Un apprenti influenceur fauché égaré dans un monde d’héritiers pourris gâtés tisse sa toile sur les écrans cette semaine. Entre autres…
Microstar de Léopold Kraus
À ses 18 ans, Gabriel Rose a certainement quitté sa province bien décidé à empoigner la vie afin de faire carrière comme comédien. Hélas, quelques années plus tard, il enchaîne les castings ratés et tire le diable par la queue, monnayant sa maigre influence sur les réseaux sociaux. Un soir de galère, il rencontre Stan, né avec une cuiller en argent dans la bouche qui se prend d’amitié pour lui et lui propose de s’associer dans un concept de bijoux fantaisie. Séduit par ce milieu clinquant ruisselant d’argent, Gabriel en viendrait presque à rompre avec son père popu et Pauline, la thésarde avec qui il a débuté une jolie romance…
Si Microstar semble débuter comme un mash-up aznavourien de Ma Bohème et Je m’voyais dejà, il ajoute aux désarrois de son anti-héros en pleine déconfiture une infortune supplémentaire : la découverte d’un complexe physique affectant son estime de soi… et justifiant le titre. On sait toutefois gré à Léopold Kraus d’évacuer rapidement ce point de départ anatomique — qui aurait sans doute suffi à une comédie indépendant new yorkaise il y a quarante ans. Loin de la gaudriole, son film préfère se concentrer sur la description du milieu vicié des gosses de riches, de leur inconséquence et surtout des errements de son pauvre Gabriel Rose, arriviste au petit pied perdu parmi ces capricieux.
L’âge du renoncement
Près de trente ans après Déjà mort d’Olivier Dahan (où de jeunes ambitieux fantasmaient une ascension sociale accélérée grâce à l’industrie du X), qui peut dire que les choses ont évolué ? En se repliant sur les réseaux sociaux, les Rastignac contemporains ont certes changé de vecteur de compromission mais leur but s’avère identique : troquer leur image (ainsi que leurs scrupules et leur éthique) contre une notoriété volatile et surtout monnayable. Ce qui reste invariant en revanche, c’est le résultat de leur tentative d’élévation au sein d’un monde de nantis qui les tolère un temps avant de les recracher.

D’ailleurs, faut-il se réjouir de voir ces “intrus” si résilients (pour ne pas dire apathiques) lorsqu’ils sont renvoyés à leur extraction d’origine une fois leurs rêves consumés ? Le renoncement semble intégré comme l’acceptation de l’intangibilité de leur condition sociale. À ce titre, il n’est pas anodin que cette génération se projette davantage en Spider-Man qu’en Superman. Ne croyant plus en cet idéal d’un surhomme invulnérable venu d’ailleurs, elle préfère se reconnaître dans la silhouette d’un éternel adolescent revendiquant la maladresse de débutant jusqu’à un âge avancée de sa vie d’adulte. Faire le dos rond pour ne pas désespérer, renoncer pour survivre… Un énième corolaire de la fin des utopies toutes démonétisées par les baby boomers.
Rouge Noé
Sur un motif au fond très classique (et que ne renieraient pas les grands romanciers-fresquistes de la société du XIXe siècle), 🔗Léopold Kraus capture de pertinents fragments de notre époque, sans s’abandonner à une esthétique clinquante. Plus proche d’un Gaspar Noé (pour la dominante écarlate inquiétante) que d’une réalisation clipesque qui serait trop vite datée, le jeune cinéaste sculpte la nuit comme ses comédiens avec un désir perceptible d’aller au-delà des apparences ou des clichés. Prometteur.

Microstar de Léopold Kraus (Fr., 1h27) avec Abraham Wapler, Félix Lefebvre, Raïka Hazanavicius, Maddie Kulick, Fred Tousch, Michael Zindel, Louise Cachat… Sortie le 8 juillet 2026.

