Damien Malinas : “Une université spécialiste du cinéma a besoin d’un événement comme les Rencontres“

Damien Malinas, enseignant-chercheur à l'Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse © DR
Damien Malinas, enseignant-chercheur à l'Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse © DR

A une heure de Lyon en train, Avignon propose dès le mardi 17 mars les 5e Rencontres cinématographiques du Sud. Un événement professionnel ouvert au public, avec de nombreuses avant-premières en présence d’équipes de films. Depuis 2012, la manifestation est étroitement associée à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse. Explications de Damien Malinas, sociologue des publics et Maître de conférences.

Comment ce partenariat s’est-il amorcé ?
Damien Malinas : Il est né à l’initiative d’une doctorante, Stéphanie Pourquier : elle a découvert qu’un festival autour du cinéma naissait sur ce territoire où nous-même travaillons à des questions cinématographiques. Ça aurait été ridicule qu’on n’en fasse pas partie, parce qu’on est plus forts quand on bosse tous ensemble. Et ça a d’autant plus de sens à Avignon, régulièrement classé ville la plus cinéphile de France, donc très intéressante pour questionner l’exploitation cinématographique dans sa diversité : cette petite ville compte énormément d’écrans différents (salles indépendantes, multiplexs…). Déjà en 1999, le CNC avait interrogé Emmanuel Ethis [sociologue des publics et président de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, NDLR] sur le « cas Avignon » ; la fréquentation moyenne en France est de 3,7 films par habitant par an ; ici on est entre 13 et 15. Les autres villes qui atteignent ce niveau sont Paris ou Bordeaux, mais ce n’est pas la même configuration. Il y a quelque chose à apprendre de ce territoire.

Parmi les événements plus spécifiquement réservés aux étudiants, une master class avec le chef-opérateur et réalisateur Pierre-William Glenn © DR
Parmi les événements plus spécifiquement réservés aux étudiants,
une master class avec le chef-opérateur et réalisateur Pierre-William Glenn © DR

Pour vous, quels sont les objectifs prioritaires de cette semaine ? Confronter vos étudiants à une réalité « concrète » et professionnelle, ou leur faire produire un contenu ?
En fait, on est passé d’une “confrontation” la première année à une véritable rencontre entre les étudiants — mais aussi l’Université dans son ensemble (enseignants-chercheurs comme administration) — et ce corps de professionnels que sont les exploitants de cinéma. Mais c’est une découverte réciproque : les étudiants n’ont pas forcément de représentation de ce corps de métier, et les exploitants ont une image d’étudiants-théoriciens éloignés de la chose professionnelle. Au bout de quelques années, on arrive à très bien parler ensemble, et on continue à le faire — sinon, on aurait déjà arrêté. Évidemment, il y a une production de contenus par les étudiants du Master Stratégies du développement culturel ; ils ont un regard spécifique, des méthodes qu’ils vont mettre à l’épreuve durant tout le temps des Rencontres, avec des productions de vidéos, d’un blog (Tube à idées), l’apprentissage de la critique, de l’animation… Ils ont l'opportunité de rencontrer des exploitants et des distributeurs, donc des spécialistes qui ont des connaissances à transmettre — ce que l’on essaie de faire nous aussi, en arrêtant de “sectoriser” une profession au sein d’un même territoire.

Y a-t-il d’autres filières impliquées, en plus des étudiants de ce Master ?
Aux côtés de ces « participants actifs », d’autres étudiants se « dédient » à cet événement puisque l’on intègre les Rencontres dans l’emploi du temps général. Quelle que soit leur formation, ils pourront prendre part au jury qui décernera cette année un prix, l’Orchidée — du nom du symbole de notre Université. Par ailleurs, toute la communauté universitaire (personnels, étudiants…) bénéficie d’une politique tarifaire spéciale qui lui permet d’accéder aux Rencontres dans la limite des places disponibles.

Que retirez-vous de votre participation aux éditions précédentes ?
De la même manière que le fait que le Festival d’Avignon se déroule à Avignon, les Rencontres ont forcément une incidence sur nos cours ; nous sommes enseignants-chercheurs, nous nous en nourrissons. Mais nous travaillons aussi sur les Transmusicales de Rennes ou le Festival de Cannes — spécifiquement sur l’accueil des exploitants. Les Rencontres ont une incidence directe puisqu’elle induisent une modification des emplois du temps. En amont, on se réunit pour discuter quatre ou cinq fois par an avec les équipes de René Kraus [le dirigeant des cinémas Capitole Centre et Capitole Studios accueillant les Rencontres et président des Rencontres, NDLR]. Ces discussions mènent à des transformations réciproques. Je crois qu’il y avait dès l’origine une démarche très sincère et une épate mutuelle. Dans notre territoire, il y avait besoin d’un événement cinématographique majeur comme celui-là, et nous défendons l’idée que l’Université doit s’investir derrière lui : une Université spécialiste de la culture, du cinéma, a besoin d’un événement emblématique comme les Rencontres.

5e Rencontres cinématographiques du Sud à Avignon, du 17 au 21 mars. www.lesrencontresdusud.fr

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