Critique : While We’re Young, de Noah Baumbach

Ben Stiller, recouvert d'un plaid, parlant de ses rhumatismes à Naomi Watts, vêtue d'une doudoune en duvet /photo © DR
Ben Stiller, recouvert d'un plaid, parlant de ses rhumatismes à Naomi Watts, vêtue d'une doudoune en duvet /photo © DR

★★☆☆☆ « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ». Cette éternelle leçon valait-elle un nouveau long métrage ? On en doute…

Josh a la quarantaine tranquille, c’est-à-dire qu’il mène une existence de couple rangée avec Cornelia et peine à achever un documentaire engagé depuis presque une décennie. Bref, il s’encroûte. Lors d’une conférence, il fait la connaissance d’un apprenti cinéaste, Jamie qui se proclame son admirateur, et de son épouse Darby. Résolument cool, ne jurant que par le vintage   et la relation humaine directe quand le monde se réfugie dans le high-tech et le déshumanisé, le jeune couple a tout pour plaire. Josh et Cornelia tombent sous son charme. Mais ne devrait-on pas dire sous sa coupe ?

“-Je n'ai pas d'ami comme toi, oh non non…" /photo © DR
“-Je n'ai pas d'ami comme toi, oh non non…" /photo © DR

Ben à la peine

Ce n’est pas la grande forme pour Ben Stiller ces derniers temps. Oh, While We’re Young n’atteint pas les abysses catastrophiques de La Nuit au Musée 3, mais une fois encore, le comédien a manqué d’inspiration dans le choix de son script. Paresse et conformisme semblent être ici les deux ressorts de l’écriture de ce qui aurait pu être une comédie savoureuse, si elle avait été féroce. La juxtaposition de têtes d’affiche, quelque estimables ou charmantes qu’elles soient (ici Naomi Watts, Amanda Seyfried), n’est hélas pas un gage de réussite.

“-Pas d'autre amie, comme toi…" /Photo © DR
“-Pas d'autre amie, comme toi…" /photo © DR

Hou la pleureuse !

Au fond, quel est le projet de Noah Baumbach à travers ce film ? Effectuer une auto-critique générationnelle, soit celle des bobos de 45 ans ? En ce cas, elle se révèle plutôt molle : même s’il ridiculise (un peu) Josh et Cornelia, il leur donne surtout l’occasion de dérouler une complainte chargée de circonstances atténuantes. En substance, cela donne ceci : « Bien sûr, nous avons nos défauts, nous sommes égoïstes, nous sommes des adolescents incapables de trouver notre place dans la société. Mais la faute en incombe à nos aînés : ces affreux soixante-huitards se sont arrogé le monopole de la rébellion et de la coolitude, avant de prendre le pouvoir en retournant leur veste. Quant à ceux qui nous succèdent, ils sont pires : dépourvus de tout morale, profiteurs, cyniques sous couvert de décontraction absolue. Et naturellement adulés par les soixante-huitards. » Hum… voilà qui donne presque envie de prendre parti contre les quadras geignards.

Trop sages, comme images

Certes, Baumbach dispense de petits coups de griffes aux quadras : Josh devient presbyte, se découvre arthritique, constatant donc que l’âge est bien une question d’artères. Il raille ces vingtenaires qui avalent sans discernement n’importe quel style de musique ou de film du moment qu'il est en version analogique (VHS ou vinyle), qui s’extasient sur tout mais sont incapables d’émettre un jugement critique ou de valeur. Le cinéaste tourne aussi en dérision ces vieux jeunes parents qui s’abêtissent devant leur progéniture-reine et excluent de leur cercle amical tous les couples sans enfant — Cordelia en fera amèrement les frais. Bref, deux ou trois flèches un peu goguenardes restant cependant à la superficie des choses. Baumbach semble avoir peur de lâcher prise dans le burlesque, alors qu’il y aurait matière à composer une comédie débridée, entre Harold Ramis et Woody Allen, en accentuant les ambiguïtés ou le ridicule des personnages. Il n’y a qu’à voir les séquences avec le vieil intellectuel dont Josh filme les monologues depuis dix ans : on a là du caviar sous-exploité. Pourquoi cette réserve, ce désir de conserver un ton si sage ? Si c’est pour ménager le finale pseudo-moralisateur, où Josh harangue une foule indifférente en dénonçant l’hypocrite Jamie qui arrange la vérité pour servir ses projets documentaires, quel gâchis ! Les envolées à la Capra, ça ne marche que chez Capra. Quant au fameux Jamie, avec sa figure de félon, on a compris depuis sa deuxième réplique qu’il était le grand Satan ; à quoi bon accumuler les preuves à charges ? Noah Baumbach étant passé à côté de son film, il ne sera fait aucun grief au spectateur s’il procède de même…

Affiche de While We're Young

While We’re Young, de Noah Baumbach (Comédie dramatique, États-Unis, 1h37), avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried… Sur les écrans le 22/07/2015.

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