Delphine Passadori : éloge du champ libre

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Portrait de Delphine Passadori ©MJM

Delphine Passadori a longtemps cultivé sa vie artistique comme d'autres leur jardin : dans la variété des disciplines, au gré de ses envies, et en quasi autosuffisance. Après les semailles, la plasticienne est enfin prête à moissonner…

Disque dur/Archives/Dossiers… On avait rencontré Delphine pour la première fois dans cette fameuse boutique de la rue Romarin, Les Morues, en octobre 2011. On se rappelle avoir parlé bouquins, ciné, et trouvé un solide terrain d’entente sur la personne de John Fante, son auteur préféré. “Je viens de relire pour la troisième fois Les routes de Los Angeles. J’adore son style, très cinématographique, hyperpoétique et à la fois complètement détaché.” Quelques mois après, au même endroit, on avait été surpris de la retrouver au milieu de la foule, genoux presque à terre, traçant à la craie des motifs ultra-graphiques, genre Keith Haring au féminin. Une dizaine de saisons plus tard, Delphine ne se présente plus que comme plasticienne, même si elle n’aime pas s’enfermer dans une case. “Ma recherche est pluridisciplinaire. Je travaille sur différents médiums: le bijou, le dessin à la craie dans l’espace urbain, l’installation et la photo.

Sérendipité

Influence d’Internet oblige, cette touche-à-tout avoue une tendance à la sérendipité. “Il faut se laisser porter. La vie ce n’est pas le contrôle, ce n’est que de l’imprévu. Tout contrôler, c’est l’enfer, l’ennui, la prison.” cette philosophie de vie la mène à la création de bijoux. “J’avais des semelles chinoises brodées que j’ai découpées afin d’en faire un accessoire pour les cheveux. Je le portais à l’occasion d’une fête et ça a plu. J’ai eu plusieurs commandes”, se souvient-elle. Pas de production continue, ni de flux tendu à la Toyota ; la plasticienne confectionne au gré des marchés de créateurs auxquels elle participe et selon son inspiration. “Pour moi c’est une démarche artistique. Faire dix fois la même boucle d’oreille, ça ne m’intéresse pas. Je m’inspire de formes que je dessine et des matériaux que je trouve dans les vide-greniers, les brocantes… En ce moment, par exemple, j’utilise du laiton et du cuir issu de la récup’” explique Delphine qui ne souhaite pas en dire plus, de peur d’être cataloguée écolo-décroissante. “Je suis à la recherche du décalage. Ça me permet d’avoir du recul sur ce que je fais.

Performance

Quand on lui parle référence et inspiration, elle répond: nourriture. Car cette fleur, à la peau blanche comme du jasmin, ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, mais surtout de cinéma — Julian Schnabel, Michael Cimino, James Gray… — ; de littérature — Fante donc, mais aussi Hemingway ou Miller —, de peinture, d’architecture, de mode… et de beauté en général. un régime sur mesure riche et varié pour celle qui avoue s’ennuyer assez vite dans une discipline. “J’ai besoin de découper, d’avoir une activité manuelle, besoin que mon corps soit en action”, avoue l’artiste, au contact de qui on se prend à reconsidérer le sens réel du slogan antimalbouffe “Manger bouger”. “Que ce soit dans le dessin à la craie ou la photo, mon approche est de l’ordre du geste, spontanée et sans aucune recherche préparatoire. Je me lance et c’est comme une sorte de performance. La liberté du geste est primordiale”. Liberté, le mot revient souvent chez Delphine qui, après s’être vu proposer une carrière de fonctionnaire l’a refusée pour se lancer en indépendante. “Depuis quatre ans, je fais beaucoup de choses en parallèle à mon travail. Ça m’a permis de me préparer à cette seconde vie dont je ne pouvais pas vraiment parler à tout le monde.Adìos la double personnalité. Delphine Passadori ne fait plus qu’une désormais.

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