Critique : Samba, de Olivier Nakache & Éric Toledano

Samba, incognito dans le métro parisien. Il a beau lire Cheval magazine, tant qu'il se déguisera en Omar Sy, on ne le laissera pas tranquille. ©Gaumont Distribution
Samba, incognito dans le métro parisien. Il a beau lire Cheval magazine, tant qu'il se déguisera en Omar Sy, on ne le laissera pas tranquille. ©Gaumont Distribution

★★☆☆☆ Pas de quoi danser de joie avec le nouveau (et boiteux) film des pourtant très estimables auteurs d’Intouchables

Depuis dix ans, Samba vit illégalement sur le territoire français. Un dépôt de dossier de régularisation attire l’attention des autorités qui le placent dans un centre de rétention, en attendant une décision de justice. C’est là qu’il rencontre Alice, une cadre supérieure paumée, venue soigner son épuisement professionnel dans l’aide aux sans-papiers. Les chemins cahoteux des deux éclopés ne vont cesser de se croiser, peut-être sont-ils destinés à voyager ensemble…

Parfois, on se prend à rêver que des forces compensatoires vengeresses corrigent dans le temps certains succès démesurés, soignent à la purge amère quelques coqueluches et poussées de fièvre ; remettent les pieds sur terre à des têtes transformées en montgolfière… Alors, si l’on souhaite aux imposteurs un juste retour de bâton, on ne peut désirer pareille déconvenue au duo Nakache & Toledano exempt de tout soupçon de malhonnêteté artistique : le triomphe d’Intouchables était une récompense méritée pour deux auteurs ayant signé une réussite indiscutable et engagé une belle carrière. Las, il est souvent plus périlleux de se relever d’un sacre que d’un échec.

Contredanse

Tahar + Omar = 2 César © Gaumont distribution
Tahar + Omar = 2 César © Gaumont distribution

L’unanimité du succès les a surexposés et propulsés dans une sphère qui tient davantage de la cage dorée : pour y demeurer, il faut se plier au goût majoritaire et au consensuel, adoucir son ton — même inconsciemment. Cela devient la quadrature du cercle lorsque l’on entend traiter de sujets de société sur un mode oscillant entre comédie franche et drame documentaire. Samba veut témoigner d’une réalité contemporaine (la situation intenable des sans-papiers) en demeurant un divertissement grand public (agrémenté d’une romance). Ce type d’alchimie délicate, qui n’est pas impossible à opérer — l’exemple d’Intouchables prouve bien que gravité et humour savent se combiner —, achoppe ici. Et le film se disperse dans un trop-plein de trames, de personnages secondaires (bien commodes pour passer au premier plan quand l’action principale patine, ce qui d’ailleurs pose question), de dilatations inutiles, d’hésitations entre un cinéma ultra-composé de studio et une approche plus ”impro” à la Lelouch, sur le vif… À cela, il faut ajouter l’accent d’Omar Sy, à peine différent de celui qu’il réservait au SAV, et quelques fausses notes d’ouverture, comme juxtaposer la “bombe” de vitalité Izïa Higelin à l’atone Charlotte Gainsbourg  (ce n’est certes pas un cadeau fait à cette dernière). Et que penser de l’affiche vendant des sourires éclatants, ou plutôt petitmouchoirdisant sa distribution, sans rien dire du film !

La greffe de la comédie romantique (très timide) ne prenant pas sur ce sujet, si l’on ôte la bluette, le traitement de la trajectoire de Samba demeure fatalement superficiel. D'autant que la précarité des travailleurs illégaux, on l’a vue en pire et plus marquante chez Ken Loach (It’s a free world) par exemple. Samba est un film en pantoufles, trop gentil pour être offensif, et qui au bout du bal ne sait toujours pas sur quel pied danser…

© Gaumont distribution
© Gaumont distribution

Samba, de Olivier Nakache & Éric Toledano (Comédie dramatique, France, 1 h 58), avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izïa Higelin… Sur les écrans le 15/10/2014.

Bande-annonce du film Samba

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