Cette semaine, une adaptation de Michela Murgia et un film interprété par Diego Murgia se croisent par hasard sur les écrans. Entre autres…
Trois adieux de Isabel Coixet
Rome, de nos jours. Marta est enseignante, Antonio chef cuisinier en vue. Leur couple semble harmonieux, jusqu’à une dispute banale qui conduit Marta à prendre du champ.. Peu de temps après, Marta découvre qu’elle atteinte d’un mal incurable. Plutôt que de s’abandonner à une forme d’abattement, elle se met à éprouver pleinement le sens de la maxime carpe diem : cueille le jour…
Il faut rendre cette justice à 🔗Isabel Coixet : la cinéaste catalane n’a jamais succombé à la facilité — ni dans les sujets qu’elle a choisis, ni dans ses approches. Par son point de départ (la chronique d’une mort annoncée, pour faire simple) Trois adieux enfonce le clou, d’autant qu’il s’agit d’une adaptation d’un texte grandement autobiographique de la défunte Michela Murgia et que la thématique rappelle un de ses précédents films, Ma vie sans moi (2003). Seulement, là où l’on pourrait redouter du mélo pur sucre, l’itinéraire de Marta se transforme en voyage intime.

Marta et les autres
Un voyage complexe également, loin de se restreindre à une émolliente épiphanie sensorielle : la maladie est également vécue dans sa crudité médicale, avec les évolutions en dents de scie du pronostic et ses conséquences au quotidien. En parallèle, Trois adieux soigne (si l’on ose le terme) des personnages secondaires qui ne sont pas ravalés au rang de prétexte. L’ex compagnon de Marta a son épaisseur et sa propre vie ; autour de lui gravitent d’autres silhouettes elles-mêmes bien dessinées — c’est le cas de sa jeune aide campée par Galatea Bellugi, qui de surcroît n’est pas assignée à la fonction d’intérêt sentimental.
Et puis il y a la vie Marta, dans toutes ses composantes : professionnelle, sociale, privée, sentimentale. Bien que condamnée, la jeune femme continue d’assurer ses cours, a des interactions avec ses élèves, avec l’un de ses collègues qui n’est pas indifférent à son charme comme à la mélancolie qu’elle dégage. Elle partage aussi avec sa sœur une complicité à géométrie variable. Toutes ces facettes l’ancrent davantage dans le réel plutôt que de contribuer à faire de son acceptation consciente une fable new age.
Ville éternelle
Enfin, Trois adieux ne serait sans doute pas aussi élégamment touchant sans son inscription profonde dans la vi(ll)e de Michela Murgia : après tout, Isabel Coixet aurait pu transposer l’histoire chez elle, à Barcelone — ou à Madrid. La Rome ici filmée n’est pas touristique mais habitée : il lui arrive d’être douce et belle grâce à la splendide photo de Guido Michelotti ; elle se fait aussi ordinaire, âpre, sans attraits, floue… Tel que peut être un quartier, que l’on ne voit plus quand on y réside : entre toile de fond et décor quotidien. Efficace et subtil.

Trois adieux (Tre ciotole/Tres adioses) de Isabel Coixet (It.-Esp., 2h) avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi, Silvia D’amico, Francesco Carril, Sarita Choudhury… Sortie le 2 septembre 2026.
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La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri
À peine sortis de l’adolescence, Enzo et Carla vivent ensemble dans un petit appartement. Lui vient de monter sa petite entreprise, elle de reprendre ses études. Alors que Carla pense que les années difficiles s’éloignent, leur père toxique, tout juste libéré de prison, ressurgit dans leur existence. Trop influençable et en carence affective, Enzo tombe dans ses rets malgré les avertissements de son aînée, plus avisée…
L’idée de Julien Gaspar-Oliveri était sans doute de composer une ambiance naturaliste à la Zola pour raconter cette histoire, sise dans une famille des classes populaires et minée par une hérédité fatale. Peut-être a-t-il fait un peu trop de zèle question drames humains ; même les Dardenne n’oseraient pas charger la barque à ce point. Passons sur le cadre incertain et la lumière rendant tout le monde disgracieux (suivant les clichés du “cinéma social”) : Enzo semble voué à une guigne majuscule, puisque rien ni personne ne le dessille — pas même sa sœur dans ses apparitions épisodiques. Tout est joué d’avance.
Bouillon amer
Admettons néanmoins qu’il s’agit d’une tragédie contemporaine. Encore faut-il que la figure méphistophélique du père, le mauvais génie du récit, soit crédible. Or le choix de Bastien Bouillon dans cet emploi annihile toute vraisemblance : le comédien ne reflète ni ascendant physique ou moral, ni autorité, ni menace, ni la moindre ambiguïté… Le hiatus entre le personnage et celui qui l’incarne s’avère d’autant plus grand que tous les rôles interprétés jusqu’alors par Bastien Bouillon le classent dans le registre du brave gars, du bon côté de la morale. Si l’envie lui est ici venue de casser son image, il n’a guère adapté son jeu ni sa physionomie en conséquence.

Et que dire de ce titre un brin flou, emprunté à un argot vieillot : désigne-t-il le père, le fils ; autre chose ? La Frappe laisse d’autant plus avec un goût d’inachevé (ou de déjà-trop-vu) que certaines pistes — la famille d’origine polonaise de la petite amie d’Enzo, le monde des marchés où échoue lamentablement son père — auraient pu conférer, à défaut de lumière ou d’espoir, davantage de nuance au récit.

La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri (Fr., avec avert., 1h46) avec Diego Murgia, Bastien Bouillon, Romane Fringeli, Héloïse Volle, Sophie Cattani, Karol Olejnik, Maxence Bendjelloun, Florence Janas, Manon Clavel, Lina Camélia Lumbroso, Giacomo Fadda… Sortie le 2 septembre 2026.


