Critique : Un illustre inconnu, de Matthieu Delaporte

Matthieu Kassovitz hésite : arriverait-il à se faire passer pour la jeune femme du tableau ? Mieux vaut peut-être jouer la sécurité…
Matthieu Kassovitz hésite : arriverait-il à se faire passer pour la jeune femme du tableau ? Mieux vaut peut-être jouer la sécurité…

★☆☆☆☆ Rythme d’escargot asthmatique, tonalité chromatique tirant sur le beige/vert-de-gris : l’esthétique Inspecteur Derrick vient de toucher un malheureux polar français de plus.

Sébastien Nicolas, agent immobilier terne, a un hobby bien étrange : il copie des gens, généralement ses clients. Scrutés à leur insu, ses “modèles” se font délester de leurs tics, de leur voix, et même de leurs traits puisque Sébastien façonne des masques à leur ressemblance. Grimé, il compose des sosies et profite des absences des originaux pour squatter leur appartement. Un jour, on lui confie le dossier d’un vieux violoniste misanthrope. Un rôle en or, mais qui réserve beaucoup de surprises…

Masques en rade

Mathieu Kassovitz jouant un personnage affabulant sur son identité, prétendant être qui il n’est pas pas, s’inventant des vies plus riches que la sienne… Heu, attendez, ça ne serait pas une sorte d’imitation d’Un héros très discret ? Pas vraiment : on est à mille lieues du film d’Audiard et du trouble qu’il engendrait chez le spectateur — trouble né du suspense propre à cette histoire, agréablement entretenu par sa construction abstraite. Si Un illustre inconnu est, du moins sur le papier, une bonne petite idée, les auteurs du Prénom l’ont maquillée comme un vélo volé, avec l’espoir de nous le faire passer pour un semi-remorque neuf. Absence de tension, dilatation démesurée (pour figurer la pression psychologique, par compensation ?), couleurs d’avant la chute du Mur, comédiens comme le pauvre Kassovitz distribués sans imagination dans des emplois coutumiers (Éric Caravaca en inspecteur de police, Philippe Duclos en curé…).

Matthieu Delaporte n’était pas pour autant forcé de signer un polar haletant surécrit et surdécoupé, avec un Kassovitz enfilant des masques comme Bruce Willis ses moumoutes dans le médiocre Chacal (si le scénario est acheté pour faire l’objet d’un remake, Hollywood trouvera le moyen de le formater à ses conventions) ; il pouvait en revanche approfondir — sans jouer davantage la montre non plus, au secours ! — la dimension “camusienne” de Sébastien Nicolas, un personnage comme le héros de L’Étranger, observateur à la fois absent du monde et sans affect. Pas sûr qu’il y ait à la place une intention sartrienne de sonder le vide existentiel…

Un illustre inconnu, de Matthieu Delaporte (Drame/le-retour-de-Fantômas-s’est-échappé, France, 1 h 58), avec Mathieu Kassovitz, Marie-Josée Croze, Eric Caravaca…… Sur les écrans le 19/11/2014.
Bande-annonce

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