Critique : Les Recettes du bonheur, de Lasse Hallström

Cette asperge ne serait elle pas une métaphore du film ? Pas très fine, un peu molle, insipide…
Cette asperge ne serait elle pas une métaphore du film ? Pas très fine, un peu molle, insipide…

☆☆☆☆☆ Lasse Hallström réussit très bien la recette du navet au gratin. Dommage qu’il la partage.

Après bien des péripéties, la famille Kadam ouvre un restaurant indien dans un village français, juste en face de l’établissement étoilé que dirige Mme Mallory. Celle-ci voit d’un très mauvais œil cette concurrence, indigne de son standing. Elle n’a pas encore goûté à la cuisine de Hassan, le fils Kadam…
Ah, la France, ses bons produits du terroir, ses villages à la Clochemerle, l’accordéon qui chante dans les arbres, la lumière toujours rasante et parfaitement dorée et monsieur le Maire qui s’empiffre de foie gras dès 10 heures du matin à la terrasse du café… À un tel degré de clichés, on peut difficilement prétendre faire encore du cinéma ; c’est plutôt de la (mauvaise) photographie. Mais simplifier jusqu’à l’abêtissement ou compiler des lieux communs n’a jamais effrayé ce gâte-sauce de Lasse Hallström… Ici, s’il se satisfait de réduire territoire et personnages à des silhouettes convenues, éculées, il ne faut pas s’attendre à une révolution de palais ni dans la narration (plate, ennuyeuse), ni dans la manière de célébrer la nourriture (zéro originalité, absence totale de sensualité : n’est pas Gabriel Axel qui veut). On se doute que ce produit de grande consommation, saturé d’adjuvants internationaux (les acteurs ou la référence au Michelin), est destiné en priorité au marché anglo-saxon, et que son imposture aura du mal à berner le spectateur local. Car de quelque côté qu’on le prenne (l’éloge du terroir, l’histoire d’amour, l’ascension fulgurante d’un cuisinier de génie, le conte-anti-raciste-et-tolérant), ce film n’est rien d’autre qu’un assemblage mal amalgamé de vieux fonds de gamelles. Indigent, et indigeste.

Les Recettes du bonheur (The Hundred-Foot Journey), de Lasse Hallström (Purge académique insipide, États-Unis, 2 h 03), avec Helen Mirren, Om Purri, Manish Dayal, Charlotte Le Bon, Michel Blanc… Sur les écrans le 10/09/2014.Les Recettes du bonheur (The Hundred-Foot Journey),
de Lasse Hallström (Purge académique insipide, États-Unis, 2 h 03),
avec Helen Mirren, Om Purri, Manish Dayal, Charlotte Le Bon, Michel Blanc…
Sur les écrans le 10/09/2014.
Bande annonce distributeur

Suivez-nous !

A lire encore...

Jean-Baptiste Saurel © VR

Aquabike, le second court métrage de Jean-Baptiste Saurel (révélé par l'hilarant La Bifle) a été mis en boîte en partie dans les piscines de Villeurbanne. Alors qu'il vit son existence dans les festivals — il a déjà été distingué lors du Festival du Film court de Villeurbanne 2015 —, retour sur son tournage…

Il semble qu'il y ait quelque chose entre Benoît Poelvoorde et Virigine Efira : une voiture / photo © StudioCanal

★★☆☆☆ Pour parler d’ultra-moderne solitude, Jean-Pierre Améris adopte un ton léger, ainsi qu’une nouvelle comédienne. C’est l’histoire de la mauvaise personne au bon endroit…

Cela ne se voit pas, mais Barbara a dû avoir une jeunesse débridée /photo © DR

★★★☆☆ Carlos Vermut signe le portrait enivrant d’une femme piège autant que piégée, à l’image d’une Espagne en lambeaux…

En Tchécoslovaquie, les athlètes étaient munies d'une roue de secours /photo © DR

★★☆☆☆ Une athlète tchécoslovaque préfère ne pas courir que de se doper. Pour son entourage, elle a un petit vélo dans la tête…

Apparemment, le Petit Prince et le Renard boudent… / photo © Paramount Pictures France

★★☆☆☆ Attendue depuis des années, cette nouvelle adaptation cinématographique du plus fameux des romans jeunesse n’est pas ratée : elle n’est juste pas réussie du tout, nuance…

Ben Stiller, recouvert d'un plaid, parlant de ses rhumatismes à Naomi Watts, vêtue d'une doudoune en duvet /photo © DR

★★☆☆☆ « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». Cette éternelle leçon valait-elle un nouveau long métrage ? On en doute…