Critique : Mange tes morts - Tu ne diras point, de Jean-Charles Hue

Jason tire les lapins derrière son cousin. Comme le lui répètera son frère : "C'est nous, les chasseurs !"
Jason tire les lapins derrière son cousin. Comme le lui répètera son frère : "C'est nous, les chasseurs !"

★★☆☆☆ Entre la voix de son frère et la voie du Seigneur, Jason le Gitan est hésitant. Le film aussi.

Une communauté de gens du voyage. Tout juste majeur, Jason s’apprête à célébrer son baptême. L’irruption de Fred, son demi-frère sorti de prison après quinze années de réclusion, instille le doute dans son esprit. Et Jason se laisse embarquer dans une équipée nocturne en compagnie d’un autre frère et d’un cousin, à la conquête d’un hypothétique camion de cuivre. Fred n’a pas de plan, mais il est armé…

Dans la communauté que filme Jean-Charles Hue, il n’y a que deux voies : l’honnêteté du chemin pastoral, impliquant le respect un peu naïf de la parole évangélique, ou la mauvaise route, celle des “choraveurs” qui siphonnent des réservoirs, braquent et partent en virée, le “pouchka” (le flingue) à la ceinture. Un manichéisme très réducteur, mais pas vraiment d’alternative : l’aventure prônée par Fred le voyou, nourrie par la légende et la geste paternelles, se révèle miteuse ; la vie sage est moins dangereuse mais aussi fade, et avec des chansons religieuses en bonus. Jason, monument d’inexpressivité, a donc le choix entre deux bols d’eau tiède pour faire son baptême ; prendra-t-il celui qui a la couleur du sang ?

Langue vivante

Si Teddy Lussi-Modeste dans Jimmy Rivière (2011) s’était appliqué à montrer le blanc de la liturgie, les chants, la foi, Jean-Charles Hue s’intéresse davantage à la face sombre, l’aventure dans le sens le plus délétère et aléatoire du terme. Mais comme son confrère, il tient à renvoyer une image réaliste du peuple gitan, loin du folklore des polars. Son exigence sociologique, presque ethnographique, passe par un emploi forcené de la langue de la communauté, sous-titrée bien qu’elle soit totalement compréhensible. Double bénéfice : le film gagne en accessibilité immédiate, et l’on se rend compte de la quantité de vocabulaire emprunté au lexique gitan, désormais totalement assimilé dans la langue française — laquelle ne fait pas la fine bouche quand il s’agit d’intégrer. Reste que la figure imposante de Fred, colosse-bulldozer, manque d’un peu de matière pour devenir fascinante, celle de Jason de vigueur, et le film de densité — ou de nervosité.



Mange tes morts - Tu ne diras point, de Jean-Charles Hue (Mortelle randonnée, France, 1 h 34),
avec Jason François, Michaël Dauber, Frédéric Dorkel…

Sur les écrans le 17/09/2014.

Bande annonce de Mange tes morts - Tu ne diras point, de Jean-Charles Hue

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