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Alexis Langlois (“Les Reines du drame”) : « Je crois qu’on ne crée rien à partir de rien » 

Dernière modification le 27/11/2024 à 14:31
Par Vincent RAYMOND Publié le 22/11/2024
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Temps de lecture : 9 min.
Les Reines du drame en font toujours des caisses / Photo : © Bac Films
Les Reines du drame en font toujours des caisses / Photo : © Bac Films

Comédie musicale queer jusqu’au bout des ongles, “🔗Les Reines du drame” raconte la romance passionnée entre les chanteuses Mimi Madamour et Billie Kolher à l’aube du XXIe siècle. Un premier long métrage nourri de multiples influences pop et glam présenté par la cinéaste Alexis Langlois1 lors du Festival de Sarlat. Rencontre.

Quels étaient vos objectifs lorsque vous vous êtes lancée dans ce film ?

Alexis  Langlois : Il y en avait plusieurs. Le premier, qu’on ressente cette histoire d’amour et la tragédie que vivent ces personnages qui ne peuvent pas s’aimer à cause d’un monde trop normé. Alors qu’elles en ont envie, on les empêche d’être ensemble parce qu’elles ne font pas la même musique, qu’elles ne sont pas du même milieu… J’avais envie de décrire la violence pour des personnes différentes, queer ; la difficulté de s’aimer dans un monde qui ne nous aime pas et de bien aimer les autres. Le film montre le chemin parfois douloureux pour finalement s’accepter soi-même et puis ensuite mieux aimer.

Les Reines du drame s’inscrit dans un registre de films de genre(s)… qui est presque un genre en soi. Il ressemble à un petit frère de Hedwig And The Angry Inch. Est-ce l’une de vos influences ?

Complètement, oui, bien sûr ! Et il y en a plein. C’est peut-être un genre de film dont on a moins l’habitude en France. Le film essaie de créer du lien entre les choses qui, d’habitude, ne vont pas ensemble — entre la pop et la musique plus alternative ; entre différentes générations de chanteuses, etc. Il est aussi pétri de citations. Je crois qu’on ne crée rien à partir de rien ; c’est un geste d’amour de montrer d’où l’on vient. Ça peut être Hedwig… ; A Star is Born de Cukor ; Phantom of the Paradise de De Palma… Je pense qu’on peut être très singulier mais en revendiquant l’héritage qu’on a eu. C’est assez beau et humble de montrer d’où on vient. 

Justement, comment avez-vous composé la singularité de chaque univers musical avec vos auteurs et compositeurs ? Entre un single comme Pas touche formaté pour les radios ado et d’autres plus alternatifs, le fossé est large…

Des choses qu’on pense très différentes cohabitent dans le film malgré leurs différences. Ce qui lie les chansons vient des personnages : ils sont multiples, à la fois Pas touche et Damnée d’amour, ils se transforment, ils évoluent… C’est aussi beaucoup moi : je peux très bien être à un moment de la journée, la Mimi Madamour 2005, puis la Mimi Madamour 2015…. En écrivant le film, je savais que ce serait différentes personnes qui composeraient les musiques. Je suis vraiment fou de comédie musicale. Mais souvent, même s’il y a deux bandes opposées — comme dans Romeo et Juliette ou West Side Story — on sent la patte d’un même compositeur. Là je voulais vraiment que les chansons de Mimi soient faites par quelqu’un. 

Pour rendre hommage à cette merveilleuse team de compositeurices, c’est le groupe Yelle qui a fait les musiques de Mimi Madamour — Pas touche et Tu peux toucher. Rebeka Warrior de Kompromat, Sexy Sushi et Mansfield. TYA a fait les chansons de Billie Kolher. Louise BSX a fait la chanson du futur — la chanson finale de 2055. Il y a aussi Mona Soyoc, qui vient des années 1980 avec le groupe KaS Product, et qui joue d’ailleurs le rôle d’Elly Moore dans le film. Il y avait aussi l’idée de mélanger des compositeurices qui viennent d’époque différentes et de genre très différents. Ensuite, il y a Pierre Desprats qui a fait lui tout le score, la musique du film très orchestrale et aussi les deux chansons — celle des retrouvailles des amoureuses et un des morceaux de Magalie Charmer. C’était un travail de lier des gens qui viennent a priori de choses très différentes. Et le lien, c’est les personnages, leur changement, la dimension romanesque de leur vie…

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Comment les avez-vous choisis ?

C’était des vrais rôles de composition, comme les acteurices. C’était d’ailleurs un peu compliqué parce que les musiciens ne font pas tout à fait ce travail-là d’habitude. Par exemple, Yelle qui a une identité très marquée de pop française et a fait Je veux te voir — à la fois très drôle et aussi assez politique — mais aussi Parle à ma main avec Mickaël Youn, ils font aujourd’hui des choses encore différentes parce qu’ils ont évolué.  Ils ne sont plus les mêmes personnes. Là, il fallait que je leur demande de se replonger dans leur catalogue de 2005 et en même temps d’évoquer d’autres groupes de cette époque comme Alizée, Laurie, Priscilla… 

Et en plus, il fallait que ça soit unique parce que c’était Mimi Madamour avec des enjeux scénaristiques et que les chansons résonnent avec ce que vivaient les personnages. Pour toutes les personnes que je suis venue chercher et qui font d’habitude leur propre musique, c’était un exercice un peu compliqué. Parce que finalement c’était vraiment de la composition au sens acteur, pas au sens musicien. Pour Rebeka Warrior et Mona Soyoc qui n’avaient jamais chanté en français, ça a été un défi.

Le film se déroule principalement en 2005 et 2015 — qui voit le drame public éclater. Entre ces deux dates, il y a un saut technologique majeur qui s’opère et qui est matérialisé à l’écran : le passage des Nokia aux smartphones permettant la vitalité médiatique ainsi qu’une bascule sociétale et informationnelle. Le film aurait-il pu se tenir à une autre époque ? 

Oui et non. Pour être tout à fait sincère, je crois que le rapport à la célébrité, aujourd’hui, est plus intense, parce que tout le monde peut donner son avis, Ce n’était pas tout à fait le cas autrefois, avant les réseaux et je pense que ça hystérise quelque chose qui existait déjà. Ça participe aussi aux émotions plus explosives et les intensifie. Mais aimer passionnément une star et ensuite aimer la détester, je pense vraiment que c’est commun à toutes les époques : si on regarde les actrices comme Joan Crawford, qu’on appelait « le poison du box-office », il y a un plaisir pervers… On voit ça aussi dans Once Upon a Time in Hollywood, ce n’était peut-être pas des youtubeurs, mais des gens à la radio, des journalistes… Ça s’est juste décuplé parce que tout est plus fort aujourd’hui. 

Quand vous regardez A Star is Born, il y a eu quatre films : l’époque change, mais le rise and fall est là de tout temps, et c’est assez beau : ces films, finalement, sont toujours aussi contemporains. On change un peu, on actualise, mais finalement, le cœur change pas. C’est ça qui est terrible.

Les Reines du drame de Alexis Langlois (Fr., 1h55) avec Louiza Aura, Gio Ventura, Bilal Hassani… En salle le 27 novembre 2024.

  1. Alexis Langlois se genre au féminin et utilise des termes non-binaires que nous avons reproduits à l’identique dans cet entretien(NDR) ↩︎

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