Miossec : Ici bas, ici même, on est plutôt bien

Miossec © Christophe Acker
Miossec © Christophe Acker

On l’imagine sombre, on le trouve rieur et épanoui — “C’est le bon mood : je viens d’avoir Hugo, le contrebassiste au téléphone” — ; quant à son nouvel album fait maison, sous des abords de douceur mélodique, il est d’une bouleversante profondeur qui confine au cri. Tel est Miossec : un oxymore breton dans la chanson française. Conversation privilégiée avant son concert au Transbo.

Le premier titre issu de votre album Ici bas, Ici même a été On vient à peine de commencer, et l’on est tenté de le rapprocher de Faisons envie, que vous aviez écrit pour Bashung, dans lequel vous vouliez déjà “que rien ne meure“
Ah oui… Ce rapport au temps est une sorte de vaste blague. J’aime bien mettre en chanson cette idée que le temps est compté. Je trouve que c’est une notion essentielle.

Vous essayez de l’oublier ?
Oui, mais justement pas en temps que musicien : en tant que personne ou citoyen. De savoir qu’on peut être dans une situation pas possible, et s’enliser dans une sorte de confort qui… sèche, c’est terrifiant.

Ici bas, ici même stupéfie par le contraste, le gouffre presque, entre la douceur musicale et les textes parfois terribles. Est-ce qu’il y avait une volonté de “compenser”, si l’on ose dire, l’âpreté des mots par la mélodie, ou de créer un effet de rupture ?
C’est drôle, quand on fait de la musique et des chansons surtout, la façon dont elles sont reçues — c’est pour ça que c’est intéressant, les interviews : hier quelqu’un me parlait de À l’attaque, sa chanson préférée ; or À l’attaque c’est une personne qui lutte contre un virus… Pour moi c’est une chanson assez terrifiante. (rires) Le fait que la voix soit douce sur le disque, tout le monde se dit que ce sont des chansons douces, mais je ne crois pas ! (rires) C’est ça qui est chouette : on fait des chansons, on les jette à la volée, et on voit ce qui se passe, les commentaires… C’est super intéressant comme jeu.

Mais le moment de la conception de l’album, c'était une période plutôt douce, ou bien de lutte avec le papier et l’instrument ?
Ah ouais, ça a été besogneux, mais moi j’aime bien ça, en fait… Ça a été toute une période où j’étais seul avec une guitare et des textes, et j’adore ça… Ça s’est étalé sur deux ans, je pense. Et après ça va très rapidement, une fois que le processus d’enregistrement est lancé : il n’y a pas eu de maquette, tout a été lancé du premier jet et à la maison. En fait, pour toucher les gens, pour essayer de faire quelque chose avec la musique, je ne suis pas sûr qu’un studio d’enregistrement soit le meilleur endroit au monde. Dans un cadre professionnel, on ne fait plus des chansons pour les mêmes raisons ; on s’intéresse à d’autres paramètres, alors qu’ici, à la maison, avec un bon ingénieur du son comme Jean-Baptiste Brunhes, on pouvait garder énormément de premiers jets sur les parties instrumentales. A l’exception de la batterie ou la contrebasse, enregistrées en studio. Parce que si j’avais dû construire une pièce pour les enregistrer à la maison, ça serait devenu un studio et ça aurait recréé le même problème (rires). Et on se serait senti obligé d’y aller tous les jours et ça aurait été l’horreur ! (rires) Là, je profite d’une technologie pour faire les choses les plus roots, les plus simples possibles.

Dans Ce qui nous atteint, vous chantez “On ne se refait pas/On est effrayé de ce qui nous arrivera”…
…c’est déjà fait ! (rires)

Mais se refaire, c’est pourtant le quotidien de l’auteur-compositeur-interprète quand il écrit, qu’il se produit sur scène dans un processus de tournée…
Oui, oui, c’est dangereux, chanteur. La seule survie du chanteur, c’est surprendre l’autre, en fait. D’aller attraper l’oreille, d’être intéressant. C’est très primaire.

Vous avez commencé à tourner cet été. Comme vivez-vous la restitution publique d’un album réalisé dans conditions aussi intimes ?
Po-po-pop… Ça n’a jamais été aussi bien en fait. Ça fait boum. C’est la première fois que je me trouve dans cette position. Je suis étonné, ça ressemble un peu à un orchestre ce qu’on fait. En tout cas, si c’est nul, je ne peux pas faire mieux que ce qu’il y a actuellement (rires).

Vous avez l’impression de revenir à l’essence de quelque chose ?
Oh oui ! À l’idée de base, à pourquoi on fait des chansons. D’être un peu isolé dans mon coin y est pour beaucoup. On ne peut pas dire que je sois dans le milieu de la musique, en fait, là où je suis. Je ne suis pas le seul, on est plein à faire ça. Je ne pense pas cela depuis longtemps, mais il faut faire son chemin tout seul comme un grand. Mais je suis dans une position vraiment privilégiée. Ce qui veut dire aussi donner des coups de main sur Brest, se mêler à la vie sociale. Aller chanter chez les copains dans les magasins de disques l’après-midi, ça met à hauteur d’homme : je vais bricoler mon boulot, à la bonne franquette. Là, par exemple, on va fêter le deuxième anniversaire des 50 ans du Vauban. Il y aura un micro et un piano, ça ne dura pas trois heures, mais on sera une palanquée de chanteurs à venir (rires).

Les artistes qui revendiquent un attachement régional et qui s’inscrivent dans le tissu social ne sont pas nombreux. Il y a Murat, en Auvergne…
Quand on est chanteur, c’est l’endroit d’où on parle ! Et je comprends Murat qui martèle ça, parce que pour lui, sa voix vient du Massif Central. Mais Jean Ferrat, c’est le pape de ce mouvement (rires). Il y a vingt ans, je déménageais tout le temps, j’étais même parti pour retourner vivre à la Réunion. Mais finalement, non. C’est un coup à faire du Johnny Clegg. (rires)

Depuis quelque temps, vous avez aussi ajouté à vos activités celle de comédien…
Oula ! (rires)

Dans L’Air de rien par exemple, vous jouiez votre propre rôle, mais dans un emploi de chanteur qui ne chante pas. Que pensez-vous de l’image de Miossec le chanteur renvoyée par ce film ?
Je pense qu’il y a eu plein de scène coupées qui devaient être très drôles, j’aurais bien aimé voir le bêtisier du film (rires). Quant à l’image… je suis hyper mal placé. C’est vraiment le dilemme du chanteur :  il n’est pas dans la bonne position pour être juste. En fait, je ne sais pas à quoi je ressemble (rires). Je me vois dans le film, je me dis : “Qu’est-ce que je fais là ?”. Mais ce n’est pas quelque chose que j’ai envie de creuser : le boulot pour acquérir sa liberté de chanteur, c’est ce qu’il y a de plus important ; et en devenant acteur, on est sous les ordres… C’est un autre métier. A moins d’être célèbre pour  pouvoir s’évader, mais il y a tout le chemin à faire (rires).

Vous avez révélé il y a quelques années être atteint d’ataxie…
C’est assez complexe à expliquer, et je ne suis pas médecin. Il faudrait faire une réunion d’un quart d’heure (rires). Pour résumé, ça induit une sorte d’intolérance à l’alcool — ce qui est plutôt drôle. Mais du coup, ça explique pas mal de trucs de ma vie. Et franchement, c’est très drôle (rires).



★★★★☆ Ici bas, Ici même, Miossec, Pias, 9,99€

Miossec le mercredi 19 novembre à 20h00 au Transbordeur : 3 boulevard Stalingrad, Villeurbanne. 28€

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