femmes, est à la fois cocasse et terrifiant : les discours de la dictatrice, les dogmes obscurantistes qu’elle énonce semblent d’une absurdité totale ; il suffit pourtant de les replacer dans la bouche d’un homme pour leur trouver un inquiétant parfum de réalisme. Tout est question d’angle, de vocabulaire et d’habitude ; la domination masculine n’est donc rien d’autre qu’une affaire de (mauvaise) habitude. Brocardant ce vieux totalitarisme, Sattouf se montre un intelligent défenseur de la cause féministe, contrairement à ce que certains détracteurs s’ingénient à prétendre.

De plus, sa charge caustique ne se limite pas à la problématique du genre, puisqu’elle touche aussi à l’écologie et, dans une moindre de mesure, à la religion — en tout cas à la liberté de conscience. Incarnant la figure de la rébellion, du libertaire insoumis, et mentor de Jacky, le réalisateur Michel Hazanavicius se révèle un excellent interprète. Il côtoie une distribution de choix, d'acteurs maîtrisés et ne chutant jamais dans l’outrance — l’abus de caricature aurait affaibli la force du propos.

Venu de la BD avec une réputation de sociologue un tantinet sarcastique de la jeunesse contemporaine, Sattouf se fraye dans le cinéma une place d’auteur ambitieux. Et on lui découvre même, au générique de ce film (qui laisse des surprises jusqu’à ses ultimes images) un talent de compositeur inattendu. Comme dirait Pascal, c’est du brutal !



Jacky au royaume des filles, de Riad Sattouf.

France. Comédie.

Avec Vincent Lacoste, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Anémone…

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