Critique : Shaun le mouton, de Mark Burton & Richard Starzak

Shaun, en train de se faire rôtir les gigots au bord de la piscine © StudioCanal
Shaun, en train de se faire rôtir les gigots au bord de la piscine © StudioCanal

★★★☆☆ Les beaux jours reviennent ? C’est l’occasion de s’offrir une petite laine. Enfin, de mettre un agneau au menu de vos séances de cinéma pascales…

À la suite d’une fausse manœuvre, Shaun le mouton a expédié le Fermier à la Grande Ville. Comble de malchance, celui-ci a perdu la mémoire en se cognant. Le téméraire Shaun part donc récupérer son malchanceux berger, escorté par le troupeau entier et l’inévitable chien. Il leur faudra déjouer les pièges tendus par le fourbe agent de la fourrière, retrouver dans la Grande Ville leur amnésique préféré et le guérir. Heureusement, Shaun en a sous le sabot…

Le silence des agneaux

Abbêêêê Road © StudioCanal
Abbêêêê Road © StudioCanal

Spin off de Wallace et Gromit, la série phare des studios Aardman, le personnage de Shaun le mouton a pris son indépendance sur le petit écran dans un tout nouvel environnement (la Ferme et ses occupants). Mais surtout dans un programme jeunesse, ce qui a induit de substantielles adaptations. À la trape, les répliques absurdes de Wallace ; au poulailler, les envolées de Chicken Run ! L’expression articulée se limite ici à des borborygmes et des mimiques, amplement suffisants pour un public de 4 à… 144 ans. Demeurer drôle, et même cocasse, sans bêtifier au prétexte que l’on s’adresse à des enfants, constituait un premier défi ; plusieurs saisons ont prouvé que les équipes d’Aardman soutenaient la gageure sans faillir. La seconde incertitude portait sur l’endurance des scénaristes sur une longue distance : la funeste expérience de Les Pirates ! bons à rien, mauvais en tout prouve que le sans-faute n’existe pas. Qu’on se rassure : même si l’on ne retrouve pas la finition exemplaire des toutes premières productions de Peter Lord & Nick Park (on détecte des bavures de colle au niveau des yeux !), Shaun le mouton, le film tient son rang question humour.

Le premier qui baisse les yeux a perdu © Aardman
Le premier qui baisse les yeux a perdu © Aardman

Les gags bon enfant (un peu scato) feront rire ces derniers, justement ; quant aux regards plus caustiques sur la frivolité de la mode, comme les caricatures de snobs et de névrosés urbains, ils amuseront les spectateurs plus sensibles à l’ironie. Et si le mode parodique tourne évidemment à plein régime (allusions et travestissements à gogo, références iconiques aux Beatles, à Wolverine, voire à Lagerfeld), il se pourrait bien qu’un nouveau mème naisse de ce film : l’hallucinant/halluciné chien emprisonné à la fourrière, qui déchaîne l’hilarité, mérite sa postérité.

Éloge des valeurs simples, défiance du normé-polué des cités soumises aux lois et aux règles, le film Shaun le mouton est assez rousseauiste dans son esprit, même si son héros manifeste des tendances anarcho-syndicalistes qui en font le leader de la bergerie. Malgré tout, il a beau avoir des idées, de l’intelligence et sauver son patron de mille périls, ça ne l’empêche pas de le laisser le tondre, ni de réclamer de retourner dans son enclos. Même en plasticine, même plus avisé que la moyenne, un mouton reste un mouton…

Affiche de Shaun le mouton © DR

Shaun le mouton, de Mark Burton & Richard Starzak (Animation, Grande-Bretagne/France, 1 h 25), avec les voix de Justin Fletcher, John B. Sparkes, Omid Djalili, Richard Weber… Sur les écrans le 01/04/2015.
Bande annonce de Shaun le mouton

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