Cette semaine, un Rastignac marocain se cherche une place au soleil derrière les palmiers. Entre autres…
Derrière les palmiers de Meryem Benm’Barek
Tanger, de nos jours. Architecte de formation mais contraint de travailler dans le bâtiment avec son père, Mehdi œuvre sur le chantier de Français fortunés. Remarqué par la fille de la maison, Marie, il engage une liaison avec celle-ci, laissant tomber Selma, la jeune boulangère orpheline avec laquelle il avait noué une relation peu avant en échange d’une promesse de mariage. Alors que Marie l’introduit dans son monde et qu’il envisage son futur sous les meilleurs auspices, Mehdi est soudain rattrapé par Selma qui lui annonce sa grossesse. Un imprévu autant qu’une menace…
Décidément, cette question des jeunes femmes séduites et abandonnées par des inconséquents volages continue d’inspirer 🔗Meryem Benm’Barek. Déjà au centre de son premier film — le drame Sofia (2018) —, il s’insinue au cœur du deuxième, un thriller aux faux-air de conte moral (et réciproquement) dépeignant les rêves, aspirations et désarrois d’une jeunesse marocaine se heurtant à d’infranchissables plafonds de verre. Traditions et déterminisme social sont convoqués pour expliquer cet état de fait, révélant la coexistence de classes difficilement miscibles dans le Maroc contemporain. Un contexte qui ajoute une complexité bienvenue dans les relations entre personnages, enjambant le traintrain des évidences.
En avoir ou pas
Ainsi Meryem Benm’Barek ne fait-elle pas seulement de son Mehdi un petit arrivistes machiavélique et calculateur saisissant au vol la bonne fortune lui tombant dans le lit. Moins sujet qu’objet, le jeune homme vit en effet en miroir un destin de béquille sentimentale/sexuelle jetable. Et ses espoirs d’élévation dépendent du bon vouloir de Marie, celle-ci n’est même pas décisionnaire de sa propre existence, entretenue à quarante ans par sa mère, la richissime Clotide. En somme, le jeune homme compromet ses engagements et sa conscience à cause d’un miroir aux alouettes ; lui qui se voit prédateur n’est rien d’autre qu’un proie pour ces occidentales en quête de jeune chair fraîche. Voilà qui rappellera le film de Laurent Cantet, Vers le Sud (2005).
Critique économico-sociale, Derrière les palmiers n’ose pas s’aventurer pleinement sur le terrain du chavirement des mœurs malgré de jolies tentatives montrant Clotilde troublée par la sensualité de cet intrus. C’est peut-être ce que l’on regrette pour compléter le tableau : une tension plus sourde et davantage de convoitise — quelque chose à la Ozon, Pasolini ou Losey — rendant la passion de la fille encore plus intolérable pour la mère. Car en définitive, ce film raconte des histoire de sujétions et de possessions (physique, humaine, immobilières, financières, artistiques etc.) donc de propriété. L’impossibilité pour Clotilde de posséder Mehdi comme elle détient tout le reste compte autant dans le dénouement que la nécessité pour ce dernier de se débarrasser de la compromettante Selma.

Derrière les palmiers de Meryem Benm’Barek (Mar.-Fr.-Bel.-Qat., 1h40) avec Sara Giraudeau, Driss Ramdi, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Rabourdin… Sortie le 1er avril 2026.


