Marko Velk, dans l’air (sombre) du temps

Head 2© Marko Velk
Head 2© Marko Velk

★★★☆☆ Marko Velk va au charbon et arrache à la feuille blanche des images inquiétantes d’obscure minutie.

De qui Marko Velk est-il l’enfant ? De son peintre de père, Vladimir Veličković, en premier chef, bien sûr, mais surtout de son temps, a-t-on envie de répondre après avoir vu l’exposition Dessins qu’il présente à la galerie Pallade. Une boutade ? A demi. Récentes, toutes exécutées en 2013 à une exception près, les œuvres de Marko Velk sont un curieux alliage entre l’aujourd’hui et toutes les strates du passé. Une sorte d’hybridation décomplexée entre les cultures et les arts, dont les temps actuels sont demandeurs : les frontières chronologiques hermétiques s’abolissent, les artistes assemblent désormais au gré de leur fantaisie les éléments esthétiques qui les fascinent pour recomposer un monde à la mesure de leur inspiration. Nous sommes entrés dans l’ère du collage privé préfiguré par Malraux, où chacun constitue sur Pinterest son propre musée imaginaire ; la culture populaire célèbre le succès de croisements de plus en plus complexes entre un substrat historique et un merveilleux porteur d’une dimension épique qui semble manquer à notre époque. Et L’heroic fantasy de Game of Thrones, les clips de Woodkid, les dessins de Marko Velk se ressemblent, dans la mesure où ils proposent des alternatives à la fiction de l’ordinaire.

Sacré, ça crée…

Chez Velk, le point de départ est scolaire : la page blanche et le fusain. Une technique antique, et humble, puisque généralement dévolue à l’esquisse, à la recherche, à la tentative. Mais le fusain va opérer un travail de conquête, de recouvrement total pour faire oublier le blanc et métamorphoser le support, souvent imposant, en œuvre. C’est dans le choix de ses “modèles“ que l’artiste se montre contemporain, en les puisant dans les archives du village global. Tous ont en commun d’évoquer une autorité temporelle ou spirituelle : les symboles militaires (uniformes, casques), voisinent avec les idoles ou sculptures d’inspiration sud-américaine ; des gisants ou des masques mortuaires ne sont pas loin de silhouettes décapitées ou plutôt étêtées. Et quand on aperçoit les brumeux contours d’une architecture rudimentaire, on découvre qu’elle est baptisée d’un nom sans équivoque pour les hellénistes : Téménos (espace sacré). Jamais de vie à l’œuvre ; toujours des figures de mise en garde, et une intranquillité qui s’accumule au fil de la collection.

Marko Velk, Dessins, jusqu’au samedi 4 octobre 2014 à la galerie Anne-Marie et Roland Pallade.

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