Deux jeunes femmes, prisonnières d’une geôle dorée, s’apprivoisent cette semaine sur les écrans. Entre autres…
Le Triangle d’or de Hélène Rosselet-Ruiz
Dans l’attente de partir à l’armée, Laura est embauchée comme gouvernante dans un très chic hôtel particulier parisien où elle aura à satisfaire aux exigences — voire caprices — de Souria, maîtresse officieuse d’un prince saoudien. Une activité exigent discrétion et surtout d’être à disposition en permanence dans ce palais-prison. Peu à peu, Laura va découvrir que la réclusion qu’elle subit est une épreuve plus douce que le calvaire de Souria, princesse de vent suspendue au rêve fragile d’épouser son riche amant…
Une jeune femme entre dans un palais afin de servir une princesse recluse, toute entière soumise à son prince… mais doit respecter de strictes consignes pour ne pas encourir une terrible malédiction — en l’occurrence, perdre son job. Naturellement, elle désobéira aux règles édictées et en subira les conséquences. Ce motif de conte connu (digne de Perrault ou des Mille et une nuits), 🔗Hélène Rosselet-Ruiz l’adapte à notre époque pour son premier long métrage. Et prouve ce faisant la permanence d’une condition féminine assignée à une double soumission (l“’épouse” au seigneur, la soubrette à ses maîtres).
Trône d’argile
L’actualisation s’avère pertinente même si elle ne montre rien qu’on ne sache ou ne subodore déjà : l’effarant luxe (ainsi que le gaspillage subséquent) dans lesquels vivent les ultra-riches, le quotidien des femmes-trophées passant leurs journées à s’entretenir comme des objets d’art ; la servilité et l’hypocrisie des prestataires fournissant cette clientèle dépensant sans compter…
Peu de surprises dans le fond, donc, et encore moins dans la trame donnant à voir le renversement du rapport de force entre Souria et Laura (Inévitable du point de vue dramaturgique) lorsque cette dernière découvre qu’elle dispose d’un moyen de pression sur son employeuse. Cette situation en manquera pas de rappeler The Servant (1963) de Losey et Pinter… à ceci près que Souria se trouve ici en position intermédiaire dans la relation de domination : son pouvoir effet est relatif et temporaire, conféré par sa position de “favorite”. L’issue du film le prouvera.
Duo, duelles
Sans être déplaisant à suivre, Le Triangle d’or est ainsi miné par la prévisibilité globale de séquences ou de personnages (l’ambiguïté d’Emre, l’homme de main du prince, mi-manipulateur, mi-protecteur vis-à-vis de Souria et Laura) ainsi que par l’épaisseur de métaphores répétées signifiant l’enfermement. Ailleurs, des éléments présentés avec insistance — comme la vidéosurveillance permanente de la demeure — finissent étrangement sous-exploités. Des péchés véniels de premier film, d’autant plus excusables que la cinéaste a composé un duo féminin très plausible.

Si Malou Khebizi s’échappe avec bonheur du personnage caricatural qu’elle campait dans 🔗Diamant Brut, la révélation de ce film s’appelle Soundos Mosbah dont l’amplitude de jeu impressionne : de bimbo hautaine et superficielle à victime défaite de sa destinée déliquescente, elle donne à Souria la profondeur qu’elle méritait. Il ne serait pas absurde de revoir ce comédienne rapidement…

Le Triangle d’or de Hélène Rosselet-Ruiz (Fr., 1h27) avec Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri, Kassem Al Khoja… Sortie le 29 juillet 2026.


