Liliane Daligand :“On n’a pas rendu justice à Ophélie“

On aurait pu condamner [Hamlet], cela aurait été meilleur pour son évolution. © VR
On aurait pu condamner [Hamlet], cela aurait été meilleur pour son évolution. © VR

Dans la représentation du mercredi 26 novembre de Please Continue (Hamlet), Liliane Daligand était l’expert-psychiatre. Ses impressions à chaud.

Quelle latitude aviez-vous vis-à-vis du dossier d’expertise, puisque vous n’avez pas pratiqué l’expertise ni rencontré l’accusé ?
Liliane Daligand : Oui, vous faites bien de préciser que je n’ai pas rédigé ce dossier. Le libellé m’était étranger, et même si j’y reconnaissais la symptomologie, ce n’était pas ma manière ni mes explications, qui auraient été moins psychanalytiques. Néanmoins, les conclusions étaient posées et j’avais l’obligation de les respecter. Lorsque je suis convoquée pour déposer, on me donne un horaire. Parfois, je ne sais pas ce qui s’est dit auparavant dans les débats (un accusé peut avouer, par exemple), et parfois je peux enrichir mon rapport à partir des déclarations faites ou des rapports entre les uns et les autres devant la cour d’assises. Il y a une part d’improvisation, d’ouverture.

La scène théâtrale est-elle si différente d’un prétoire ?
Très peu. Tout le monde s’y croyait : c’est la même symbolique, la même ambiance. Tout le monde se lève, s’assoit. J’ai d’ailleurs coutume de dire que la cour d’assises, c’est la vitrine de la justice ; une scène de théâtre.

Le verdict (acquittement) est-il en accord avec vos conclusions ?
Non, bien sûr ! Hamlet a commis l’acte. “J’ai pris une vie”, reconnaît-il. On aurait pu le condamner, cela aurait été meilleur pour son évolution. Il va rester en proie à la culpabilité. Là, on le prive, on le dépossède de son acte. C’est dommageable pour son état mental. On voit des cas similaires où des personnes, pour obtenir une forme de rédemption, récidivent. La question de la thérapie a été abandonnée puisqu’il a été acquitté. Il aurait sans doute fallu requalifier l’accusation en "violence ayant causé la mort sans intention de la donner" et le condamner à une obligation de soins. Là, on n’a pas rendu justice à Ophélie : on a dit que son père n’était pas mort.

Quel bilan faites-vous de cette expérimentation ?
C’est tout à fait instructif pour les spectateurs. De moins en moins de monde se rend dans les cours d’assises, alors qu’autrefois, il y en avait beaucoup. Sans doute les procès sont-ils moins significatifs, ou la télévision propose-t-elle trop d’émissions ou de films sur le sujet. Une cour, c’est un théâtre vivant ! Ceux qui y vont sont accros. Ce spectacle a passionné les gens comme un vrai procès. Tout le monde a pris part, car la justice ne permet pas d’être neutre. On est forcément impliqué.

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