Critique : Mommy, de Xavier Dolan

Steve supporte assez mal l'encadrement, tout encadrement…
Steve supporte assez mal l'encadrement, tout encadrement…

★★★☆☆ Rendons service à Xavier Dolan en lui disant que, puisqu’il n’a pas fait un chef-d’œuvre avec Mommy mais un film correct, il a tout le loisir d’en tourner un à présent…

Adolescent trop remuant, Steve est renvoyé de l’institution spécialisée où il était placé. C’est donc à sa mère Die, qui l’élève seule depuis la mort de son époux et tire le diable par la queue, de le prendre en charge. S’il n’est pas tous les jours facile de gérer la personnalité explosive de Steve, Die peut compter sur l’aide de sa voisine, la discrète et complexée Kyla, dont les fêlures font écho à celles de Steve, et la fermeté rentrée le canalise. Mais pour combien de temps…

Ce qui se produit autour de ce film est sans doute furieusement sympathique pour Xavier Dolan : le cinéaste se retrouve coqueluche, proclamé génie, considéré comme potentiel générateur d’un succès au box-office et en même temps victime incomprise d’un jury cannois qui ne lui a octroyé “qu’un” Prix (ex-æquo de surcroît avec un Jean-Luc Godard qu’il ne goûte guère). On ne va pas minorer la précocité avérée du réalisateur québécois, mais pas non plus s’emballer inconditionnellement — d’autant qu’il joue avec roublardise de sa jeunesse pour justifier certains de ses propos à l’emporte-pièce. Dolan a signé cinq longs métrages : du point de vue du seul cinéma, c’est un réalisateur mûr, et ce ne sont que des critères de cinéma qui doivent être observés, pas son extrait de naissance ni son beau sourire, qu’on laisse volontiers au marketing.

Tout sur la mère

Die est un peu dans le brouillard…
Die est un peu dans le brouillard…

En cinq films, la signature s’est affirmée et confirmée, le sens de réalisation aussi. Sa propension à se projeter très égoïstement sur des personnages borderline s’est muée en une réflexion sur les interactions entre les personnages et leur environnement, et dans un questionnement qui dépasse le seul périmètre de l’adolescence, avec ses corolaires : identité sexuelle, rejet de la société, etc. Ainsi, le contexte, ici, justifie l’histoire : tout se déroule dans un futur immédiat, où la loi permet à l’État de prendre quelques “libertés” quant à la prise en charge des mineurs. Quant à Steve, reconnaissons qu’il s’agit d’un prétexte, d’un déclencheur : Die est le moteur et l’attrait de l’écriture de Dolan, le personnage qu’il a le plus soigné, qu’il aime et dont il veut montrer les facettes comme les défauts. La réponse offerte par Anne Dorval est à la hauteur de l’attente. En dépit, ou grâce aux excès du rôle — car Die n’est pas exempte de travers, sur le fil d’une séduction se fanant, d’une vulgarité défensive et d’une détresse émouvante — la comédienne façonne un portrait retenu, avec ce qu'il faut de surprises.

Le revers du film, ce sont ces coquetteries esthétiques dont Dolan l’affuble : ces gadgets outrés qui finissent par agacer, au lieu d’accompagner en silence. Prenons le cadre resserré de l’image, comme filmée au téléphone format portrait : au bout d’une quarantaine de minutes, on peut supposer que le spectateur non claustrophobe a dû saisir la symbolique d’étouffement qu’il suggère. Quant aux ralentis nappés d’accords en guise de transition, l’impression de redite est sévère. Tiens, concernant la musique : Dolan tape si large et si abondamment dans le consensuel pour les séquences clipées ou chantées par ses personnages (Dido, Céline Dion, Andrea Boccelli, Oasis, Craig Armstrong, Ludovico Einaudi…) que c’en est presque à se demander si le jury n’a pas considéré sa bande originale éliminatoire d’office. Le composite fourre-tout comme reflet de la classe moyenne, c’est un thème un peu trop usé pour quelqu’un qui veut s’inscrire dans un renouveau cinématographique…



Mommy, de Xavier Dolan (Drame, Canada, 2 h 18), avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon, Suzanne Clément… Sur les écrans le 08/10/2014.

Bande annonce officielle

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