Théâtre : Créature(s), par la Compagnie les Moteurs Multiples

“Tu vas voir de quels bois je me chauffe” © DR
“Tu vas voir de quels bois je me chauffe” © DR

L’anticipation n’est pas un genre réservé au cinéma ou la littérature : le théâtre peut s’en emparer et l’accommoder à son langage. Une expérience qui se tente au Théâtre Les Ateliers.

Dans un temps proche du nôtre, une scientifique est parvenue à transférer la totalité de sa mémoire organique dans une mémoire informatique, dissociant donc sa conscience de son enveloppe charnelle. Cette découverte, l’Upload, ouvre à une espèce humaine numérisée les portes d’une forme de vie éternelle. L’Humanité procède alors à une migration quasi générale : le Grand Upload, mais une perturbation électro-magnétique affecte les serveurs, prive le monde d’énergie et donc de la majorité de ses habitants. Seuls demeurent les no-techs, qui avaient préféré se préserver et se perpétuer selon des méthodes traditionnelles. Des années plus tard, une fraction de no-techs part à la recherche d’un serveur qui, selon des rumeurs, serait toujours en service…

Dans le brouillard électrique de Créature(s) © DR
Dans le brouillard électrique de Créature(s) © DR

Du chœur à l’ouvrage

Créature(s) est certainement la création la plus intrigante de cette rentrée. Intrigante sur les planches, car les thèmes post-apocalyptiques et de survie de l’Humanité confrontée aux machines sont fréquemment courus au cinéma ou dans la littérature. Et si l’on pense pêle-mêle aux mondes de Philip K. Dick, de Barjavel, de Christin & Mézières, les auteurs Lise Ardaillon et Sylvain Milliot n’abandonnent pas les spécificités du théâtre, en faisant appel à un chœur à l’antique — formé ici par une série de totems portant des haut-parleurs. Plutôt que de raconter une histoire à ses spectateurs, cette pièce leur offre une expérience ou une expérimentation multi sensorielle, entre les brumes réelles de la scène et celles ménagées par un récit lacunaire. Très réussie, l’ambiance musicale incite, elle aussi, à la transe, rappelant les compositions de Laurie Anderson (époque O Superman). C’est donc un théâtre qui s’hybride volontiers avec l’installation — l’art contemporain pouvant se déchiffrer comme une affirmation patente de la modernité dans le quotidien — mais qui court le risque, parfois, de se laisser tenter par une radicalité excessive. Ténue est en effet la zone de tolérance pour un public non familier des codes de la science-fiction, qui doit d’abord ingurgiter tout un vocable technique, puis accepter une narration non linéaire et enfin la labilité des personnages (les deux comédiens interprètent chacun plusieurs rôles ; même s’ils ont des signes distinctifs pour chaque identité, il vaut mieux être prévenu). La brièveté de cette quête (une petite heure) permet de rester à la lisière de la curiosité, dérouté, sans être abandonné au bord du chemin.

Créature(s), par la Compagnie les Moteurs Multiples, du mardi 24 au vendredi 27 février à 20h au Théâtre Les Ateliers, Lyon 2e. www.t-la.org De 13,80 à 22€.
Bande-annonce de Créature(s)

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