Critique : A Love You, de et avec Paul Lefèvre

Olivier Py a déjà deux spectateurs pour le Festival ! / Photo © DR
Olivier Py a déjà deux spectateurs pour le Festival ! / Photo © DR

★☆☆☆☆ Stupéfiant : lorsque les Français se lancent dans le Very Bad Trip, on ressent aussitôt les effets de la gueule de bois…

Au lendemain d’une soirée particulièrement assoiffée, donc aussi débridée que déjantée, Manu se réveille la tête en vrac, au milieu d’un indescriptible désordre. Mais avec un gribouillis sur le bras et une certitude : la femme de sa vie l’attend quelques heures plus tard à Avignon. Émoustillé par cette découverte, il convainc son pote Fred de l’escorter dans la Cité des Papes. Fred partageant son « état de fraîcheur », l’expédition va connaître quelques imprévus de nature à la ralentir considérablement. Et leur permettre de rencontrer une galerie de personnages allant du truculent à l’inquiétant, en passant par le bienveillant. Sans oublier leur nouvelle camarade, Juliette…

On repassera à l'automne, pour rigoler / photo © DR
On repassera à l'automne, pour rigoler / photo © DR

Resucée

Depuis Matrix et Vice-Versa, le principe du « déjà-vu » nous est familier. A Love You nous l’illustre une nouvelle fois. Pas en étant la version développée d’un court métrage réalisé autrefois par Paul Lefèvre : trop peu diffusé, ce film n’avait pas eu la chance de toucher le grand public. Plutôt parce qu’il remixe les principes généraux de Projet X et Very Bad Trip, plonge ses héros dans une situation post-beuverie durablement ridicule et fait assaut de grossièreté jeuniste — « trop  frais » ! Une collection d’outrances cul-nu, de fausses audaces, illustrées ici par un automobiliste monobloc queutard, d’une vulgarité surchargée, là par un curé guilleret conseillant le port de la capote. Bref, le centre de gravité de cette comédie est gaillardement situé entre le testicule gauche et la couille droite. Rien de bien méchant : tout le monde est passé par là, si l’on ose dire. Mais il faut être Rabelais pour tirer de ce genre de matière de la grivoiserie supérieure.

Deux types à poil, une fille au poil. Ça craint velu. / photo © DR
Deux types à poil, une fille au poil. Ça craint velu. / photo © DR

Potentiel gâché

C’est dommage que Lefèvre s’abandonne à d’épaisses facilités. Car ailleurs, il fait montre d’un goût pour l’absurdité particulièrement réjouissant : lorsqu’il promène, dans le décor apocalyptique du lendemain de fiesta, un équidé, un body-builder nu sans aucune explication. Ou qu’il impose à son personnage de Fred durant la moitié du film un maquillage honteux, avant que quelqu’un consente à le lui ôter. Le gag gratuit, celui qui vient de nulle part, est une perle de l’humour. Savoir glisser de l’incongru dans le quotidien, un grand talent. Pourquoi n’en use-t-il pas davantage ?! Comme on souffre pendant le dialogue laborieux durant lequel un routier justifie avec force grimace pourquoi il s’est fait tatouer A Love You sur l’épaule ! Voilà l’une des séquences les plus consternantes vues depuis longtemps.

La cuite au prochain numéro ?

Au cas où A Love You rencontrerait le succès, Paul Lefèvre s’est ménagé une ouverture pour une suite se passant vraisemblablement aux États-Unis, à New York. Allez, on essaie d’imaginer l’intrigue : le trio Manu-Fred-Juliette s’emmêle les pinceaux à l’aéroport, s’anesthésie à la vodka dans l’avion après s’être trompé de vol, se réveille en Afrique du Sud ou à Hawaï et doit se rediriger par ses propres moyens (maritimes, et clandestins de préférence) sur les bords de l’Hudson. Là, on mise sur un porte-containers ayant une cargaison improbable, bien sûr piloté par le routier de A Love You, reconverti en capitaine pour faire clin d’œil. On ajoute une tempête, une attaque d’ours (ah, ces containers…) avant qu’ils touchent la terre ferme, pour découvrir que celle qu’ils étaient venus retrouver est en fait repartie vers Avignon… Pathétique, ce synopsis. Sûr que Paul Lefèvre peut faire mieux s’il y consacre plus de cinq minutes…

Affiche de A Love You


A Love You, de et avec Paul Lefèvre (Comédie/Road Movie, France, 1h30), avec également Antoine Gouy, Fanny Valette, Dominique Pinon, Vincent Leyris, Eddie Chignara… Sur les écrans le 24/06/2015.

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