La Cuisinerie : Des jeunes loups à l’assaut du Vieux-Lyon

Tapas le soir, menu classique au déjeuner, mais bois et cuir à toute heure. © VR
Tapas le soir, menu classique au déjeuner, mais bois et cuir à toute heure. © VR

Ce nouvel établissement n’est pas qu’un restaurant : en devenant bar à tapas le soir, il vise à dynamiser un quartier aux allures de (re)belle au bois dormant. Un projet ambitieux à suivre…

Il y a un mystère Saint-Georges, ou plutôt un silence. La pointe sud du Vieux-Lyon vit dans l’ombre de Saint-Jean, dont elle est pourtant le prolongement. Moins passante. Moins touristique. Lorsque l’on en parle, c’est pour évoquer son église confiée aux traditionalistes, aux intégristes, ou l’implantation d’organisations radicales d’extrême-droite. Le tableau n’est guère attractif. Pourtant, une vie de quartier y existe, à en croire Diane et Julien qui y résident. Un côté village, certes pas aussi épanoui que sur le Plateau croix-roussien, mais qui ne demande qu’à éclore. Encore lui faut-il, pour émerger, des lieux dédiés à une nouvelle convivialité…
Partant de ce constat, et de cette envie, un trio d’amis a jeté les bases de La Cuisinerie, un établissement combinant l’exigence d’un restaurant et la décontraction douillette d’un bar à tapas. Allier les deux n’est pas incompatible, si l’on dissocie les offres selon la méthode Cendrillon — heureusement, il est inutile ici d’attendre minuit : la métamorphose s’opère après le service du midi. Une même clientèle peut donc bénéficier de la double ambiance, sérieuse pour le déjeuner et détendue en afterwork. Ce concept a déjà fait ses preuves ailleurs (notamment à La Poule au pot, le bar de la rue de l’Arbre-Sec, Lyon 1er) : un cadre à géométrie variable — mais avec une identité, le sens de l’accueil et de bons produits — parvient à se créer rapidement une clientèle d’habitués. Voilà le défi qui attend Diane, Julien et Sébastien, le trio d’associés de la Cuisinerie.

Diane, Sébastien et Julien, les propriétaires de La Cuisinerie. © VR
Diane, Sébastien et Julien, les propriétaires de La Cuisinerie. © VR

“Tapas à la française“, breuvages sélectionnés

Des trois, seul Julien n’appartient pas à l’univers de la restauration (il travaille dans le secteur musical) : Sébastien est chef ; quant à Diane, elle peut s’enorgueillir d’avoir été chef de salle durant trois ans Chez Abel, l’une des plus vénérables maisons lyonnaises. Complémentaires et patients, ils ont peaufiné leur idée avec minutie et obstination : deux années leur ont été nécessaires pour obtenir les murs, achever les travaux et chiner les meubles (à l’exception d’un splendide canapé Chesterfield, acquis au prix fort), pour obtenir la déco brute-industrielle-chic qu’ils recherchaient. Tons éteints, bois sombres et cuirs lustrés, l’ambiance est illuminée par la pierre, des suspensions généreuses et, semble-t-il, par l’exposition plutôt avantageuse : on craint toujours dans le quartier d'avoir l'impression d'être dans une cave, cette peur n'a pas lieu d'être quand on est, comme ici, en rez-de-chaussée et loin des quais. Quant à la carte, elle s’inspire du marché ”dans la mesure du possible” ; elle s’autorise toutefois des dérogations avec la saisonnalité en proposant parmi les tapas “du moment” un gaspacho de poivron rouge, une mousseline de poivron jaune ou un cannelloni d’aubergine au chèvre frais peu hivernaux. On a goûté quelques échantillons desdites tapas et des spécialités de la maison. Le gratin de ravioles — savoureux, si vous ne faites pas une fixette sur l’indice lipidique, est totalement adapté aux conditions climatiques actuelles ; les fingers à la mozzarella, en revanche, même s’il se conçoivent comme des éponges pour les soirées ayant tendance à se prolonger, restent de la junkfood déguisée en nuggets branchouilles. Idem pour les petit cakes salés : ils sont faits pour absorber du liquide. Mieux vaut se rabattre sur les classiques : la charcuterie (coppa, serrano) ne ment jamais. Et s’hydrater — enfin, se désaltérer. Fruit de plusieurs week-ends de sélection dans les vignobles alentour, complétée par les conseils avisés d’un ancien sommelier de Paul Bocuse et du caviste du quartier, la carte des vins se veut personnelle : chaque cru a été choisi, n’hésitez pas à vous faire servir le vin taillé à la mesure de votre humeur de l’instant. Si vous préférez la bière, vous la dégusterez belge, avec la Vedett blanche à la pression ou, plus rare, la St Stefanus en bouteille, une bière d’abbaye de garde. Tout ceci avec modération, cela va sans dire. On note au passage la présence d’excellents jus de fruits locaux (L’arbre à jus, produits dans le Pilat), affirmant la volonté d’un approvisionnement sortant des circuits traditionnels — en tout cas pour les liquides. Une fois la bousculade des premiers temps passés, on retournera tester la cuisine en configuration “déjeuner”. D’autant qu’il se peut que de nouvelles formules se présentent (comme acheter son foie gras à emporter), rendant La Cuisinerie encore plus singulière à Saint-Georges. Rendez-vous dans quelques semaines…

Tapas le soir, menu classique au déjeuner, mais bois et cuir à toute heure. © VR

 

La Cuisinerie : 16 rue Saint-Georges, Lyon 5e. www.lacuisinerie.com, 04 78 60 91 86. Du mardi au samedi de 12 à 14h & de 19 à 22h. Le midi - plat : 9,50€, entrée+plat ou plat+dessert = 12,50€, entrée+plat+dessert : 15,50€. Tapas le soir de 4,50 à 13,50€

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