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Reading: Ryōta Nakano (“Mon grand-frère et moi”) : « L’être humain n’est jamais uniforme »
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Ryōta Nakano (“Mon grand-frère et moi”) : « L’être humain n’est jamais uniforme »

Dernière modification le 29/06/2026 à 20:34
Par Vincent RAYMOND Publié le 09/05/2026
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Temps de lecture : 9 min.
Ryôta Nakano et son actrice Ko Shibasaki vous saluent bien / Photo : © Vincent Raymond
Ryôta Nakano et son actrice Ko Shibasaki vous saluent bien / Photo : © Vincent Raymond

Après “La Famille Asada“, Ryōta Nakano est de retour avec l’histoire de Riko qui, marquée par un deuil, va paradoxalement se réconcilier avec son frère défunt. Bref échange avec le cinéaste nippon lors des Rencontres de Gérardmer…

À l’ouverture et à la clôture de votre film, on trouve cette phrase définissant la famille : « ça n’est pas un fardeau, c’est un refuge ». Si elle vaut pour celle de Mon grand-frère et moi, ne se rapporte-t-elle pas à d’autres évoquées au fil de votre œuvre ?

Ryōta Nakano : C’est vrai que cette phrase, je l’ai pensée pour cette famille en particulier. Il me semblait que c’est ce qui définissait le mieux leur relation. En même temps, je pense que c’est une phrase qui effectivement peut convenir à d’autres familles ; beaucoup peuvent probablement se retrouver dans cette phrase. Mais au départ, c’est vraiment quelque chose que j’ai pensé comme un cas particulier.

Comme dans La Famille Asada, vous parlez beaucoup ici des apparences, de ce qu’on croit voir versus la réalité…

Je crois que c’est parce que ça vient tout simplement de ce constat que je fais que l’être humain n’est jamais uniforme. On est toujours fait de plusieurs facettes, plusieurs dimensions : il y a l’apparence qu’on laisse percevoir et puis ce qu’on cache en nous. On a tous, je crois, une part d’ombre quelque part. Quand on s’attache à représenter l’être humain et qu’on veut vraiment essayer de le capter dans son intégralité, on est forcément amené à travailler sur cette dualité entre le devant et le derrière, l’extérieur et l’intérieur.

Empathie et appétit / Photo : © 2025 Bring Him Down to a Portable Size Film Partners

L’héroïne n’apparaît pas comme particulièrement sympathique au départ, mais plutôt froide, distante. La formule est bizarre, mais ne gagne-t-elle pas en empathie grâce au deuil ?

Le deuil l’amène en tout cas à traverser cette épreuve. Ça enrichit, ça épaissit aussi son personnage. Mais je crois que c’est aussi la structure du film qui veut qu’au départ, on ne voie d’elle que cette facette là et que, progressivement, à mesure que le film avance, on ait de la sympathie pour elle — parce qu’on la connait mieux, aussi.

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Au départ, c’est quelqu’un qui n’a pas tellement confiance en son frère, qui a probablement du ressentiment envers lui. Donc la “première couche” de son personnage, ce qu’elle montre immédiatement, c’est cette réaction spontanée de rejet qu’elle a par rapport à son frère. Et puis on réalise qu’elle est aussi quelqu’un qui se démène, qui fait des efforts, qui se débat… Ça attire davantage la sympathie quand on voit qu’elle est elle aussi aux prises avec une espèce de conflit intérieur. Le film est construit de telle sorte qu’on ne le comprend que petit à petit.

Ce deuil permet aussi de découvrir le vrai parcours du frère…

J’ai pensé le film pour que le spectateur ait le même regard que l’héroïne. Riko, la petite sœur. Au départ, elle a surtout du ressentiment, elle est très insupportée par ce frère. De fait, quand on le découvre, nous aussi on le trouve assez insupportable. Et puis, elle apprend à le connaître et au fur et à mesure des rencontres et de ce qu’elle traverse — et nous avec elle — notre regard change aussi petit à petit. On épreuve progressivement plus d’empathie pour lui ; à la fin, on finit presque par le trouver attachant et touchant. C’est parce qu’on est vraiment à peu près au même niveau que le regard de Riko.

Le frère semble atteint d’un syndrome de Diogène, ou en tout cas d’une affection psychiatrique…

Je ne crois pas qu’il soit atteint d’un syndrome ; en tout cas je ne l’ai pas imaginé malade. Quand on est un homme père célibataire et qu’on fait ce qu’on peut pour éduquer son fils tout seul, petit à petit, peut-être il y a une négligence : c’est-à-dire qu’on n’arrive pas à tout gérer et il y a des choses qui commencent à s’accumuler. Je l’ai plus imaginé comme un passage du temps et une accumulation progressive plutôt qu’une maladie mentale — en tout cas pour moi le personnage n’est pas atteint d’une maladie psychiatrique.. 

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Faut-il voir une symbolique particulière dans l’heure indiquée par l’horloge — 11h — au début du film quand le jeune garçon entame la lecture du livre, heure identique à celle affichée sur la pendule de l’héroïne lorsqu’elle apprend la mort de son frère ?

Onze heures ne symbolise rien en particulier. En fait, au début, je voulais un peu brouiller les pistes et qu’on croie que d’un côté ce jeune homme qui lit, de l’autre Riko et sa famille, étaient des actions quasiment simultanées. Or, en réalité, plusieurs années se sont écoulées entre la séquence de l’annonce du décès dans la famille de Riko et ce jeune homme qui lit le livre. C’était un peu pour induire le public sur une fausse piste ; c’est pour ça qu’on a choisi volontairement de mettre la même heure sur les deux horloges. Mais en réalité, il n’y a pas de symbolique dans l’heure en elle-même… 

Est-ce que vous vous êtes imposé une lumière et des optiques particulières ?

La seule envie que j’avais c’était d’utiliser des optiques plutôt anciennes pour avoir peut-être ce petit grain, mais sinon rien de particulier. 

Le frère apparaît à l’écran comme un fantôme. Cherchez-vous par le cinéma à rendre vivants les morts ?

Pour moi ce qui est important, c’est de pouvoir montrer comment ceux qui restent, les survivants, continuent à vivre. Et continuer à vivre, ça veut dire aussi : comment est-ce qu’on gère son deuil et comment est-ce qu’on traite justement la mémoire de ceux qu’on a perdus ? Je crois que la valeur de ceux qui survivent, mais aussi ce qui peut être continuer de les définir et de les former, c’est comment est-ce qu’ils continuent aussi à penser à leurs morts. Donc je crois que c’est effectivement un thème que j’aime bien explorer.

Mon grand-frère et moi (兄を持ち運べるサイズに) de Ryōta Nakano (Jap., 2h07) avec Ko Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima, Himeno Aoyama, Yota Mimoto… Sortie le 6 mai 2026.

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Vincent RAYMOND 29/06/2026 09/05/2026
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