Cette semaine sur les écrans, un futur meilleur s’imagine au-delà des frontières grâce au basket ou aux études. Entre autres…
Le Rêve américain de Anthony Marciano
Années 1990. Bouna et Jeremy ne vivent que pour le basket mais sont loin d’en vivre, tous deux effectuant des jobs alimentaires. Leur vient pourtant l’idée folle de se reconvertir en agents de joueurs et d’emmener leurs poulains vers la NBA. Lorsque l’on part de zéro, sans contact ni trésorerie, le pari relève de l’inconscience ou de l’optimisme débridé. Mais avec du bagout, de l’obstination et juste ce qu’il faut de chance, les miracles peuvent se produire…
À rêve américain, film à l’américaine. Mais dans le bon sens du terme : Anthony Marciano emprunte la construction de son films à ces biopics étasuniens édifiants retraçant la destinée hors du commun de self made men partis de rien mais qui, “grâce à un prompt renfort” (talent, chance, obstination, rencontres…) ont su triompher des adversités et se bâtir un empire. De fait, le parcours de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana coche toutes les cases : point de départ improbable, revers à foison, coups de Trafalgar mais dénouement heureux récompensant une vision novatrice et un engagement sans faille au service de leur passion.
Complément d’agents
Sous des aspects un peu fantasques, nos deux agents sont en effet des bosseurs acharnés, brûlant jusqu’à leurs meubles pour faire en sorte que les joueurs dont ils ont la charge décrochent le Graal. Y a-t-il de l’idéalisation ici ? Sans doute un peu, mais le discours véhiculé tout au long du film mérite tout de même que l’on s’attache à l’exemple de ce duo. Car si outre-Atlantique la réussite se mesure à l’épaisseur du portefeuille ou aux signes extérieurs de richesse, Le Rêve américain insiste surtout un facteur décisif dans le succès de Bouna & Jérémy : leur entente sans faille (pas de rivalité, de coup fourré entre eux, ni de phase de doute) et leur droiture morale. Des valeurs plutôt salutaires dans le bizness familier des coups de Jarnac, comme dans le sport, où l’esprit de compétition déteint parfois salement sur les comportements.

Exalter la vertu de la parole donnée davantage que les chiffres astronomiques mentionnés par les contrats (OK, ils sont aussi cités, mais cela demeure presque secondaire) tient presque de l’exception, de l’affirmation d’une philosophie que ne dénigrerait pas l’auteur du 🔗Pouvoir des gentils, Franck Martin. Sans naïveté excessive ni perdre de temps à ruminer du ressentiment vis-à-vis de ceux qui les trahissent, Bouna et Jérémy tracent ainsi leur route, gravissant les étapes comme un joueur enchaîne les paniers à l’entraînement : à la fin, ils accèdent en élite.
Panier à deux potes
Pareil à un conte de fées, Le Rêve américain se déroule dans une plaisante fluidité. Le mérite en revient à Anthony Marciano, qui a su concilier la légèreté de la comédie sans transformer en farce ce qui demeure une aventure humaine au long cours. Le réalisateur a eu également une intuition lumineuse : confier à une paire de potes à la ville le soin d’incarner les inséparables associés. L’effet buddy movie setrouve tihours renforcé lorsque la complicité dépasse les rôles — revoyez les (nombreux) films avec les paires Walter Matthau & Jack Lemmon ou Ben Affleck & Matt Damon. C’est objectivement le cas avec Quenard et Zadi, qui non seulement sont complices mais complémentaires, sans s’entraîner mutuellement dans le cabotinage. Résultat : un bon moment de cinéma.

Le Rêve américain de Anthony Marciano (Fr., 2h01) avec Raphaël Quenard, Jean-Pascal Zadi, Olga Mouad, Tracy Gotoas, Marlise NGadem Bete, Gabriel Caballero, Yiling Yang… Sortie le 18 février 2026.
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Au-delà de Katmandou de Alexander Murphy
Jamuna et Anmuna Budha Magar — deux sœurs exilées à Katmandou — retournent dans leur village natal, situé loin dans les montagnes népalaises. Les bras chargés de présents pour parents, elles ont pour but de participer sur les hauts plateaux himalayens à la récolte d’un champignon aussi rare que prisé, le yarsagumba. Sa vente assurera un pécule suffisant aux Budha Magar et permettra à Jamuna de réaliser son projet : aller étudier au Japon…
Premier long métrage d’un cinéaste franco-irlandais fasciné par l’ailleurs, Au-delà de Katmandou pouvait difficilement explorer une géographie humaine et physique plus éloignée pour un Européen que celle du Népal ! Mais le voyage que Alexander Murphy propose à ses spectateurs n’a rien d’un livre d’images exotiques car il s’incarne dans une réalité concrète : celle de ses protagonistes, cicérones de ce documentaire à plus de 5000m d’altitude.
Partir un jour
Prétextant leur “expédition-cueillette”, Murphy dépeint tout autant la vie quotidienne dans ces conditions extrêmes, la raréfaction de cette manne surexploitée pour ses vertus médicinales, que les relations au sein de la famille Budha Magar — car l’on suit les conversations intimes entre les quatre sœurs ou avec leurs parents. Surtout, Au-delà de Katmandou accompagne un moment-clef de la vie de Jamuna, sur le point d’annoncer aux siens son désir d’infléchir le cours de son existence en partant au Japon — une décision lourde de conséquences puisqu’elle risque de ne jamais revoir ses parents. Par comparaison, Katmandou était un bien petit exil, et la jeune femme en est consciente.

Moins didactique que centré sur les échanges interpersonnels, et ce qu’ils racontent en creux d’une inflexion inéluctable de la société népalaise — pas plus épargnée que le reste du monde par le souffle du “progrès” —, ce documentaire nous offre en contrebande des paysages époustouflants dont on ne peut s’empêcher de se demander jusqu’à quand ils demeureront intacts. Sic transit…

Au-delà de Katmandou de Alexander Murphy (Fr.-Nép., 1h29) documentaire avec Jamuna Budha Magar, Anmuna Budha Magar, Lachhin Maya Budha Magar, Anjali Budha Magar… Sortie le 18 février 2026.


