Cette semaine sur les écrans, un combat de (et pour les) femmes fait écho à la Journée internationale des luttes des droits des femmes. Entre autres…
La Maison des femmes de Mélisa Godet
Années 2010. Jeune interne promise à une place dans une clinique de luxe, Inès a choisi d’effectuer son dernier stage en Seine-Saint-Denis à La Maison des femmes. Dans cette structure pilote où l’on mêle soin, accompagnement psychologique et reconstruction, Diane et son équipe luttent pour leur patientes autant que pour conforter leur modèle, en dépit du manque cruel de financements, des cas problématiques et même d’une inspection de l’IGAS. Chronique d’un quotidien entre solidarité, complicité, tensions multiples, désespoir et petites victoires.
Mélisa Godet a fort logiquement choisi une forme chorale pour son sujet. À dire vrai, ce type de narration s’impose sur tous les films “socio-médicaux” depuis peu ou prou la série fondatrice Urgences. Parce que cette construction à la Altman est à la mieux à même de raconter un quotidien percuté par une multiplicité d’événements synchrones se disputant chacun la priorité… tout en animant un aréopage de personnages (donc autant de vedettes) dont aucun, à l’inverse, n’a le premier rôle. On l’a observé récemment encore dans 🔗L’Intérêt d’Adam de 🔗Laura Wandel ou Des jours meilleurs de 🔗Elsa Bennett et Hippolyte Dard voire, sur un sujet connexe à La Maison des femmes, dans Les Bureaux de Dieu de Claire Simon (2008) se déroulant dans une antenne du planning familial.
Pionnières
S’inspirant d’une histoire vécue, de témoignages authentiques et de situations réelles (à la Maison des Femmes “pionnière” montée par la Dre Ghada Hatem), Mélisa Godet les concatène ici pour livrer un échantillon représentatif des patientes accueillies — mettant de fait en lumière des souffrances féminines mal ou peu traités dans les parcours de santé traditionnels — ainsi que leurs soignantes ou soignants. Certes, un effet “catalogue exhaustif” de misères peut ressortir pour les besoins de la cause, mais comme dans tout film-dossier l’idée est d’édifier le spectateur et de balayer des préjugés à la peau dure. En l’occurrence ici, le fait que les violences intra-conjugales ne seraient le lot que des classes populaires ou peu éduquées.

Il n’empêche que les hommes violents issus CSP+ ne sont pas représentés à l’écran (soit parce qu’ils sont morts, soit parce qu’ils sont hors champ) quand les pauvres le sont. Comme s’il restait encore un tabou dans la monstration du bourgeois délinquant. Un autre cliché n’est pas épargné : celui du praticien censément gay au sein d’un staff exclusivement féminin, si l’on met de côté de responsable administratif très transparent. Une commodité qui permet à chacune de fantasmer sur l’inaccessible toubib parfait… et de botter en touche la question de la place de toutes les blouses blanches de bonnes volonté dans ces institutions nécessaire. La question du soin est une affaire collective, comme l’empathie vis-à-vis des patientes et patients. Donner l’impression qu’il faudrait l’assigner à un genre ou à un autre, n’est-ce pas reproduire des schémas patriarcaux ?

La Maison des femmes de Mélisa Godet (Fr., 1h50) avec Karin Viard, Laetitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra, Laurent Stocker, Pierre Deladonchamps, Juliette Armanet, Jean-Charles Clichet, Alexandra Roth… Sortie le 4 mars 2026.

