Critique : Séquence 8 par Les 7 doigts de la main

Les 7 doigts de la main © Luc Montagnier
Les 7 doigts de la main © Luc Montagnier

Générosité, partage, énergie, jonglerie et voltige. Cinq petits mots pour à peine cerner l’univers d’une compagnie qui vous fait fêter Noël à chaque représentation.

Trop tard, presque trop tard pour voir Les 7 doigts de la main à Lyon… Pas tout à fait quand même, soyez fous, mercredi soir quelques places étaient disponibles à la revente, quelques personnes malades, bloquées dans les embouteillages, réveillées trop tard d'une sieste intempestive. Que le malheur des uns fasse votre bonheur, tentez le tout pour le tout et venez faire le siège de la Maison de la Danse, ce jeudi soir ou demain vendredi.

Comme son nom l'indique, Les 7 doigts de la main est une troupe de huit artistes, sportifs, circassiens, danseurs, voltigeurs, trapézistes, jongleurs. En plus de la virtuosité, de la performance physique, des portés, des lancés, des sauts, ce qui rend ce spectacle différent c'est l'émotion  particulière à chaque salle que ces six garçons et deux filles, jeunes et canadiens, s’attachent à construire. Déjà, c’est un spectacle où on parle, et le porte-parole de la soirée nous prévient dès l'ouverture : “On est tous liés maintenant, parce qu'on était tous ici ce soir.” L'idée est touchante ; sur scène en tout cas, le lien entre les huit artistes est palpable. Si chacun a droit à ses 5 minutes de solo — le trapèze, la bascule, le mât, le main-à-main, la jonglerie de boîtes à cigares, le cerceau chinois, peu de changements par rapport à la création à Fourvière en 2012— , les moments chorégraphiés où les individus s'agglomèrent, se portent, se dissolvent dans une autre entité, plus grande, plus forte, plus agile, sont les plus réussis.

Époustouflant !

Ce nouveau cirque est complet et n'oublie pas les numéros de clowns, l'humour vient ici pendant les temps de respiration, il part volontiers dans l'absurde avec des interviews sans mots, uniquement soufflées, soupirées, haletées, mais finalement compréhensibles, ou dans une parodie de jeu télévisé dans lequel on a une furieuse envie de répondre “la réponse D !”. L’interaction entre les spectateurs et les artistes est permanente : les acrobates cassent le mur qui les sépare du public — l’un d’entre eux n’hésite pas à monter et descendre les travées, tapant dans les mains des spectateurs, ou embrassant à pleine bouche une dame aux cheveux blancs du premier rang. Quant à la salle, elle participe pleinement ! Elle laisse entendre son effroi lorsque l’acrobate au mât se laisse glisser tête en bas jusqu’à 5 cm du sol ; elle s’abandonne, incrédule, devant Éric Bates domestiquant ses boîtes à cigares (on a vraiment l’impression qu’elles flottent dans les airs, accrochées les unes aux autres, attendant qu’il les rattrape). À la fin, toute la Maison de la Danse, qui n’a pas épargné ses holas, est debout pour applaudir. Avant de rendre la foule à la réalité, la troupe crée sa propre musique, en enregistrant en direct le bruit des boîtes à cigares qui s'entrechoquent, les ongles sur du bois, une note de trompette, deux onomatopées et danse sur ce morceau fait maison. Et conclut : “Voilà, c'était un peu de nous, pour vous.” Quand est-ce-qu’ils reviennent ?

Séquence 8, par Les 7 doigts de la main jusqu'au vendredi 19 décembre à la Maison de la Danse, Lyon 8e. De 20 à 39 €

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