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“C’est quoi l’amour ?”, “Mon grand-frère et moi”, “Sauvons les meubles”, “Cinque secondi”, “Pour le plaisir” en salle le 6 mai 2026

Dernière modification le 03/07/2026 à 19:51
Par Vincent RAYMOND Publié le 13/05/2026
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Temps de lecture : 18 min.
Et en plus, il va falloir payer l'autel… / Photo : © Manuel Moutier
Et en plus, il va falloir payer l'autel… / Photo : © Manuel Moutier

Des histoires de familles, de couples, des deuils et des naissances émaillent cette semaine pré-cannoise dans les salles. Entre autres…

Sommaire
C’est quoi l’amour ? de Fabien Gorgeart Mon grand-frère et moi de Ryōta Nakano Sauvons les meubles de Catherine Cosme Cinque secondi de Paolo Virzi Pour le plaisir de & avec Reem Kherici 

C’est quoi l’amour ? de Fabien Gorgeart 

Si Fred et Marguerite se sont jadis mariés à l’église et sont devenus les parents de Léa, ils ont depuis divorcés et refait leur vie — enfin, pour Marguerite qui vit désormais avec Sofiane, le père de sa seconde fille Raphaëlle. Mais voilà que Fred souhaite épouser Chloé, chrétienne fervente, qui n’envisage pas d’union sans passer devant un prêtre. Pour pouvoir convoler selon ses désirs, il n’y a qu’une option : obtenir l’annulation solennelle des noces entre Fred et Marguerite. Une démarche très sérieuse loin d’être une formalité, qui va remuer tout un passé commun et conduire les requérants à plaider jusqu’au Saint-Siège…

Si l’on réduit la comédie à un enchaînement de gags ou de situations destinées à provoquer le fou-rire,  C’est quoi l’amour ? peut faire figure de Grand Prix inattendu pour le Festival de la comédie de l’Alpe d’Huez. En réalité, il semble conforme à la ligne se dégageant des palmarès (et donc des sélections)  précédents puisqu’on y suit l’aventure rocambolesque d’une famille qui ne l’est pas moins — mais toutes le sont un peu — parvenant à une réconciliation général au terme d’un voyage ou d’un road trip. Comme si le besoin d’apaisement, de concorde dans le premier cercle était devenu le nouveau graal. Voilà qui en dit long sur l’état d’un monde si plein de bruit et de fureur qu’il enjoint de se replier sur ses fondamentaux.

Tout juste

La famille, justement, 🔗Fabien Gorgeart ne l’aborde pas en dilettante : elle se trouve au cœur de ses trois longs métrages, à travers le rapport à la gestation, à la parentalité et désormais au couple comme à la recomposition du noyau familial. Sa définition n’est pas restrictive aux liens du sang, mais ouverte, et généreuse. Ici, il invente même le concept de “comédie de démariage” pour parvenir à exalter la force des liens choisis, complémentaires de ceux reçus par l’hérédité. Ou comment la formalisation officielle  d’une séparation permet de formuler l’indicible de l’attachement : n’est-ce pas là la meilleur réponse à la question posée par le titre ?

Comment te dire à Dieu… / Photo : © Deuxième Ligne Films PetitFilm France 3 Cinema

Mais ce qui rend surtout cette histoire attachante, c’est l’adéquation entre la troupe et la “méthode” du réalisateur qui laisse à ses comédiens suffisamment d’espace de jeu pour habiter leurs personnages et donner l’illusion d’un naturel non frelaté. Cela fonctionne d’autant mieux avec des interprètes prompts à spontanéité (telle Laure Calamy) ou à l’intranquillité (comme Vincent Macaigne). L’association des deux est féconde ; quant aux scènes de (grands) groupes, rares sont les metteurs en scène à savoir les mener avec un tel brio. Cette vérité à l’écran n’est pas le fruit du hasard, mais diablement travaillée ; elle a le mérite d’offrir cet inestimable sensation au spectateur : la justesse.

C’est quoi l’amour ? de Fabien Gorgeart (Fr., 1h48) avec Laure Calamy, Vincent Macaigne, Lyes Salem, Mélanie Thierry, Céleste Brunnquell, Saül Benchetrit, Grégoire Leprince-Ringuet, Jean-Marc Barr, Aurélia Petit… Sortie le 6 mai 2026.

***

Mon grand-frère et moi de Ryōta Nakano 

Riko apprend par téléphone la mort brutale de son grand-frère, avec lequel elle avait rompu les ponts depuis des années. Bien que peu émue, elle se résout à partir exécuter les formalités funéraires. En compagnie de son ex-belle sœur, elle accomplit une somme de corvées rituelles qui, peu à peu, la rapprochent de son frère défunt mais aussi du fils de ce dernier qu’elle ne connaissait pas…

Révélé au grand public français par la comédie douce-amère La Famille Asada (2020) — portrait de groupe d’une tribu fantasque valsant entre les périodes, les petits tiraillements du quotidien et les grandes ruptures de l’existence — 🔗Ryōta Nakano revient en terres de connaissance : cet intime universel de la famille qu’il chronique à merveille, à l’instar de ses compatriotes Kōji Fukada ou Hirokazu Kore-eda. S’il suit ici le cheminement très formel de l’organisation de funérailles ainsi que les tâches concrètes et/ou administratives que Riko doit accomplir pour solder la “présence terrestre” de son frère, son film propose en parallèle une trajectoire moins orthodoxe, empruntant à l’imaginaire. 

Apaisés

Paradoxalement, c’est en effet grâce à l’absence de son aîné que Riko peut renouer avec lui, en explorant ses souvenirs. Le ressentiment n’ayant plus lieu d’être, elle laisse de côté les travers de l’adulte inconséquent pour exhumer certains hauts faits accomplis à son endroit par l’enfant qu’il fut. D’ailleurs, les surgissement fantomatiques du défunt dont elle est témoin sont autant des pieds-de-nez goguenards du défunt que des incitations à aller chercher au-delà des apparences, à ouvrir les yeux différemment sur le réel. Conte métaphorique sur des réconciliations post-mortem scintille de délicatesse autant que de sororité fraternelle. De la résilience pure mise en images, avec en sus un dénouement surprenant.

Des feuilles et un deuil / Photo : ©2025 Bring Him Down to a Portable Size Film Partners

Mon grand-frère et moi (兄を持ち運べるサイズに) de Ryōta Nakano (Jap., 2h07) avec Ko Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima, Himeno Aoyama, Yota Mimoto… Sortie le 6 mai 2026.

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***

Sauvons les meubles de Catherine Cosme 

Photographe indépendante épousant tous les clichés du parisianisme, Lucille est appelée au chevet de sa mère dont la santé est préoccupante. Sur place, dans son village d’enfance, elle y retrouve Paul, son frère, et découvre non seulement que sa mère est à l’article de la mort mais que, surendettée, elle a des années durant escroqué sa famille. Se posent alors de douloureuses questions morales et affectives, qu’il va falloir trancher avant qu’il ne soit trop tard…

Parce qu’il induit inconsciemment on ne sait quel second degré souriant, le titre ne rend pas forcément justice à ce film penchant du côté dramédie, et abordant des thèmes plutôt repoussoirs. Entre la préparation au deuil de ses ascendants, la découverte du fait qu’ils ont menti et/ou abusé de leurs enfants et la nécessité d’intenter une action en justice pour se protéger d’eux, on frôle le sublime question tabous sociétaux. Imaginez le concentré de dilemmes personnels, de rancœurs réciproques et de jalousies susceptibles d’être alimentés par cette mécanique ; vous serez encore en-dessous de la vérité.

Compte sur moi !

Il semble qu’il y ait quelques écarts dans la comptabilité…/ Photo : © 2025 Hélicotronc – Tripode Productions – Alva Film

Sans doute cela tient-il à la discordance émotionnelle subie par les personnages confrontés à deux situations réclament des réactions contradictoires : d’un côté l’agonie de la mère exigea de l’apaisement ; de l’autre la découverte anthume de son “héritage” empoisonné exacerbe les tensions. Déjà paradoxale car faite du vivant de la principale concernée, cette veillée mortuaire ressemble à ces films famille se déroulant à Noël où les commensaux s’écharpent autour de la dinde. Là, c’est moins glamour puisqu’il c’est en épluchant des traites à la pelle et une comptabilité défaillante.

Dans ce drôle de film pas drôle, la distribution contribue à maintenir cet équilibre étrange : outre le père débonnaire et fuyant campé par Jean-Luc Piraux, Yoann Zimmer en Paul lunatique, il y a Vimala Pons, impeccable comme toujours. Au départ pimbêche arty de la captiale, Lucille se défait progressivement de ses oripeaux pour retrouver sa vraie identité. Certes, la charge est un peu lourde, mais elle est à l’aune du du portrait fait en retour de certains des villageois, bien croquignolets. À noter en ouverture la participation inattendue de Benoît Hamon.

Sauvons les meubles de Catherine Cosme (Fr.-Bel.-Sui, 1h26) avec Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez… Sortie le 6 mai 2026.

***

Cinque secondi de Paolo Virzi 

Pourquoi Adriano, avec ses airs de hobereau, a-t-il choisi de s’installer à l’écart de tout, dans la dépendance délabrée d’une demeure ayant connu de meilleurs jours ? Avocat de renom miné par un drame intime, il s’inflige une repentance dans une solitude qu’une communauté vient troubler en s’installant dans la maison de maître voisine. À sa tête, Matilde, héritière en titre de ce domaine abandonné qu’elle entend bien faire revivre malgré l’expropriation. Entre l’homme cabossée et l’aristocrate libertaire, un modus vivendi s’établit…

La partition est connue : un vieil ermite enfermé dans sa douleur ou son aigreur, trouve enfin la paix grâce à l’impétuosité d’une jeunesse plus ou moins insolente. Trois couleurs : Rouge (1994) de Kieslowski, À la rencontre de Forrester (2001) de Gus Van Sant, Grand Torino (2008) de Clint Eastwood ne racontent pas autre chose. Histoire d’une culpabilité et d’une résilience en apparence impossible,  Cinque secondi dissimule la raison de l’exil intérieur d’Adriano au plus profond du film au point qu’elle en devient, sinon secondaire, presque annexe. Virzi montre que l’on ne peut réduire ce personnage en quête de rédemption au drame familial indicible dont il est le responsable — drame qui s’est joué à cinq secondes.

Valierio e Valeria

Quelques secondes avant les cinq secondes / Photo : © Indiana Production

Si un procès va occuper le dernier tiers du film, l’histoire dans son entièreté renvoie à la question du jugement. À l’importance de lutter contre les a priori ou au fait que des circonstances particulières puissent infléchir un verdict. Ainsi Adriano va-t-il finir par comprendre le mode de vie et le combat  mené par la squatteuse (voire lui prêter main forte à l’occasion) ; sans doute doute projette-t-il dans cette jeune femme davantage que ce qu’il veut bien l’avouer. Cinque secondi est un aussi un portrait des défenseurs (les avocats font profession de l’être) sans lesquels il ne peut y avoir de victoire ni de justice. Et surtout, de tous ces soutiens indéfectibles qui donne plus qu’ils ne reçoivent en échange.

Etonnamment moins diffusé dans les grands festivals étrangers que nombre de ses confrères ou consœurs transalpins, Virzi demeure un cinéaste passionnant ; ne serait-ce parce qu’il construit des personnages complexes, pétri de contradictions et de souffrances mais dont les failles sont autant de reliefs d’humanité. Et il n’est pas défendu de penser que leur épaisseur  doit à la relation de fidélité que le réalisateur a su créer avec ses comédiens fétiches, Valerio Mastandrea et Valeria Bruni Tedeschi. D’autant plus émouvants ici qu’ils forment un couple platonique (et encore, à sens unique).

Cinque secondi de Paolo Virzi (It., 1h45) avec Valerio Mastandrea, Galatea Bellugi, Valeria Bruni Tedeschi… Sortie le 6 mai 2026.

***

Pour le plaisir de & avec Reem Kherici 

Depuis vingt ans, Fanny et Tom vivent heureux. Enfin, pas tout à fait puisque Fanny, sur les conseils de sa psy,  révèle à son époux éberlué qu’elle n’a jamais connu le plaisir physique. D’abord déconcerté, celui-ci réagit rapidement en décidant de fabriquer LE sex-toy idéal. Avec amour et acharnement, il se met au travail, enchaînant prototype sur prototype… au mépris du qu’en-dira-t-on. 


« Mon Dieu, quel bonheur ! D’avoir un mari qui bricole » chantait 🔗Patachou, sans se douter combien les paroles (de Brassens) auraient pu convenir au personnage interprété ici par Alexandra Lamy. Cela dit, celles de La Java des bombes atomiques de 🔗Boris Vian — « Mon oncle, un fameux bricoleur/Faisait en amateur des bombes atomiques/Sans avoir jamais rien appris/C’était un vrai génie question travaux pratiques » —  pourrait également habiller ce film composite. À la fois biopic (puisqu’il assume s’inspirer du parcours des inventeurs allemands du Womanizer) et comédie sentimentale au sous-texte didactico-militant, Pour le plaisir a certes des ambitions louables.

Une juste récompense / Photo : © Marie-Camille Orlando HD

Sérieux comme le plaisir

Parler cru et cash de ces sujets en évitant la gaudriole lourdingue ou le pensum culpabilisant s’avère un défi en soi, 🔗Reem Kherici le relève avec élégance, bien aidée par ses interprètes dont l’investissement est manifeste. Et bien qu’un peu trop forcé, son portrait multigénérationnel s’avère assez opérant dans la mesure où il permet des situations de comédies fécondes. Toutefois, le scénario aurait pu s’abstenir de certaines scories telles que l’hypocondrie du personnage de Tom (sans intérêt ni utilité). Quant au traitement surexposé de l’image de type “fromage blanc“, il dessert globalement l’esthétique du film en lui conférant une atmosphère de mauvais soap tourné en studio. Un vrai tue-l’amour…

Pour le plaisir de & avec Reem Kherici (Fr, 1h35) avec également Alexandra Lamy, François Cluzet, Delphine Baril, Camille Aumont Carnel, Mitty Hazanavicius, Kyan Khojandi, François-Xavier Demaison… Sortie le 6 mai 2026.

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Vincent RAYMOND 03/07/2026 13/05/2026
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