Critique : À trois on y va, de Jérôme Bonnell

Les trois font la triple paire © DR
Les trois font la triple paire © DR

★★★☆☆ Ce Jules et Jim à l’envers, où Catherine serait un garçon, explore toutes les combinaisons amoureuses, sans que jamais l’on tombe dans le scabreux. Une douce utopie ?

Gentil ménage venant d’acheter une petite maison lilloise, Micha et Charlotte affichent les caractéristiques du jeune couple idéal. Pourtant, leur bonheur conjugal a déjà du plomb dans l’aile : Micha étant souvent absent, Charlotte a en effet succombé aux charmes d’une amie avocate, Mélodie. Et voilà que Micha va à son tour entamer une liaison avec la mutine Mélodie. Prise entre ses deux amants, qui ignorent évidemment ses relations parallèles, la jeune femme est contrainte à une gymnastique sentimentale périlleuse… et parfois cocasse.

La délicatesse

À l’instar de la célèbre toile de Magritte, À trois on y va pourrait arborer sur son affiche une mention du genre « ceci n’est pas une histoire d’adultère ». Les amateurs de romans salaces en seront pour leurs frais : même s’il y a coucheries multiples, étreintes passionnées, voire fuite précipitée de la maîtresse par la fenêtre, on ne peut objectivement parler de vaudeville — Jérôme Bonnell parvenant à écarter de son scénario l’insupportable lest de la gauloiserie. Piégé par les circonstances, son trio dégage une indiscutable innocence, une pureté qui est à l’image des intentions de l’auteur : point de volonté sulfureuse dans son écriture, ni de goût pour quelque néo-triolisme accommodé à la sauce provinciale. Non, ce ne sont pas des caractères sociologiques déviants que le réalisateur veut analyser en entomologiste : il filme des gens qui s’aiment.

Au fait, pourquoi les films de Bonnell (Le Chignon d’Olga, J’attends quelqu’un, Le Temps de l’aventure, pour ne citer qu’eux…) sont-ils à ce point touchants ? Parce que justement, ils mettent en scène des personnages proches de nous, qui évoluent dans un quotidien non contrefait, à l’intérieur des limites du réalisme, mais dont l’indolente quiétude (pour ne pas dire la monotonie) est perturbée par une bouffée d’imprévu. Rien d’extraordinaire à l’échelle du cosmos ; juste une étincelle qui repolarise l’existence, et peut faire la basculer vers un nouveau possible. Et les destins offerts aux protagonistes de ses films ne sont jamais fermés, ni dramatiques ; ce sont des histoires ordinaires, des parenthèses dont ils ont la possibilité de différer la clôture. Si faire entendre le vacarme d’une épopée est à la portée du premier venu, il faut posséder comme Bonnell un talent bien supérieur pour rendre visible l’immensité du minuscule.

L'avocate sur un toit brûlant © DR
L'avocate sur un toit brûlant © DR

Portrait de femme

Il est fréquent de voir un comédien surgir sur les écrans, et s’imposer quasi simultanément dans une demi-douzaine de productions — comme si tous les cinéastes, en moutons de Panurge, s’étaient donné le mot à son sujet. Mais les comédiennes dans cette situation sont plus rares. Anaïs Demoustier, qui interprète ici Mélodie, se trouve aujourd’hui à ce moment charnière d’une carrière où les rôles (de plus en plus importants) affluent. Après Miller, Tavernier, Ozon ; avant Emmanuel Mouret pour Caprice (où elle éclipse Virginie Efira), Les Malheurs de Sophie de Christophe Honoré et Marguerite et Julien de Valérie Donzelli, À trois on y va marquera un repère dans un parcours qu’on a de bonnes raisons de croire prometteur, si elle conserve son éclectisme, sa fantaisie et sa légèreté…

Affiche À trois on y va


À trois on y va, de Jérôme Bonnell, (Comédie sentimentale, France, 1 h 26), avec Anaïs Demoustier, Félix Moati, Sophie Verbeeck… Sur les écrans le 25/03/2015.
Bande annonce de À trois on y va

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