Olivia Cuir : “Le design comme atout de la mise en valeur du territoire lyonnais”

Olivia Cuir © Christelle Viviant
Olivia Cuir © Christelle Viviant

Du 19 mars au 2 avril, la 2e édition de Lyon City Design Urban Forum installe au cœur de la Part-Dieu seize réalisations de jeunes designers. Olivia Cuir, directrice des événements Lyon City Design présente les enjeux de ce qui est plus qu’une exposition : un labo de la ville de demain…

Le quartier de la Part-Dieu a longtemps été un “non-lieu”, un quartier davantage de transit et d’affaires que de vie. Le projet de rénovation urbaine qu’il connaît tente de transformer ce poumon économique en cœur. C’est ce qui vous a convaincue de le choisir comme laboratoire vivant ?
Olivia Cuir : Clairement : c’est un quartier extrêmement représentatif des enjeux du design urbain. C’est génial d’être au démarrage d’un long chantier, d’une longue mutation ; à un moment-clef où, avant de plonger dans la ville de demain, on peut interroger des designers pour savoir quelles sont les options possibles. Il y a plein de choses à faire pour ramener de la vie dans ce quartier.

IGirouette (EDDS Design), panneau indicateur rotatif à 360° et à affichage modulable.
IGirouette (EDDS Design), panneau indicateur rotatif à 360° et à affichage modulable  ©DR

Est-ce que le design urbain, c’est le rappel à l’ordre de l’Humain, une rectification ergonomique apportée à la création architecturale jugée souvent comme “déshumanisée” ?
Pour moi, le design urbain c’est un facilitateur, un médiateur entre le bâti, l’urbanisme et l’Homme. Une brique citoyenne, une manière de placer l’Homme au cœur de la ville pour qu’il se la réapproprie. On parle souvent de smart city, de big data… C’est très intéressant, mais le Lyonnais moyen a du mal à s’approprier ces terminologies. Le design urbain, c’est une application urbaine de ces nouveaux produits et services pour favoriser le mieux-vivre dans la ville. C’est une prise en compte de ses préoccupation. Ce sont des réponses adaptées à cette ville de demain, déduites de réflexions et de concertations avec des sociologues, des anthropologues. Les designers urbains redonnent du sens à l’espace public, à un environnement en mutation constante. Et on n’est qu’au début de tout cela.

Boll (Adrian Blanc), ou comment transformer des plots en béton en siège, table, panneau indicateur…
Boll (Adrian Blanc), ou comment transformer des plots en béton en siège, table, panneau indicateur… ©DR

À Lyon particulièrement ?
On parle de Lyon, mais il faut imaginer toutes les autres villes de l’agglomération, qui vont devoir passer un cap important. En vingt ans, j’ai vu cette ville se métamorphoser de manière incroyable — à l’époque, on ne parlait pas de design. Mais c’est un laboratoire d’exception, elle a toujours été très avance là-dessus : elle est passée d’une ville de province à une vraie Europole. Le design urbain contribue à cette mutation, en réinventant les friches industrielles, les bords de fleuves, les transport dans la ville… Tout est issu d’une démarche design tournée vers les usages. À travers ces événements, ces expositions, nous cherchons à dire où va Lyon et nous aidons à montrer en quoi et pourquoi la ville est attractive. Dans le même temps, nous attendant les réactions des riverains. Qu’ils s’arrêtent, qu’ils s’interrogent, qu’ils fassent un retour d’expérience d’usagers. J’ai hâte de voir comment cela se passera autour de l’installation Boll, place Béraudier. Est-ce qu’il faudra le garder en mobilier de transition ? Le garder dans le cahier des charges de tout grand chantier de rénovation urbaine  ? Ce sont ces questions que l’on doit se poser, et j’ai envie d’interpeler nos élus à-dessus : ce serait un grand pas en avant.

Clic Clac (Lola Mahieu) un banc qui se plie ou se déplie à volonté © DR
Clic Clac (Lola Mahieu) un banc qui se plie ou se déplie à volonté © DR

Certains projets prennent en compte les nouvelles mobilités (Walk’n’roll), d’autres métamorphosent le mobilier existant (UP!, Boll), le repensent (iGirouette, Clic Clac), d’autres encore la poétisent (Luciole). Tous ont cependant en commun d’être réalistes…
Tout est possible, on n’est pas juste dans la prospective. En fait, on parle de la ville d’aujourd’hui, des préoccupations de la ville d’aujourd’hui pour amener justement à la ville de demain : de mutation, d’accompagnement à la mutation, justement elle n’est jamais traitée. Ce sont des petites idées extrêmement simples. Peut-être que c’est un peu utopique.

Une part d’utopie que l’on retrouve dans la composante réflexive de Lyon City Design, faite de tables rondes : à côté des échanges avec l’architecte-urbaniste François Decoster, le géographe Michel Lussault, l’entrepreneur Philippe Silberzahn, figure une rencontre avec Luc Schuiten, le promoteur des Cités végétales…
C’était important d’apporter un peu de poésie et d’imaginaire. Et son frère François Schuiten a accepté d’être président du jury, en disant tout le plaisir qu’il avait de travailler sur du concret. Ce choix a pu déconcerter, car il était moins attendu que, par exemple, un urbaniste ou un designer comme Jean-Michel Wilmotte. Il nous faut ce petit supplément-là ; rêver et oser un peu.

La Palissade (AREP), support d'information pédagogique sur les travaux en cours ©DR
La Palissade (AREP), support d'information pédagogique sur les travaux en cours ©DR

Chacun des designers a été associé à une entreprise. Ce rapprochement vise-t-il à tenter de pérenniser les créations au-delà de l’événement ?
Exactement. Lyon Design veut montrer que l’on se situe au cœur d’un écosystème. On travaille avec tous les acteurs du design aujourd’hui : les écoles, les formations, les collectifs, les indépendants, les agences de design et les industriels… Même si certains ne sont pas lyonnais, on les met en relation avec des acteurs locaux ou bien implantés en local. Ce mariage est passionnant : on a 16 projets exposés, qui sont aussi seize histoires incroyables qui, je l’espère auront une pérennité dans le futur projet urbain de la Part-Dieu, voire au-delà dans la Métropole. Certains d’entre eux sont déjà sérieusement étudiés. Foncière des Régions et Bouygues Immobilier ont choisi de travailler avec les designers sur du long terme sur leur projet : les palissades vont être démontées et seront réinstallées pendant toute la période du chantier sur le site de construction, en évoluant pendant les 5 à 6 années que dureront les travaux. On a apporté une petite pierre intéressante.

UP! (DéjàDesigners), palissade support d'information © DR
UP! (DéjàDesigners), palissade support d'information évolutif © DR

On imagine le coup d’accélérateur dans la carrière de leurs concepteurs…
Pour ce petit collectif, travailler avec Bouygues Immo pour un premier projet au niveau de la région, c’est un tremplin énorme ! C’est ce qui nous anime au quotidien : assurer la promotion de tous ces jeunes designers et les aider à mettre en place leur projet. À travailler, tout simplement.

À côté de la Biennale stéphanoise, qui opte pour une représentation muséale du design, Lyon City Design affirme sa singularité en se focalisant sur l’intervention dans l’espace public, à ciel ouvert. C’est le sens de la résonance ?
On ne peut pas réduire Biennale stéphanoise à sa part muséale, d’autant qu’elle fait un énorme travail en direction de la médiation, de la pédagogie. Sans marcher sur les plates bandes-bandes de Saint-Etienne, ville Unesco du design, on a mis en place à Lyon quelque chose d’extrêmement accessible : le design urbain est ce qui vous touche au quotidien, le revêtement du sol, la lumière, c’est concret pour les visiteurs. Qui rend les choses palpables. Mais on ne peut pas comparer avec la Cité du Design : nous avons fondé notre association il y a seulement deux ans, on fonctionne avec des petits budgets, on fait un travail de fond énormissime comme dans une petite start-up. Plus spécifiquement sur le design urbain, je suis sûre qu’il y a une chance à saisir pour Lyon de se positionner en France comme une référence affirmée sur ce secteur d’activité. Paris aurait pu prendre ce lead là il y a bien longtemps, mais n’a jamais saisi cette opportunité. Notre rêve serait que Lyon intègre un bureau du design dans son administration, comme cela se fait à New York, à Montréal, à Barcelone… Et faire que Lyon soit considéré aux yeux du monde comme exemplaire dans sa transformation, avec le design comme atout de la mise en valeur de son territoire.

Lyon City Design programme en alternance une édition Urban Forum et une édition Arena. Quel sera le contenu de l’Arena 2016 ?
Urban Forum est l’événement grand public, le cycle Arena les années paires, plus dédié à la réflexion, et porté par une thématique. L’idée est de faire le lien, la connexion avec tous les grands événements lyonnais : on a travaillé sur l’eau en 2014 ; en 2016 on va réfléchir autour de la lumière avec un prisme encore plus large que celui de la Fête traditionnelle.

Affiche LCD


2e Lyon City Design Urban Forum, place Charles-Béraudier - rue Garibaldi, Lyon 3e, du 19 mars au 2 avril.  www.lyoncitydesign.fr 
Stimento est partenaire de Lyon City Design

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