Critique : Une nouvelle amie, de François Ozon

La nouvelle amie n'est peut-être pas celle que vous croyez…
La nouvelle amie n'est peut-être pas celle que vous croyez…

★★☆☆☆ Quel cinéaste français peut bien signer une histoire de deuil, de transgression, de désir, de convoitise, dans laquelle un homme se travestit ? C’est François Ozon, dame !

Depuis la mort de sa meilleure amie Laura, Claire n’a plus le goût de vivre. Pensant que quelques jours de congé l’aideront à sortir de sa déprime, elle songe à les mettre à profit pour prêter main forte à David, l’époux de Laura et père de leur enfant dont Claire est la marraine. Mais lorsque la jeune femme arrive à leur domicile, c’est à un spectacle inattendu qu’elle assiste : David s’est vêtu en femme pour donner le biberon. Interloquée, choquée, Claire s’enfuit, mais sa curiosité sera la plus forte et sa répulsion initiale se transformera en complicité : sous l’identité de Virginia, David va devenir sa nouvelle meilleure amie…

Talents hauts, talents plats


"-Tu m'as rapporté mes Louboutin ?  -Non, j'avais trop peur de me tordre la cheville en montant au filet…"

Si vous vous souvenez du début sans parole  — et bouleversant — du film d’animation Là-haut, l’ouverture d’Une nouvelle amie (après le générique !) vous apparaîtra familière : toute l’histoire de l’amitié entre Claire et Laura, leurs mariages et la maladie de cette dernière, est racontée dans un enchaînement virtuose de séquences elliptiques et cut. Une vie en accéléré se déroule et se consume sous nos yeux. L’exercice de style passé (et réussi), François Ozon n’a pas l’air de vouloir se donner davantage de peine ; ce sera le minimum exigible : la création d’une atmosphère bourgeoise dans un de ces lotissements de banlieue cossue — où Eva Longoria pourrait surgir à tout moment pour récupérer son courrier —, un faux-suspense, quelques scènes fantasmatiques ou oniriques (reconnaissables comme si elles clignotaient) pour justifier sa réputation de transgresseur de tabous, et quelques hommages à La Femme d’à côté (partie de tennis, trench-coat…) pour faire plaisir aux cinéphiles, pile au moment où l’on célèbre les trente ans de la disparition de Truffaut.

Lentement, le film se dilue dans sa propre longueur, comme s’il peinait à trouver son issue : certes Romain Duris porte bien les effets féminins, Anaïs Demoustier est parfaite, mais ils n’ont pas grand chose à manger, et nous non plus. Cette baisse de tension surprend venant d’un cinéaste comme Ozon, d’ordinaire maître de son rythme. Elle lui permet, dans les entrelacs, de faire une apparition très signifiante lors d’une séquence liée à l’ambiguïté suscitée par le personnage de Virginia : il campe un spectateur-satire profitant de l’obscurité d’une salle de cinéma pour peloter celle qu’il pense être une voisine. Au-delà du fait que le cinéma est le lieu qui permet la confusion, la quantité d’interprétations supplémentaires que permet cette simple séquence est phénoménale ! Miroir du commencement, la fin apporte une légère touche politique (ou polémique), et donc affirme un engagement quant aux questions de société contemporaines : on n’est plus dans le roman, mais dans le quotidien. Ozon, moins anguille que d’habitude, montre clairement qu’une famille, ce n’est plus le dogme ”un papa et une maman” rabâché par certains. Ça déplaira, mais ça, ça lui plaira !



Une nouvelle amie, de François Ozon (Mixte de drame psychologique et de polar, France, 1 h 47), avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz, Isild Le Besco, Aurore Clément… Sur les écrans le 05/11/2014.

Bande-annonce

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