Critique : Salto Mortale, de Guillaume Kozakiewiez

Défier la pesanteur sur ses deux pieds ou se relever après un accident : les deux demandent de l'énergie et de la passion.
Défier la pesanteur sur ses deux pieds ou se relever après un accident : les deux demandent de l'énergie et de la passion.

★★★☆☆ Réapprendre à marcher lorsque l’on volait presque… Antoine Rigot l’a fait, et des ailes ont commencé à lui repousser…

Antoine Rigot est équilibriste, fildefériste. Pendant des années, il a assuré avec sa compagne des numéros réputés pour leur écriture poétique et leur insolence vis-à-vis des lois de la pesanteur. Antoine était notamment célèbre pour son Salto mortale, une figure terrifiante. Mais un jour, un accident a brisé son corps. Pas sa carrière : au prix d'efforts acharnés, pour contrôler des membres qui ne lui obéissent plus comme autrefois, Antoine a réussi à s'intégrer dans un nouveau spectacle d'équilibristes, entre le sol et les airs…

Soudain, le vide

Résilience. C'est le mot qui s'impose lorsque l'on écoute Antoine parler. Car ce documentaire repose essentiellement sur son témoignage ; ses mots dont on suit le fil et qui nous guident dans ce qui a été son destin interrompu. La rage ? Non. L’auto-apitoiement ? Pas davantage. Une féroce envie de se reconstruire, de poursuivre son existence, en faisant autre chose avec ce qu’il est devenu. Le paradoxe de ce film, c’est qu’il nous montre un homme désormais incapable d’accomplir les prodiges acrobatiques qui étaient son lot quotidien lorsqu’il était artiste-athlète, et dont on applaudit le pas trébuchant aujourd’hui. Qui aurait prêté attention à sa vie, qui aurait braqué sa caméra sur lui s'il n'avait pas eu son accident, s’il n’était pas déchu de son état de surhomme ; s’il n’effectuait pas en permanence des efforts surhumains pour parvenir à égaler un piéton n’ayant jamais défié le vide ? Guillaume Kozakiewiez a tourné ce film parce qu’il était visiblement fasciné par Antoine Rigot et son cheminement. À défaut de bâtir une œuvre d’une esthétique originale ou d’une plastique bouleversante, il transmet au moins son admiration pour le funambule, son art et son cheminement.




Salto Mortale, de Guillaume Kozakiewiez (Documentaire, France/Suisse, 1 h 34), avec Antoine Rigot, Agathe Olivier… Sur les écrans le 26/11/2014.

Suivez-nous !

A lire encore...

Jean-Baptiste Saurel © VR

Aquabike, le second court métrage de Jean-Baptiste Saurel (révélé par l'hilarant La Bifle) a été mis en boîte en partie dans les piscines de Villeurbanne. Alors qu'il vit son existence dans les festivals — il a déjà été distingué lors du Festival du Film court de Villeurbanne 2015 —, retour sur son tournage…

Il semble qu'il y ait quelque chose entre Benoît Poelvoorde et Virigine Efira : une voiture / photo © StudioCanal

★★☆☆☆ Pour parler d’ultra-moderne solitude, Jean-Pierre Améris adopte un ton léger, ainsi qu’une nouvelle comédienne. C’est l’histoire de la mauvaise personne au bon endroit…

Cela ne se voit pas, mais Barbara a dû avoir une jeunesse débridée /photo © DR

★★★☆☆ Carlos Vermut signe le portrait enivrant d’une femme piège autant que piégée, à l’image d’une Espagne en lambeaux…

En Tchécoslovaquie, les athlètes étaient munies d'une roue de secours /photo © DR

★★☆☆☆ Une athlète tchécoslovaque préfère ne pas courir que de se doper. Pour son entourage, elle a un petit vélo dans la tête…

Apparemment, le Petit Prince et le Renard boudent… / photo © Paramount Pictures France

★★☆☆☆ Attendue depuis des années, cette nouvelle adaptation cinématographique du plus fameux des romans jeunesse n’est pas ratée : elle n’est juste pas réussie du tout, nuance…

Ben Stiller, recouvert d'un plaid, parlant de ses rhumatismes à Naomi Watts, vêtue d'une doudoune en duvet /photo © DR

★★☆☆☆ « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». Cette éternelle leçon valait-elle un nouveau long métrage ? On en doute…