L’institut Lumière accouche d’une Fourmi

Thierry Frémaux voit en 2015 "la saison la plus excitante mais la plus risquée financièrement" pour l'institut Lumière. © VR
Thierry Frémaux voit en 2015 "la saison la plus excitante mais la plus risquée financièrement" pour l'institut Lumière. © VR

Depuis dix-huit mois, la rumeur de l’acquisition de la Fourmi par l’institut Lumière circulait. Après l’avoir confirmée, Thierry Frémaux dévoile ses nouvelles ambitions pour l’institution…

Thierry Frémaux a officiellement dévoilé ce secret de polichinelle que le Premier adjoint au Maire de Lyon Georges Képénékian avait commencé à divulguer cet été : oui, l’institut Lumière qu’il dirige devient bien exploitant du complexe cinématographique La Fourmi fermé depuis deux ans (qui conservera donc son nom), via une société commerciale actuellement en recherche d’actionnaires. C’est l’historien Raymond Chirat qui a servi “d’intermédiaire” lorsque l’ancien propriétaire François Keuroghlian a souhaité passer la main. “Les cinémathèques sauvent des films, elles peuvent bien sauver des salles”, a justifié Thierry Frémaux, qui certifie avoir eu non seulement l’aval de son conseil d’administration (dont la Ville de Lyon fait partie), mais également des autres acteurs privés du secteur (Pathé, Comœdia, UGC, CNP…) puisque désormais, l’institut Lumière marchera plus nettement sur leurs plate-bandes en devenant un concurrent. La programmation respectera la ligne éditoriale de l’ancienne Fourmi : “art & essai pointu, reprises et continuations, ainsi que des rééditions et du public scolaire en matinée.” L’investissement, d’un montant total de 850 000 €, est garanti par un emprunt bancaire et des partenaires publics : le CNC a alloué son aide sélective aux travaux de 160 000 €, et la Région Rhône-Alpes 110 000 €. Les travaux, sur le point de commencer (accessibilité à refaire, mises aux normes diverses, équipement numérique), devraient être achevés au début 2015, année particulièrement chargée pour l’institution. Elle célèbrera les 120 ans du Cinématographe Lumière, récupérera aussi le festival Droit, Justice & Cinéma jusqu’alors accueilli au Comœdia, transformera ses rencontres Sport-Littérature-Cinéma en festival (désormais en janvier), et en créera un autre en mars consacré au Film muet. L’institut, qui vient de consolider ses équipes — avant d’embaucher trois personnes à La Fourmi —, devient une machine de guerre !

C’est déjà demain

Et cela, en conservant l’enveloppe allouée par la Ville, inchangée depuis Raymond Barre, “qui l’avait baissée en arrivant” a précisé Thierry Frémaux. S’il a rappelé que tous les maires de Lyon avaient aimé et aidé l’institut Lumière, il a également expliqué que l’association avait tout de même dû se débrouiller pour subvenir à ses besoins : ”l’institution arrive désormais à s’autofinancer à 50% grâce au mécénat privé, et la part de la Ville n’est plus que de 18%”, a-t-il détaillé. “Il ne faudrait pas, sous prétexte qu’on ne réclame rien, qu’elle soit rabotée.” Et de citer en exemple la politique municipale parisienne en matière de soutien au cinéma menée par Bertrand Delanoë, poursuivie par Anne Hidalgo. Car rue du Premier-Film, les projets ne manquent pas :

  • l’extension du site, avec la pose de la première pierre du Musée Lumière (inscrite dans le plan de mandat) en 2020, pour concurrencer l’éternelle sœur ennemie parisienne — la Cinémathèque française —, sur le marché des grandes expositions internationales, et gagner une salle supplémentaire.
  • repenser l’aire urbaine entourant le Hangar, avec la complicité de Georges Verney-Carron.
  • l’ouverture d’une librairie de cinéma et photographie en centre-ville
  • la fondation d’une “grande institution de la Photographie à Lyon”, en revenant donc à la fois aux sources Lumière (inventeurs de l’autochrome), mais aussi au temps où le Château abritait la Fondation nationale de la Photographie. Pour cela, il faudra soit s’entendre avec les acteurs et galeristes du secteur, qui se démènent pour se structurer depuis longtemps. Soit s’imposer.

L’Unesco avait déclaré 2015 Année internationale de la Lumière ; à Lyon, ce sera à plus d'un titre.

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Dans le même domaine, on peut

Dans le même domaine, on peut aussi s'intéresser à un autre projet de création de salle de cinéma à Lyon, qui depuis deux ans partage d'ailleurs certains constats exposés dans le présent article (nécessité de la récréation d'une librairie de cinéma, exemplarité de la politique municipale parisienne en matière de soutien au cinéma, etc.). Pour en savoir plus, c'est ici : www.projet-tresorpublic.fr

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