Critique : Le Citronnier, de Samantha Barendson

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Portrait de Samantha Barendson © DR
Portrait de Samantha Barendson © DR

★★★☆☆ Fragments et inventaire d'un père trépassé dont elle a perdu tout souvenir, Le Citronnier est, pour Samantha Barendson, un très inattendu arbre de la connaissance…

Peut on dévorer un citronnier ? Peut-on l’avaler, le digérer ? On peut. Celui de Samantha Barendson en tout cas. Soixante pages directes, poétiques et drôles, qui se lisent d’un trait, comme on boirait une citronnade au soleil.

Le citronnier de Samantha est à Buenos Aires, la ville où se sont rencontrés ses parents. Son père, mort à Bariloche, incinéré et répandu dans la terre du jardin de la grand-mère de Samantha, a servi de terreau à cet arbre qui est devenu, un peu, son père. Alors, quand elle parle à son père, c’est parfois au citronnier qu’elle s’adresse. Quelle ironie que ce père à jamais absent, disparu (et non desaparecido !) alors qu’elle n’avait que 2 ans, soit devenu un citronnier, porteur de fruits tout à la fois doux et acides.

Entre le zist et le zest

Tu fais chier, papa." On l’a toutes et tous pensé ; certaines et certains l’ont dit. Samantha Barendson le scande. Et ce n’est pas tant une révolte adolescente qu’une tendresse adulte. Elle porte ce père dont elle n’a aucun souvenir, dont elle n’a que six photos, un chat psychédélique et douze verres. Il l’accompagne, elle le fait apparaître à chaque événement de sa vie où il aurait dû être là et où il n’est pas. Il est devenu si proche qu’elle le lui dit : “Tu fais chier, papa."
Et elle le cherche, le scrute, l’imagine. Elle traque ses anciennes compagnes sur Internet ; conserve une coupure de journal relatant sa mort, accidentelle, bête, fait-divers-esque ; et interviewe sa grand-mère. Il lui faut attendre d’être devenue femme, mère, indéniablement adulte, pour exiger des réponses. Après des décennies de réparties évasives, d’élusions, de retranchements derrière le chagrin et le temps qui passe, Samantha obtient des réponses, et une révélation. Un secret. Un pavé dans la mare.
Cette révélation, ce retournement, ce tremblement de terre, est le début d’une autre histoire, que Samantha Barendson ne nous raconte pas. Et c’est à ce moment que le lecteur reste un peu sur sa faim… Ce qu’elle apprend sur ce père qui n’a jamais existé dans sa vie ne change peut-être pas grand chose à l’idée qu’elle en a, mais déteint sur toutes les histoires qu’on a pu lui raconter. Elle qui était prête à mener l’enquête sur Francisco Barendson, arrête là ses recherches, dit au monde ce secret si bien gardé pendant presque quarante ans, mais ne demande ni à sa mère ni à tous ceux qui le connaissaient de parler de lui à la lumière de cette révélation.

Visuel du livre Le Citronnier, de Samantha BarendsonLe Citronnier, de Samanta Barendson, Le Pédalo ivre, 80 pages (30 minutes de lecture), 10 euros.

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