Cette semaine, deux sœurs se retrouvent (presque) comme des étrangères et deux étrangères se trouvent (presque) comme des sœurs. Entre autres…
Ton animal maternel de Valentina Maurel
Après de brillantes études en Europe, Elsa rentre au Costa Rica où elle retrouve les siens. À commencer par sa petite sœur Amalia qui, après avoir abandonné ses propres études, a transformé la maison familiale où elle réside désormais, en une espèce de squat avec ses potes bizarres. Choquée et inquiète, Elsa tente de la remuer tout en signalant la situation à leurs parents. En pure perte : leur mère est obnubilée par la prochaine réédition de ses ouvrages de jeunesse (ainsi que par une opération esthétique) ; quant à leur père, il est davantage préoccupé par ses amours, de l’âge de ses filles…
Ce n’est pas la première fois qu’un titre de film laisse interloqué quant à sa pertinence : moins que la relation maternelle ici, c’est celle entre les sœurs qui se trouve au centre de tout, les parents occupant des sphères périphériques très auto-centrées. En découle un portrait “de l’intérieur” de deux représentantes de la Gen Z, aussi dissemblables que possible, confrontées à des parents vieux ados refusant de vieillir et replongeant chacun à leur manière dans l’illusion d’une jeunesse enfuie.
Si proche, si loin…
La situation d’Elsa, de retour de son exil européen, rappelle n’importe quelle histoire de jeune femme débarquant dans sa province d’origine après avoir été modelée par leur formation dans telle ou telle capitale et ne s’y reconnaissent plus. La distance culturelle se fait ici d’autant plus grande qu’Elsa a changé de continent : elle ne parvient physiquement plus à cohabiter avec sa sœur, restée sud-américaine d’âme. Valentina Maurel la dote même d’une propension au mysticisme, et de croyances en des rêves prémonitoires qui confèrent à son personnage un petit côté “réalisme magique” très folklorique.

À Elsa, en revanche, échoient des plans fixes plus contemplatifs accentuant l’apparente maturité de la jeun femme. Maîtresse de sa vie, de ses actes, de ses choix amoureux, elle fume ses cigarettes le regard dans le vague et empreint de gravité quand Amalia a toujours l’air hallucinée. Mais est-elle foncièrement plus libre ? Un brin erratique, ce film a glané un triple prix d’interprétation féminine à Cannes dans la sélection Un certain regard. Une manière d’avouer qu’on ne sait pas trop ce qui (ni qui) se détache dans l’histoire à laquelle on assiste.

Ton animal maternel de Valentina Maurel (Bel.-Fr.-Mex., 1h45) avec Daniela Marin Navarro, Marina de Tavira, Reinaldo Amien Gutierrez… Sortie le 7 octobre 2026.
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Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi
Comédienne, Corinne Maclou fait du cinéma depuis des années. Pas comme premier rôle, ni comme comme second d’ailleurs, mais en figurante. Elle court les tournages en espérant à chaque fois obtenir une part plus importante, n’hésitant pas à distribuer son CV aux vedettes qu’elle rencontre ni à faire valoir ses droits auprès des assistants sur les plateaux. Croisant un jour brièvement Sandrine Kiberlain, elle entame avec elle une relation mi-amicale mi-professionnelle, qui s’avère aussi intéressée pour l’une que pour l’autre. Sandrine permettra-t-elle à Corinne d’accéder enfin à son rêve ?
De la démythification et du mensonge, nouvel épisode. L’autofiction, cette plaie ayant déjà rongé la littérature contemporaine, dévore a présent avec l’appétit d’un saprophyte goulu le monde cinématographique. Le malheureux n’avait pas besoin de ce nouvel assaut, symptôme supplémentaire de la crise frappant son industrie créative noyée sous des tombereaux de suites et de remakes. Parler des coulisses et du métier avec force connivence — caméo de machin, allusion à trucmuche — évite d’avoir à fabriquer des personnages puisque la “bible” est globalement constituée ; faire jouer à des vedettes leur propre rôle offre en outre à celles-ci l’occasion/l’illusion qu’elles accèdent encore à une forme normalité (ou de simplicité) à laquelle elles ont dû renoncer dès lors qu’elles rencontraient le succès.
Sympathique, hélas !

Bonnes pour l’ego et rentable à peu de frais, ces histoires ne sont pas nouvelles — on pourrait avancer que Sunset Boulevard (1950), où Cecil B. DeMille campe son propre rôle, ou The Player (1992) de Altman avec sa multitude de célébrités effectuant une brève apparition, usaient déjà du procédé. Et que dire du mésestimé Les Acteurs de Blier (2000), photo de famille en mouvement de l’ensemble des têtes d’affiche masculines du cinéma français d’alors ! La différence réside dans l’intention de ces prédécesseurs : les deux premiers bâtissent une fiction originale et vitriolée sur Hollywood qu’ils ancrent en incluant quelques-uns de ses représentants à la manière d’éléments de décor ; le dernier bâtit une réflexion métaphysique sur le métier de comédien face à la fonction de personnage, et par conséquent sa dualité d’être — le tout dans une œuvre crépusculaire hantée par la mort.
Ni vue, ni connue procède autrement puisqu’il s’agit d’un conte de fées : malgré les embûches et épreuves, à la fin, une bonne fée exaucera les vœux de l’héroïne. Observation du microcosme par le petit bout de la lorgnette, le film est un étalage de personnalités toutes déplaisantes, vaniteuses, colériques, agressives, impatientes… mais à qui tout doit être pardonné parce qu’elles ont du talent ou du pouvoir. L’indulgence coupable du public pour cet étalage de caractériels capricieux a fait le succès de Dix pour cent dont Ni vue, ni connue est une forme d’émanation. Qu’il est d’ailleurs tolérant, ce public, lorsqu’il excuse l’impolitesse chronique et le mépris social des stars qu’il adule (comme si cela allait avec le standing) ; qu’il est versatile et prompt à se transformer en meute pour déchoir dans l’instant une idole soupçonnée d’avoir offensé la morale ou les mœurs.
Faussement caustique vis-à-vis du milieu cinématographique dont il est un pur produit, Ni vue, ni connue est donc sympathique. Un défaut ce qui le rend inoffensif, prévisible et, hélas pour lui, oubliable.

Ni vue, ni connue de Marc Fitoussi (Fr., 1h55) avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, Anne Marivin, Emmanuelle Bercot, Diane Kruger, Ana Girardot, Vincent Dedienne, Thomas Jolly, Hugo Becker… Sortie le 7 octobre 2026.


