culture & art de vivre, autrement

Stimento
  • Tous les articles
  • La Une
  • Brèves
  • Entretien
  • Cinéma
  • Livres
  • Saveurs
  • Ici & Ailleurs
  • Musique
  • Arts
  • Dans le rétro
Reading: Gaya Jiji (“L’Étrangère”) : « Il y a un côté un peu kafkaïen dans cette procédure de Dublin »
Partager
Aa
StimentoStimento
  • Tous les articles
  • La Une
  • Cinéma
  • Entretien
  • Livres
  • Ici & Ailleurs
  • Saveurs
  • Arts
  • Brèves
Search
Follow US
Made by ThemeRuby using the Foxiz theme. Powered by WordPress
Tous les articles > Cinéma > Gaya Jiji (“L’Étrangère”) : « Il y a un côté un peu kafkaïen dans cette procédure de Dublin »
CinémaEntretienIci & AilleursLa Une

Gaya Jiji (“L’Étrangère”) : « Il y a un côté un peu kafkaïen dans cette procédure de Dublin »

Dernière modification le 23/06/2026 à 11:53
Par Vincent RAYMOND Publié le 23/06/2026
Partager
Temps de lecture : 12 min.
Gaya Jiji à Avignon / Photo : © Vincent Raymond
Gaya Jiji à Avignon / Photo : © Vincent Raymond

Dans “L’Étrangère”, Gaya Jiji suit Selma, réfugiée syrienne à Bordeaux se retrouvant écartelée entre l’avocat l’ayant aidée pour dossier de régularisation et son mari qu’elle croyait disparu dans les geôles d’Assad. Conversation avec la réalisatrice lors des Rencontres du Sud et des Rencontres de Gérardmer

Vous êtes-vous inspirée de parcours existants pour raconter le parcours de Selma ? 

Il y a une grande partie de moi dans ce film. Je partage beaucoup de choses avec Selma, dans son parcours sentimental et psychologique, ces rencontres dans un nouveau pays avec des gens qui peuvent changer votre destin — et révéler des choses sur vous que vous ne connaissiez pas. En même temps, j’ai fait un grand travail de documentation sur tout ce qui concerne le voyage que beaucoup de Syriens ont fait à l’époque pour avoir le statut d’exilé — moi, je n’ai pas fait ce voyage-là. Après, tout ce qui est drame, ce n’est pas autobiographique..

Dans les films, c’est souvent un homme qui fait ce voyage — ça commence un peu à changer parce qu’il y a des réalisatrices justement qui mettent des femmes dans cette situation. En faisant mon travail de documentation j’ai rencontré des femmes qui ont fait ce voyage toutes seules — parfois très jeunes : 20 ans. J’ai vraiment voulu que ça soit une femme qui ait le courage de partir seule ; qui ose tomber amoureuse.

Le film illustre la procédure dite “de Dublin” qui oblige les réfugiés à résider dans le premier pays européens où ils ont été arrêtés…

Il y a une grande absurdité, un côté un peu kafkaïen, dans cette procédure de Dublin. Je ne comprenais pas pourquoi on devrait rester dans ces pays comme la Hongrie ou la Bulgarie alors qu’ils ne veulent pas du tout accueillir des étrangers. Ils sont membres de l’Union Européenne, donc ils obligent les migrants à laisser leurs empreintes là-bas parce qu’ils y sont arrêtés — ce qui complique beaucoup leur parcours une fois ils arrivent en Allemagne, en France, en Suède ou dans d’autres pays. 

Vous avez choisi avec Zar Amir une comédienne elle-même étrangère, mais aussi Alexis Manenti. Était-ce parce qu’étant issu d’une culture serbe et corse, il pouvait lui aussi éprouver le sentiment d’entre-deux de Selma ?

Pendant toutes les années d’écriture du film, j’ai pensé à l’actrice qui pouvait jouer ce rôle : c’était quelque chose qui me travaillait parce que je ne trouvais pas vraiment ce que je cherchais chez des actrices syriennes ou du monde arabe. Et quand j’ai vu Zar dans Les Nuits de Mashhad d’Ali Abbassi, j’ai eu tout de suite un déclic : c’était Selma, ça ne pouvait pas être quelqu’un d’autre. J’ai appris ensuite son histoire, très cruelle, avant de quitter son pays : elle aussi était passée par là. Ce n’était pas voulu, mais ça nous a beaucoup aidés pour nous retrouver toutes les deux, pour travailler ce rôle. 

Ceci n’est pas un parloir / Photo : © Tandem films

Pour Alexis, je ne savais pas qu’il avait la double-nationalité. C’est quand j’ai vu Le Ravissement que j’ai trouvé qu’il avait à la fois une sorte de fragilité et de retenue qui correspondaient vraiment au personnage de Jérôme — l’avocat dans le film. Et c’est comme ça que je l’ai choisi. Quand je l’ai rencontré la première fois, il m’a dit : « j’ai beaucoup aimé le film parce que ma mère est serbe, elle était aussi étrangère. Ça m’a beaucoup touché, je l’ai vue un peu dans le film. » C’est pour ça qu’il a voulu jouer.

Donc, c’était des choses pas vraiment voulues ni cherchées, mais qui sont arrivées. Et je trouve que les deux ont beaucoup aidé parce qu’ils savaient ce que c’est, justement, d’être étranger, de laisser son pays derrière, de débarquer sur une nouvelle terre et commencer une nouvelle vie.

Ce personnage masculin, un peu éteint, est un peu à l’écart des archétypes d’avocats. Comment l’avez-vous écrit ?

C’était vraiment le personnage le plus difficile à écrire dans le film parce que il ne fallait pas tomber dans un cliché ni dans une caricature du bourgeois français — même si par la suite, on apprend que c’est quelqu’un qui vient d’un milieu plus modeste. C’était un personnage qui tenait sur un fil ; quelqu’un dans la retenue et qui doit dégager aussi beaucoup d’émotions. À l’écriture on a beaucoup travaillé sur les gestes, la façon de parler, les mots qu’il va prononcer. Quand j’ai commencé à travailler avec Alexis, je voyais que lui aussi, c’est quelqu’un qui a une grande fragilité dans la vraie vie, une grande sensibilité ; ça m’a beaucoup aidée de travailler avec lui. Sur le tournage, on a même retravaillé des dialogues ensemble.

L’écriture du personnage du mari de Selma tient lui aussi de la dentelle : il y a tellement de potentialités dans ses réactions, dans ce qu’il peut devenir…

Jérôme est un personnage qui est un peu seul et étranger, mais sans avoir la même histoire tragique que les deux personnages de Selma et de son mari. Le mari a une histoire très tragique derrière lui : il vient de sortir de l’enfer et d’échapper à la mort. C’est vrai qu’il y avait aussi une dentelle à faire : il a encore un long chemin pour se construire et il arrive dans ce nouveau pays en pensant qu’il va retrouver la femme qu’il a toujours connue, dont il était toujours amoureux. Et là, il découvre que cette femme n’existe plus. Il a un peu tout perdu.

Malgré ça, je n’ai pas voulu du cliché de l’homme oriental à travers la violence. Il va se faire violence et décider à un moment de laisser le choix à Selma. Il la libère parce qu’il se rend compte que sa femme est amoureuse d’un autre. C’est aussi quelqu’un qui fait un long chemin pour se reconstruire après ce qu’il a vécu.

“Emilia Pérez”, “Hijo de Sicario” en salle le 21 août 2024
Trending
“Emilia Pérez”, “Hijo de Sicario” en salle le 21 août 2024

Comment avez-vous défini la photo, où les lumières nocturnes et les ombres sont dominantes ?

Dès le départ, j’ai ai demandé à mon chef op’ de travailler sur le premier tiers du film — ce que j’appelle la partie de la survie du personnage — dans une lumière un peu fade, très discrète. Cette lumière peut rendre la ville un peu floue pour Selma, parce que elle n’existe pas pour cette ville — et cette ville n’existait pas pour elle non plus. Au fur et à mesure, on a essayé de travailler la lumière pour qu’elle devienne un peu plus présente quand elle commence à rencontrer Jérôme et qu’il y a l’histoire d’amour — mais toujours avec de la discrétion. Selma commence à être plus présente, elle peut montrer aussi une sorte de sensualité. Avec le retour du mari, on a décidé de revenir dans une lumière qui rend les choses plus fades et aussi plus étouffantes. Et à la scène finale, le grand soleil, c’est parce que c’est le moment de la vraie libération du personnage féminin.

La ville en question c’est Bordeaux. L’avez-vous choisie parce qu’il s’agit quasiment du point le plus occidental de l’Europe, donc le plus éloigné de la Syrie ? Ou bien y avait-il des raison de production ?

J’ai vécu quelques mois à Bordeaux. Et quand j’ai commencé à écrire le film, je ne voyais pas du tout le film dans une grande ville cosmopolite comme Paris ou Marseille. Une ville où on peut trouver des repères quand même assez facilement, où il y a beaucoup d’étrangers… Bordeaux est une ville quand même bourgeoise, où il y a des communautés étrangères. Je voyais que ces communautés étrangères restaient à part : il n’y a pas ce mélange qu’on voit à Paris. Je voulais donc que ça soit à Bordeaux parce que là, Selma peut être encore plus isolée : elle n’a vraiment pas de repères. Et je trouvais aussi que cette ville n’a pas beaucoup été exploitée visuellement alors que c’est une belle ville.

Au scénario, on trouve à vos côtés plusieurs noms dont celui du réalisateur Mehdi Ben Attia. Quels ont été leurs apports ?

Il y avait un côté personnel dans le projet, mais j’avais aussi besoin de collaborer, d’avoir un point de vue extérieur surtout par rapport à la dramaturgie. Notamment l’histoire d’amour : à quel moment cette histoire va arriver, comment elle va évoluer. Mais aussi pour travailler le tiraillement de cette femme et l’évolution du personnage du mari.

Le titre adresse un clin d’œil évident à Camus…

🔗L’Étranger est un roman que j’ai lu plusieurs fois, que j’aime beaucoup. Quand j’ai choisi le titre, je trouvais que c’était amusant de refaire le titre de Camus, mais au féminin. Après, dans le roman, il y a des dimensions très différentes que mon film. Je voulais surtout raconter ce que ça veut dire d’être étranger et d’aborder ce mot-là à travers un mélo, un drame sentimental…

L’Étrangère de Gaya Jiji (Fr., 1h42) avec Zar Amir, Alexis Manenti, Amr Waked, Megan Northam, Grégoire Monsaingeon, Marine Berceaux, Saad Lostan, Samu Al Hindi… Sortie le 24 juin 2026.

À lire également

Aitor Arregi, sans Jose Mari Goenaga / Photo © Vincent Raymond
Aitor Arregi (“Maspalomas”) : « Nous sommes tous et toutes dans des placards »
Ça doit être le siège de l'entreprise / Photo : ©Metropolitan Filmexport
“Backrooms”, “Deviens génial”, “Jim Queen” en salle le 17 juin 2026
Franck Thilliez est à Grenoble et il vous a à l'œil / Photo : © Vincent Raymond
Franck Thilliez (“L’Autre moi”) : « Avec nos grands méchants, on est peut-être encore en-dessous de la réalité. »
Visiblement, les voyages forment la jeunesse / Photo : © 2025 Benoit Linder - Nolita Cinema
Manu Payet, Marie-Julie Baup, Léo Grandperret (“Deviens génial”) : « Si on ne voyage pas, on n’apprend pas une langue »
ParcourSup : une allégorie / Photo : © Arizona Distribution
“D’un monde à l’autre”, “Une année italienne”, “Le Vertige”, “Disclosure Day”, “Fils de personne” en salle le 10 juin 2026
Loury et Jérémie, au soleil / Photo : © Vincent Raymond
Jérémie Renier & Loury Lag (“D’un monde à l’autre”) : « Tout le film raconte comment tu pars de l’ombre et tu vas vers la lumière »
TAGGED: Alexis Manenti, Amr Waked, Gaya Jiji, Grégoire Monsaingeon, L'Étrangère, Marine Berceaux, Megan Northam, Procédure de Dublin, Réfugiés, Rencontres de Gérardmer, Rencontres du Sud, Saad Lostan, Samu Al Hindi, Syrie, Zar Amir
Vincent RAYMOND 23/06/2026 23/06/2026
Partager cet article
Facebook Twitter Whatsapp Whatsapp LinkedIn Email Copy Link

À LA UNE

Loury et Jérémie, au soleil / Photo : © Vincent Raymond

Jérémie Renier & Loury Lag (“D’un monde à l’autre”) : « Tout le film raconte comment tu pars de l’ombre et tu vas vers la lumière »

CinémaEntretienIci & AilleursLa Une
19/06/2026
Ça doit être le siège de l'entreprise / Photo : ©Metropolitan Filmexport

“Backrooms”, “Deviens génial”, “Jim Queen” en salle le 17 juin 2026

En cette semaine pré-Fête du Cinéma, des pièces mystérieuses, des lycéens en échange linguistique et…

19/06/2026
Franck Thilliez est à Grenoble et il vous a à l'œil / Photo : © Vincent Raymond

Franck Thilliez (“L’Autre moi”) : « Avec nos grands méchants, on est peut-être encore en-dessous de la réalité. »

Dans “L’Autre moi”, Franck Thilliez plonge une amnésique dans de sombres cauchemars d’autant plus effrayants…

18/06/2026
Visiblement, les voyages forment la jeunesse / Photo : © 2025 Benoit Linder - Nolita Cinema

Manu Payet, Marie-Julie Baup, Léo Grandperret (“Deviens génial”) : « Si on ne voyage pas, on n’apprend pas une langue »

Grandeur et déliquescence des voyages linguistiques… À travers une comédie qui parlera à nombre de…

16/06/2026

VOUS AIMEREZ AUSSI

Aitor Arregi (“Maspalomas”) : « Nous sommes tous et toutes dans des placards »

Un an après “Marco, l’énigme d’une vie”, Aitor Arregi est déjà de retour avec “Maspalomas” levant le voile sur la…

CinémaEntretienLa Une
21/06/2026

“Backrooms”, “Deviens génial”, “Jim Queen” en salle le 17 juin 2026

En cette semaine pré-Fête du Cinéma, des pièces mystérieuses, des lycéens en échange linguistique et une épidémie vous attendent dans…

CinémaLa Une
19/06/2026

Franck Thilliez (“L’Autre moi”) : « Avec nos grands méchants, on est peut-être encore en-dessous de la réalité. »

Dans “L’Autre moi”, Franck Thilliez plonge une amnésique dans de sombres cauchemars d’autant plus effrayants qu’elle est somnambule. Au même…

EntretienIci & AilleursLa UneLivres
18/06/2026

Manu Payet, Marie-Julie Baup, Léo Grandperret (“Deviens génial”) : « Si on ne voyage pas, on n’apprend pas une langue »

Grandeur et déliquescence des voyages linguistiques… À travers une comédie qui parlera à nombre de générations plus ou moins polyglottes,…

CinémaEntretienLa Une
16/06/2026

Stimento culture & art de vivre, autrement. Pourquoi ? Parce que s’il traite de l’actualité culturelle la plus large et généreuse, s’il aborde la gastronomie, le design, le patrimoine, le tourisme et le shopping, Stimento s’intéresse également à toutes les questions citoyennes et solidaires d’avenir.

  • Contact
  • Mentions légales
  • Politique de confidentialité
  • À propos de nous

Nous suivre : 

STIMENTO

culture & art de vivre, autrement

Stimento
Gérer le consentement
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}
Welcome Back!

Sign in to your account

Lost your password?