Critique : Maggie, de Henry Hobson

Désormais, Schwarzenegger fait des pompes sur un seul bras, mais debout / Photo © DR
Désormais, Schwarzenegger fait des pompes sur un seul bras, mais debout / Photo © DR

★★★☆☆ L’ex-gouverneur Schwarzenegger dans un film critiquant (métaphoriquement) la prise en charge des malades en soins palliatifs aux États-Unis ? Si l’on veut, mais avec des zombies…

Un mystérieux virus s’est propagé parmi l’humanité. Sa particularité ? Transformer ceux qui sont infectés en zombies, les condamnant à brève échéance à une transformation fatale. Les autorités ont décrété une “quarantaine” pour les sujets ayant atteint le stade ultime de la maladie : en clair, ils sont regroupés dans des centres médicaux, où ils s’entre-dévorent. Maggie, la fille que Wade Vogel a eue d’un premier mariage, a été mordue par un zombie. Mais ce fermier têtu se refuse à l’abandonner à la quarantaine, et tient à la veiller jusqu’au bout, malgré les injonctions de son épouse Caroline, du shérif, du médecin. À ses risques et périls…

La zombie fait mouche /  Photo © DR
 La zombie fait mouche / Photo © DR

Un rôle de décomposition

Barbe hirsute, visage raviné avec larmes apparentes, cibiche aux lèvres : Schwarzy s’est composé un personnage que n’aurait pas dédaigné Eastwood, lorsqu’il était encore en âge de jouer les pères. Un de ces braves types ordinaires trouvant dans une injuste adversité des ressources pour lutter, sachant prodiguer (épisodiquement) de la torgnole, tout en en ramassant assez pour ne pas ressembler à un super-héros irréel ; un de ces vrais mecs du terroir qui défendent leur fille et pleurent lorsque l’émotion les submergent. Il aura fallu attendre que l’acteur prenne sa retraite politique pour le voir s’intéresser à un tel rôle, aux antipodes du Terminator, dans lequel il joue davantage avec retenue, que du biceps saillant ou de la saillie parodique. Maggie ne vante ni ne vend le « tournant » artistique de l’ancien culturiste, de crainte sans doute de déstabiliser son noyau dur de fans. Quant à ceux qui s’attendent à un pur film de zombies éclaboussé d’entrailles noirâtres, baignant dans les lamentos de revenants, ils risquent d’être surpris.

Zombie-movie

S’il possède tous les attributs d’une très honnête série B, du cadre général aux effets spéciaux horrifiques à la limite du sympathique bricolage, Maggie vaut mieux que la plupart des films produisant du monstre gangrené pour faire hurler les adolescent(e)s. Sans vouloir prêter à Henry Hobson des intentions d’intellectualisme forcené, reconnaissons que le spectaculaire n’est pas sa préoccupation majeure — trois pauvres séquences avec des cadavres ambulants, à peine enragés et tout moisis, comme une concession au film de genre, et puis basta ! Hobson préfère s’interroger (et faire que nous, spectateurs, nous interrogions) sur la part de conscience dont dispose un zombie en cours de transformation et donc sur sa fraction d’humanité résiduelle. À partir de quand doit-on considérer que l’être initial a dépassé le point de non-retour ? Les médecins et des scientifiques n’ont pas le même regard sur le « sujet » qu’un proche sur un être aimé ; les premiers raisonnent statistiques, en données épidémiologiques et en mesures de précaution visant à isoler les individus contaminés, quand les seconds, a contrario, font abstraction du monde. Deux conceptions de l’humanité s’affrontent : l’une pragmatique, l’autre affective. Vogel fera tout pour préserver sa fille, mais il n’hésitera pas à dégommer à la hache une enfant de quatre ans de sa connaissance, ayant accompli sa transformation…

"-Et demain, je te raconterai mon programme électoral." / Photo © DR
"-Et demain, je te raconterai mon programme électoral." / Photo © DR

Les zombies rêvent-ils de cerveaux électriques ?

La question (existentialiste) de la subjectivité du zombie en devenir, qui parcourt tout le film et occupe l’essentiel de sa fin, aurait gagné à être approfondie. D’autant que Hobson lance des pistes polémiques. Déjà, en montrant la faillite d’un système sanitaire débordé, entassant les morts-vivants les uns sur les autres et prétendant la situation « sous contrôle », il donne du grain à moudre aux complotistes et à tous les détracteurs du fédéralisme. Alors, quand il présente des zombies manifestant tous les symptômes d’une transformation totale, mais demeurant capables de réflexes humains, on se demande s’il ne fait pas référence plus ou moins directement à ces patients diagnostiqués en état de mort cérébrale, que leurs proches pensent encore parcourus d’un souffle de conscience. Décidément, on trouve toujours un peu de métaphysique et de philosophie lorsque l’on gratte  sous la croûte putride du zombie…

Affiche de Maggie


Maggie, de Henry Hobson (Drame/Fantastique, États-Unis, 1h35), avec Arnold Schwarzenegger, Abigail Breslin, Joely Richardson… Sur les écrans le 27/05/2015.
 
Bande-annonce de Maggie

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